Pensine

Nanowrimo et comportement autistique

arbre feuilles vives

Elle m’a dit que je n’écrivais plus, ça sonnait un peu comme un Qu’est-ce tu fous ? Il me semble d’ailleurs qu’elle l’a dit – je crois qu’elle est addict parce que deux jours sans parler j’ai abusé dirait-on et puis je pensais que je survivrais, moi, sans communiquer (et elle est donc responsable de ce post que je ne n’avais pas compter exposer). Et je survis, en effet. Les mots m’échappent, les beaux, ceux qui m’animent ; mais tous les autres qui font une écriture sans importance, je les ai posés pour le nano. Ça me tue un peu que ma manière d’écrire, si libre ici, se mette en pause pour donner au final un tout simple « j’ai aligné 1667 mots c’est bon ».
Je n’abuse pas. Je ne plaisante pas avec le nano, j’y ai perdu mon sens de l’humour. Cela fait des années que je ne m’étais pas confrontée à un tel cataclysme intérieur. Autre changement, depuis un an et demi – davantage ? – je n’avais pas acheté de chocolat mais là c’était trop me demander. Je compte bien, oui, survivre au mois de novembre et j’ai pris du chocolat, au lait, avec de l’huile de palme – honte à moi oui merci – et puis des éclats de noisettes dedans et je le savoure sous la langue – j’ai même grogné après Prince qui a voulu m’en voler, oui, voler, et finalement j’ai du partager la mort dans l’âme parce quand même , les valeurs et tout ça. Le Nanowrimo, c’est un truc qui a été inventé pour foutre en l’air l’éducation, la sociabilité, les valeurs, la maitrise de soi, le passé qu’on pensait réglé et la qualité d’écriture. Surtout, la qualité d’écriture.

Dans le nano, le mien, il y a des pierres. J’essaye de me donner de l’écoute, de comprendre mon corps qui est en train de m’en faire voir sévèrement, d’explorer ce que je ne vois pas encore. Il y a quelque chose que je ne comprends pas, qui m’échappe, et je lui tourne autour. Et puis je suis tombée sur ce tweet qui indiquait un test à faire, et comme je me grattais beaucoup la tête j’ai lâché le nanowrimo deux – beaucoup de – minutes. Et ce fut instructif – pas le résultat, mais les pensées et la remise en question qui a suivi.

J’ai fait un premier test très sérieux (et un second ici, avec le même résultat à 30) qui ne fournit pas un diagnostic, mais une piste sur les comportements observés) qui m’a indiqué que j’étais un peu autiste sur les bords, plus que la moyenne attendue des gens (à 19 pour les femmes, pour le premier) ; « Un résultat de 32 ou plus indique une forte probabilité d’avoir des traits autistiques à un niveau cliniquement significatif. », j’ai donc eu 30 et je me suis bien marrée. Ça n’a pas été une surprise, je le savais avant lui je me le suis juste fait confirmer – je suis en décalé même si c’est léger. Il faut bien comprendre que je me planque beaucoup, dans la vie – vous faites peur, les gens – que j’ai peu d’amis parce qu’il faut maintenir le contact, que je ne sais jamais comment qui est habillé (même pas moi), que la foule me terrorise, que je ne supporte pas qu’on me touche (sauf confiance absolue, et il y a d’autres raisons à cela), que je suis hypersensible et hyper-réactive, que j’ai un perfectionnisme qui m’agresse (coucou le nanowrimo), que j’angoisse si on change au dernier moment quelque chose qui était prévu (que ce soit une rencontre qui me stressait ou une promenade, ça ne change rien), que j’ai besoin de terminer ce que je commence, et que j’ai beaucoup de mal à regarder quelqu’un dans les yeux quand je lui parle plus de trois minutes, particulièrement si je suis dans l’émotionnel – oh un arbre ! LeChat s’est gentiment moqué en me demandant si dans le test, il y avait une question sur les cadeaux qui me passent sous le nez et que je ne vois pas pendant un mois – bien en vue sous le bureau de couture. Il en joue, occasion après occasion, le fourbe. Son dernier jeu en date c’est d’éteindre la lumière le soir dans le lit, et de me demander s’il a encore sa barbe, s’il s’est rasé, s’il a des cheveux ou s’il s’est tondu la tête – bien sûr, je perds.

