Pensine

La guerrière qui combattait dans la tête

fleur veronique

 

La crise s’est arrêtée presque brutalement. Je sens des fragilités, de fines douleurs dans l’épaule et le dos, rien qui ne me donne encore envie d’avouer le meurtre de Kennedy et c’est finalement la – presque – seule chose que je désirais. Il reste la main et c’est ma seconde bonne nouvelle : je n’ai rien déplacé, ce n’est qu’une déchirure musculaire. J’aurais pu y songer, je ne sais pas où j’avais la tête – dans la douleur sans doute. Je ne sais pas comment cette déchirure va réussir à se greffer avec le nanowrimo, mais je trouverai mon équilibre – une chance que je n’avais pas pour vocation de le réussir.

Tout de même pour la postérité, je vais raconter comment je me suis fait ça. Je suis une grande guerrière, j’ai bravement combattu – des microbes.

C’était un soir où il faisait particulièrement froid. Dans la journée, j’avais fait la vaisselle, une grande et longue qui avait pris deux journées entières à se former. Ce n’est pas évident, cela demande de cuisiner plusieurs fois sans rien laver, il faut une grande endurance à la pagaille ambiante. Heureusement, nous l’avons. Certains pourraient objecter que je devrais me servir de notre lave-vaisselle, mais ça serait mal connaitre mon entêtement : je compte réduire ma facture d’eau, réduire ma facture d’électricité, sauver la planète.
Alors j’ai fait la vaisselle, la grande, et j’ai médité sur mon obstination et l’incohérence de conserver l’appareil ; il n’est pas revendable, le mécanisme de fermeture est cassé depuis longtemps et il faut être bien attentif à pousser la porte correctement pour que l’eau ne s’échappe pas. Ça ne tiendrait qu’à moi, je m’en serais débarrassée mais LeChat veut le conserver – pour une obscure raison qui doit tenir du Gardons-le au cas où.

Dans la journée j’avais donc fait la vaisselle, et il me semble bien n’avoir rien fait d’autre. Peut-être un repas, mais ce n’est même pas certain. J’ai par contre sans doute porté la bassine d’eau, de la baignoire vers le bac – celui qui remplit désormais notre chasse d’eau, parce que je compte bien réduire ma facture et sauver la planète. L’eau pèse son poids, la soulever demande de la force. Il m’arrive parfois de la lâcher et d’arroser mes pieds, le meuble, ma jupe, le lavabo, le sol. Mes mains ne sont pas fiables, je lâche. Un jour comme ça j’ai fait tomber mon mouchoir dans le WC, ma main s’est ouverte et ce fut le plongeon désagréable. Je ne casse plus trop de vaisselle, en général maintenant je sais quand je peux ou non avoir quelque chose dans les mains et le conserver.

Et donc, le soir, dans la cuisine à regarder LeChat faire à manger – c’est toujours mon mari qui fait à manger, sauf exception : plats indiens, tarte au citron meringuée, gâteaux, pain. Je discutais avec lui mais il y avait ce rhume, pénible et mon nez qui coule, ce besoin de me moucher et mon mouchoir dans la poche droite de mon pull. Alors mon poignet a fait une rotation légère. Ce geste que nous faisons tous mille fois sans y penser, sans s’en rendre compte – non vraiment on tourne son poignet pour atteindre une poche haute ? Oui, vraiment. Il tourne. Légèrement. Ce n’est pas une rotation terrestre, mais tout de même : quelques degrés, un ou deux. Ça suffit pour que le soleil stoppe sa course – enfin la lune, nous étions en pleine nuit de ce côté.
C’est là que la main a produit son clac, me faisant hurler et croire que j’avais déplacé tous les os de la main – et puis finalement un seul, parce que la douleur n’a aucun sens de la mesure et qu’ensuite on récupère une bonne partie de sa tête.

Ce que je peux dire là en cet instant précis, c’est que j’ai eu peur. De la douleur dans la main jusqu’à la fin de ma vie, de la longue recherche du praticien capable de me remettre un os en place sans en déplacer dix autres, du rebouteux qui me brise la main, de ne plus pouvoir écrire, de ne plus pouvoir être autonome, de devoir devenir pleinement gauchère, de ne plus jamais pouvoir manger avec ma main droite. Je te vois venir toi avec ton Tu vois je te l’avais dit, tu es vraiment excessive. La douleur rend excessif. La peur que ça s’installe et que la seule option soit la fenêtre, a tendance à rendre certaines choses excessivement terrifiantes.

Par contre, je crois pouvoir en conclure que vouloir sauver la planète à un coût très élevé pour moi.

La dernière bonne nouvelle, c’est la glace : j’ai moins mal avec le pain de glace et j’arrive plus à écrire par instant avec mes deux mains. J’ai bon espoir pour le nanowrimo.
Ce qui me fait réfléchir que je résiste sans doute mieux que je ne le crois à la douleur si elle ne vrille pas mes neurones, si elle n’est pas Trop présente : je suis capable de l’écarter si je suis très concentrée. C’est particulièrement intéressant, j’ai toujours dit, pensé que je ne résistais pas – douillette, comme on a pu beaucoup me le dire. Ce qui n’est pas faux non plus puisqu’un rien me balaye.
Or je continue d’écrire.

Je plaisantais tout à l’heure, mais peut-être que finalement, je suis une guerrière.
A ma manière.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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