Il suffit d'un mot

Il me restait et j’ai dansé

A lire avec cette musique. Parce que c’était une ambiance à vivre l’instant en frappant dans les mains, juste pour dire, je suis là et c’est la joie. J’aurais aussi bien pu mettre la musique et danser là, dans le soleil et toute cette vie autour de moi. C’était un instant à danser, je me suis glissée entre le bleu et le vert, entre le ciel et l’herbe. Simplement à danser.


 

Il me restait 840 mots à écrire. Je n’avais pas senti la chaleur du soleil sur ma peau depuis huit jours et j’ai pensé qu’il fallait que ça cesse sous peine de dépérir sévèrement. J’ai allumé le network mais il plantait autant que dans mon souvenir, peut-être même davantage. Je l’ai emporté malgré tout – cet espoir tout de même – avec mon carnet rouge, deux crayons, l’appareil photo, un baladeur sans batterie, une clé usb avec une pile, un casque.
Il me restait 840 mot à écrire et j’ai pris des photos – à peu près 840, pour compenser l’absence des mots. La vie, j’étais dans la vie.

arbre dans le soleil

Il me restait 840 mots à écrire et je me sentais libre. Je me sentais bohème avec mes cheveux pas coiffés qui rougissaient dans le soleil d’automne, mon corps contre celui de Lechat et nos rires qui emplissaient l’espace. Je redécouvrais le plaisir de sortir, la paisible caresse du soleil, les mots doux de LeChat, et mon corps bien vivant. Je ne pensais plus à rien et puis cette femme est arrivée, avec ces quatre petites-filles. Sa voix criarde ricochait dans ma tête, occupait l’aire de jeu dans un crissement effroyable. Les petites n’arrêtaient pas faut dire. De vouloir courir pieds nus, de vouloir faire du vélo en sandales, de vouloir grimper sur la barre en bois, de vouloir courir après le vélo, de vouloir jouer – elles pouvaient se blesser. Elle le répétait encore et encore, elles pouvaient se blesser tout le temps, ça allait finir par arriver, le stress était insupportable, à sa place je crois que puisque les cris n’y faisaient rien, je les aurais attachées au toboggan. Comme ça, elles auraient pris l’air, mais sans risque.
Elle gueulait sur les enfants, elle gueulait sur le chien, le chien gueulait sur sa solitude dès qu’elle s’éloignait de trois pas pour empêcher une gamine de se faire mal, ça gueulait vraiment dans tous les sens.

J’ai grimacé un peu. J’aurais eu besoin de silence. Les cris des enfants ne me gênaient pas, c’était vivant et joyeux. Mais sa voix – oublions un instant les mots – crissait dans l’air comme une craie sur un tableau. Pourtant je continuais de me sentir protégée du monde extérieur, et quand nous sommes partis sur le jeu à bascule, je ne l’ai plus entendue. Je riais bien trop fort. Je n’ai pas le souvenir d’en avoir jamais fait petite, et ce n’est pas cette sensation qui se réveillait en moi. Il y avait cet instant bien présent et nous sur la bascule et moi bien plus légère qui faisait redescendre en douceur. De la magie dans les airs, entre les planeurs qui nous survolaient bas, le ciel bleu et les oiseaux au ventre rouge.

aie de jeu

Ambre jeu a bascule
je l’ai retravaillée pou ne pas être trop visible. Je l’aime beaucoup comme ça.
Et j’ai flouté le visage de LeChat, qui se voyait encore trop

LeChat saute jeu a bascule

Nous sommes partis avec le soleil qui disparaissait, il n’était que 17h et pourtant la journée se finissait derrière les arbres. Sur la photo, on ne le voit pas mais dans l’herbe scintillaient des milliers de fils de toiles d’araignées, comme un piège pour faire tomber les gens. C’était magnifique dans ce soleil. Juste des fils tendus d’un brin d’herbe à un autre et ils brillaient tellement qu’on ne pouvait pas passer à côté sans le voir. La magie, toujours, était à l’œuvre. Je ne peux pas expliquer ce sentiment, mais j’avais l’impression d’être en Écosse, en cet instant précis et je m’attendais un peu à voir surgir des farfadets.

coucher soleil arbres verdure

coucher de soleil maisons et abres

J’ai repris un tour de respiration, je me suis remplie d’images, de sensations, d’émotions, je me suis sentie vivre milles choses en quelques heures.
Il me reste 840 mots à écrire – évidemment, il n’y avait rien d’autre à faire qu’à vivre.
Et je m’en fou.
 
 
 
Presque.
 
 
 

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