Ça ne change rien à ma vie, je sais déjà comment je fonctionne – à savoir en décalé et loin des gens. Et puis l’autisme c’est de famille et ils ont tous survécu à la chose, ils sont surtout décalés, pas intégrés et au chômage (Comme ma cousine, qui connaissait le calendrier par cœur depuis l’an zéro (on lui donnait une date, elle nous répondait le jour) elle ne comprend que le premier degré, elle est dans le contrôle absolu et pique des crises mémorables ; mon cousin est celui qui s’en sort le mieux avec un boulot dans le commerce international, alors que petit il se frappait la tête toutes les nuits contre son lit – et ça me terrifiait, et puis y’en a d’autres mais je vais pas faire l’arbre généalogique non plus). En dehors du fait que rencontrer des gens nouveaux me terrifie et que les réunions familiales sont une torture, une fois qu’on m’a apprivoisée tout va bien. J’ai aussi appris à respirer, à passer outre quand c’est important, à rencontrer des personnes (même si je le regrette sur l’instant)  et j’ai fait en sorte que notre vie soit très zen. Quand j’ai du mal à prendre un rendez-vous, je demande à LeChat de le faire pour moi et on s’en sort très bien comme ça avec des petites astuces. Et quand j’angoisse, j’ai ces bras.

En résumé je ne suis pas autiste – il faudrait que je vois quelqu’un pour me le dire et ne le ferai pas – mais j’ai des traits autistiques (comme tout le monde) parfois handicapant et c’est intéressant à prendre en compte dans la compréhension de mon fonctionnement. Je travaille énormément sur mes angoisses, mes comportements, mon manque de sociabilité, je me remets en question tout le temps et j’ai un énorme problème avec le nanowrimo – que je ne referai plus ou alors frappez-moi. Je m’oblige à beaucoup de choses qui me bousculent mais me permettent d’avancer, progresser, changer, rencontrer. Ce mois-ci, c’est cette histoire de mots, j’apprends malgré l’angoisse, à ne pas poser le mot, la phrase, l’histoire parfaite. C’est difficile, je ne m’en sors pas très bien.

Ce nanowrimo, c’est un peu une bataille de rencontre entre moi et moi. Je regrette chaque jour ce défi qui me rend folle parce que je ne peux pas être dans le contrôle des mots écrits, je ne peux pas retravailler en permanence parce que sinon je n’avance pas – comme d’habitude, je ne finirai jamais ce roman de toute façon, je n’aurai pas assez de toute une vie pour le réécrire – et qu’il serait foutu ce nano et que je veux y arriver, dépasser ça – ça a l’air mal parti. La pression est telle que je me gratte le cuir chevelu, beaucoup, les bras et les mains un peu, que je me retrouve à gérer des crises d’angoisse dingues. Je ressens en moi, profondément, que plus que ma mère au-dessus de mon épaule – il me semble l’avoir géré correctement, compris, intégré et dépassé – ce qui ne va pas, c’est de ne pas pouvoir rendre un texte parfait à mes yeux dans l’immédiateté. J’y travaille mais pour l’instant je n’ai aucun résultat sauf quand je prend le temps pour chaque mot ; jeune j’étais perfectionniste à l’obsession et pour tout, les livres devaient être alignés au millimètre près et je mangeais avec la même fourchette/cuillère/couteau à chaque repas. J’ai fait du chemin, pas suffisamment dirait-on, mais au moins j’ai mis le doigt dessus, enfin : je vais à l’encontre de ce que mon cerveau me dicte.

