J’écris la mort et je suis dans la vie

branches feuilles automne

 
Il regardait la lune dans le ciel et je ne sais pas, quelque chose l’a chiffonné parce qu’il a demandé est-ce qu’on peut la remettre à l’endroit ? J’ai pensé qu’on essayait bien de remettre la planète dans le bon sens, alors la lune ça ne devait pas être loin de nos cordes également. En y croyant suffisamment fort. Où en étant un enfant comme Hibou avec tout l’ensemble des possibles devant lui. J’aime l’impossible des enfants qui rend au monde toute sa poésie.

J’ai la sensation d’émerger d’un long sommeil et de bruisser de milles envies – je n’ose pas encore dire projets, il me faudrait m’y plonger yeux fermés pour le savoir. Je découvre milles musiques, le soleil se croit en été et j’ai beau trouver ça déplacé et incohérent que je l’aime cette douce chaleur qui provient des fenêtres, que je voudrais passer les hivers ainsi, dans une région douce !

Je liste dans ma tête ce que je veux. Mon chemin. Je ne me connais pas ou alors j’ai tant changé que je ne me connais plus. Je souhaite une autre vie, exister, respirer, vivre, je suis à des milliers de kilomètres d’avoir envie d’écrire le nanowrimo, j’ai la sensation d’avoir tout écrit, tout posé et de ne pas savoir pourquoi je continue. J’ai rattrapé ce gros retard que j’avais pris en m’arrêtant, mais je ne sais pas pourquoi continuer. Le défi oui c’est certain… mais au-delà ? Quelle raison ? Pourquoi faire ? J’ai la sensation d’être appelée ailleurs. Tellement ailleurs que soudain quand les mots jaillissent je suis la première surprise. Ils sont sortis et j’ai commencé à raconter sa mort. Un deuil en appelle toujours un autre… j’aurais du m’y attendre. Je viens de poser 2324 mots sans m’arrêter et je n’ai encore rien dit de l’essentiel. Je ne sais pas si je continuerai ce soir, si je continuerai demain,si je continuerai un jour, je ne sais pas pourquoi je raconte la mort d’une personne alors qu’il y a tant à dire sur les 129 personnes qui viennent de perdre la vie, je me sens incroyablement mal de parler de lui après avoir passé toute la semaine à parler d’eux sans les connaître en mots que jamais je ne pourrais faire lire. L’écriture automatique fait faire des choses bien étranges

Les mots sont sortis comme des boulets de canon, sur cette musique venant de Nantes. Comme lui. Nous sommes tous liés, le saviez-vous ? Il suffit de six personnes pour connaître toute la planète. Vous connaissiez tous S., à cinq personnes prêt, nous connaissons tous les 129 personnes mortes il y a quelques jours par cinq personnes interposées au maximum. Un frisson entre eux et nous. Des balles entre eux et nous. Un choc pour nous rejoindre.


 
J’écris et je me sens dépassée. Ce nanowrimo est pour moi un questionnement permanent. Il n’est rien de ce à quoi je m’attendais, je devais créer un roman au mieux des nouvelles, et si j’ai débuté des histoires je me retrouve surtout avec une psychanalyse sur les bras. Quand samedi le choc m’a submergée, j’avais déjà écrit dans la journée et ça a simplement mis fin à l’exercice. Dimanche, j’en ai été incapable. Je sentais que je devais continuer mais la page blanche me regardait et je voyais les corps tomber. Alors je les ai écris. Tous. Les uns après les autres. La violence, les balles, tout. Ça a même changé ma manière d’écrire, plus directe, plus brute, moins brouillonne. Ce n’est pas montrable, je doute de pouvoir en tirer quoi que ce soit. Un mot après l’autre, du néant incompréhensible à la brutalité des faits, du 13 novembre à la Syrie, tout y est passé. J’ai éjecté de moi la douleur et la plus grande partie du choc, les jours et les mots passant. Jusqu’à cette sensation ce matin, après huit cent mots de plus, d’avoir tout dit et de ne plus savoir quelle direction prendre pour le nanowrimo, toujours incapable de reprendre mes fictions. Je n’ai rien décidé, la page blanche me posait un souci magistral et j’ai cru que c’était la fin du challenge… Et puis… Ça c’est fait tout seul et ça m’a dépassée. Je me sens… broyée.

Maintenant, j’ai trop de mots dont je ne sais pas quoi faire, j’écris la mort, une mort passée qui ne me fait plus pleurer mais qui m’attriste, une mort que je n’ai jamais posée en une seule fois au même endroit et je n’ai pas de psy à qui le faire lire. La folie me tient, indéniablement.
Y a-t-il un instant précis où l’on ne doit plus écrire ? Qu’est-ce qui doit se taire ?
Je n’ai aucune idée de ce qui doit se taire.
Je n’ai aucune idée de ce qui ne peut s’écrire.
Je n’ai aucune putain d’idée du moment où je vais m’arrêter.
 
 
 

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