J’ai tout bousculé. L’enfant a réappris.

bourgeon feuille automne

 

Comme me l’a fait remarquer Reno, il restait l’enfant en moi à rassurer. L’enfant qui n’a plus à fuir, n’a plus à avoir peur, n’a plus à se confronter à des désirs improbables et qui ne sont pas les miens. Je peux désormais me permettre de créer, d’exister, d’aller au bout, sans terrifier l’enfant qui est en moi, sans la faire disparaître au profit d’un être atteint de folie. Vivre la sécurité que je me suis créée, sans craindre d’aller dans le juste après. Être dans le juste de mon moi enfant en accord avec mon moi adulte.

Je me suis remise à écrire, quelques heures avant que la mort ne survienne. J’ai été particulièrement bien aidée par plusieurs pistes de réflexion, et je vous en remercie profondément, chacun. Ce fut une aide inestimable. Et comme j’en sentais les rouages se mettre en place, j’ai pensé qu’il n’y avait pas d’autre moyen pour connaitre les effets, que de me replonger dans le Nanowrimo. Je me suis lancée dans un texte à quelques heures des attentats, dans un récit d’enterrement. J’y étais entièrement tournée, je parle en je et Je enterre sa mère et j’y suis allée avec tout ce qu’il y avait en moi, bordéliquement. J’y mélange les temps, le passé, le présent, l’imparfait, j’y mélange tout et je devrai réécrire. Plus tard. Ma pensée se pose, presque juste, presque vraie. Le texte n’a pas à vocation de devenir quoi que ce soit, il se pose simplement parce que c’est mon besoin de l’instant et que je fonctionne ainsi : poser les mots et faire le tri de ma pensée.

Et je me suis soudainement coupée en deux. Entre la sécurité affective et l’insécurité parisienne. Je ressens toujours cette dualité, ce besoin de m’occuper de ce que j’ai vécu de traumatismes personnels et cette déferlante sur les réseaux de traumatismes devenus nationaux qui occupent mon cerveau dans un élan d’empathie inévitable.

Avec une très grande difficulté, parce que ma tête est partie ailleurs, j’ai repris l’écriture. Forcée, compliquée, difficile, définitivement tournée ailleurs. Peut-être parce que je parlais déjà de la mort – mais d’une autre, d’une seule, terriblement néfaste et torturante – j’ai pu me replonger malgré cet état de sidération. Et le retransmettre, sans doute, d’une certaine manière.
Je continue de forcer, un peu. J’ai quitté les réseaux et c’est soudain plus facile de s’éloigner malgré la pensée qui y retourne toute seule. Mon texte s’est lancé avec une deuxième voix, un autre regard d’un même fait et une troisième arrive que je sens palpiter et qui sera la plus difficile à écrire. C’est intense. Presque indécent, dans le contexte. Mais la décence, je ne suis pas sûre qu’elle ai une grande place dans ce qu’il s’est passé. Alors je continue, avec cette dualité en moi et toute ma complexité intérieure.

Et je ne me dévore pas.
Je crois pouvoir en conclure que j’ai avancé comme jamais dans ce travail psychanalytique que j’entreprends entre moi et moi. Je suis particulièrement curieuse de savoir ce que je vais faire de ce cadeau, sur l’avenir. Mais pour m’aider à y voir mieux, j’ai pris la décision de consacrer un nouveau carnet à un nouveau projet : noter ce que j’entreprends, ce que je termine, ce qui se clôt. Inutile de dire que j’en avais forcément un d’inoccupé qui trônait au milieu des livres – parce que oui, je les pose souvent dans mes livres – mais que tout de même, je trouve que la collection s’amenuise, il me faudra me faire un joli plaisir, un jour que je traînerai du côté d’une papeterie. Ce qui me fait songer que traîner quelque part me manque. J’ai une ville désastreuse sur ce plan, qui ne prête pas à l’envie de flâner.

Je ne sais si cela se sentira, mais je ne me relis pas, j’ai la sensation que les mots justes se posent plus facilement. Ma pensée pourtant tournée sur deux lieux en même temps, parce que continuer est le seul choix possible, je me pose en mots. J’en ferai forcément quelque chose.

 
 

Edit : je ne me désolidarise évidemment pas, je m’éloigne pour m’apaiser et me recentrer. Je ne peux rien faire pour qui que ce soit, je ne peux qu’avancer. Il ne m’est pas possible de continuer à ne pas bouger et à regarder défiler la peur. J’ai peur comme tout le monde, je suis tendue, stressée, par contre je ne veux pas stagner et rester dans cette peur.
 
 
 

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

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