Je ne vous l’ai jamais dit. Mes textes sur le blog ou les mails, ils sont réécrit sur plusieurs heures avant d’être postés, pour trouver le mot juste, celui qui est le mien, celui va dévoiler la pensée exacte de ce que je ressens et que je veux faire passer – et même ensuite, je le relis encore.

Avoir peur des gens, cela veut dire faire en sorte de rester chez soi et ça se gère. Mais le perfectionnisme, c’est difficile. Ça gratte dans la tête.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

12 commentaires

  • la souris

    « Vous êtes une perfectionniste négative » m’a dit un jour mon professeur de français en prépa, lors d’une khôlle où l’angoisse de ne pas faire assez bien était en train de m’empêcher de faire quoi que ce soit. Je pense qu’on ne se sépare jamais de ce trait de caractère, mais qu’on peut, peu à peu, diminuer sa charge négative (pour en faire, pourquoi pas, soyons fous, quelque chose de positif, qui nous pousse vers le mieux sans nous culpabiliser quand nous n’y arrivons pas).
    Si vous voulez vous tranquilliser, passez sur mon profil Nano : vous verrez que la courbe est bien en-dessous de la progression officielle. Tant pis, ce sera un entraînement – sinon à l’écriture, du moins au lâcher prise. 🙂

    • Dame Ambre

      Je crois moi aussi qu’en tout, nous pouvons en retirer du positif même si parfois il nous faut aller chercher bien loin la compréhension de ce qui nous arrive. Le pire est que j’étais légèrement en avance côté décompte de mots. Je suis juste incapable d’écrire comme ça, sans trouver le mot juste, celui qui va au fond de ma pensée. C’est en cela que je suis perfectionniste finalement, j’ai besoin de m’exprimer juste, de m’exprimer vrai. Et là c’est tout simplement impossible puisque c’est une course au chiffre. Le nanowrimo m’a appris ce trait de caractère en moi, c’était très important et je n’ai aucun regret.
      Si je continue j’arriverai aux 50 000 mots, je gagnerai, mais j’y perdrai au passage (mon cuir chevelu déjà) le plaisir d’écrire. Trop cher payé 🙂 Tant pis pour le challenge, je retourne à ce qui me fonde : une création plus lente mais précise de ce qui se joue dans ma tête.

      Oui c’est un bon entrainement, je crois qu’il faut le garder ainsi comme ligne d’horizon : un entrainement à écrire tous les jours. Et que vous y participiez est déjà une victoire et une joie pour vous, c’est la seule chose qui compte 🙂

  • la souris

    PS : je vous comprends parfaitement pour la lenteur de l’écriture-relecture-réécriture des posts de blog ; faire la chroniquette d’un spectacle me prend souvent autant de temps que le spectacle lui-même ! Tant que cela ne nous pèse pas (trop), quel mal y a-t-il à cela ? Je prends du plaisir à les lire, vos posts longuement retravaillés !

  • ddc

    Oh je pensais que tu avais déjà fait ce type de tests et que tu savais que tu te promenais dans la voie lactée aspie au sens large ?
    J’ai suivi tes liens par curiosité, et obtenu des résultats similaires aux tiens (31 et 33, mais pour le second j’ai eu le plus grand mal à me souvenir de comment c’était « quand j’étais jeune »). J’ai été étonnée que ce soit autant – bon je ne suis pas sûre d’avoir toujours été très cohérente dans mes réponses non plus. Je pense que le fait de connaître un peu, est susceptible de fausser la donne.

    • Dame Ambre

      Oh, tu pensais que j’avais fait des tests ?! (Mince, qu’est-ce qui t’a fait penser ça ?) Non, c’est assez récemment que je me suis rendue compte que j’avais un comportement un petit peu particulier, et qu’il s’expliquait via le spectre (large en effet) de l’autisme asperger. Du coup, ça m’a parlé, de faire les tests sur le net, puisqu’ils ont l’air d’être la base des tests psy. Ils me m’ont pas étonnée, je commence à connaître mon fonctionnement maintenant.
      Tu connaissais les tests déjà toi ? Tes scores sont bien élevés oui ^^ Parfois j’ai l’impression que je m’entends mieux avec les personnes ayant le même profil un peu autistique 🙂 (communication plus facile ?)

  • ddc

    Je connaissais d’autres tests du genre. Je pense que j’ai découvert le syndrome d’Asperger chez « Emoi émoi et moi », dont les écrits me parlent beaucoup. (http://emoiemoietmoi.over-blog.com)
    Depuis, une sœur de cœur a été diagnostiquée aspie. Je ne pense pas l’être personnellement mais le spectre est large et il y a peut-être une petite place pour moi dans un coin, étiquetée ou non, je ne sais pas (et je remarque ces derniers temps que, pour de plus en plus de choses, ça me convient très bien de ne pas savoir).
    J’ignore complètement d’où me vient cette certitude que tu avais déjà examiné le sujet ! oO Il devait y avoir comme une évidence ou un raccourci dans ma tête…

    • Dame Ambre

      Oh je ne connais pas ce blog, je vais m’y plonger, merci. Son avant dernier post, que je viens de lire, m’a fait me replier un peu, avec ces deux tests que j’ai passé, cet article que j’ai écrit et de me trouver avec beaucoup de signes aspi alors que je ne suis pas diagnostiquée… bref, j’ai eu l’impression de me faire un peu remettre à ma place et de m’être faite gronder sévèrement. Je remets en cause du coup tout ça, et je vais lire son blog et voir si je m’y retrouve :/
      Oui le spectre me semble bien large. J’aime beaucoup l’idée que nous sommes tous dessus, à un endroit ou à un autre, je trouve cela juste…

      Tu préfères ne pas savoir ? Quoi, plus précisément ? Ça n’a pas l’air facile du tout pour toi en ce moment… Si tu veux qu’on parle par mails ? Ou par la Poste 🙂

  • ddc

    Oui je suis d’accord, ce post est « douchant » pour les non-diagnostiqués qui se reconnaissent dans le syndrome et dans ce qu’elle en dit ! Ne t’arrête pas à cela stp 🙂
    Au départ je crois que c’est cette note-ci qui m’avait interpelée : http://emoiemoietmoi.over-blog.com/article-aspergirls-caracteristiques-des-femmes-asperger-109437113.html

    Je ne sais pas ce que je préfère ne pas savoir ^^ Je ne sais même pas si ça tient davantage du lâcher prise ou du manque de courage !
    Quand c’est tellement pas clair dans ma tête, comme ça l’est pour le moment, je n’ai pas trop l’énergie d’en discuter… mais je te remercie pour ta proposition <3 On dira que laisser décanter semble une bonne première étape !

    Au fait je ne t'ai pas répondu pour les adresses, "l'animalière" est toujours valide (c'est mes parents), l'autre est périmée mais les courriers sont automatiquement transférés pour les prochains mois. Je t'enverrai ma nouvelle adresse.

    • Dame Ambre

      J’ai passé une après-midi très particulière… Je me suis pris deux claques : je suis concernée (ça n’aurait pas dû être une claque et pourtant ç en est une, inexplicablement), mon grand aussi (et le papa, en plus léger et différemment). Concernant LeChat et moi nous le savions sans l’avoir bien intégré, mais pour Prince nous n’avions pas réalisé. Ça éclaire toutes ces crises qu’il fait à répétition dès qu’il perd le contrôle sur quelque chose, sa précocité et son extrême sensibilité… je ne vais pas te faire un tableau complet, mais je te remercie beaucoup de cette aide incroyable que cela va nous apporter. On va respirer un grand coup, et voir comment on va gérer toutes ces infos là.
      Je crois que j’ai besoin de temps pour y voir clair 🙂

      Je comprends 🙂

      Ça m’a pris un moment pour comprendre l’animalière x) Ok, je barre l’autre 🙂

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