Sous la pluie

Je me rêve et puis

insecte macro fleur

 

Hier, je me suis mise un petit peu à la couture. Il y a ce projet de calendrier de l’Avent qui arrive tellement vite et nous qui ne sommes pas prêt, alors nous avons promptement accéléré le mouvement. LeChat a eu la soudaine très belle idée de faire quelque chose à partir d’un trésor de pirates. Il a donc commencé avec de la pâte fimo à faire des pièces d’or, des pierres précieuses, ce genre de chose-là. L’idée a commencé à germer, grandir, au point que bien sûr maintenant ce n’est plus seulement un trésor, ce n’est plus seulement des pirates, c’est carrément une chasse au trésor avec une carte découpée en 24 morceaux, un pour chaque jour. Ils pourront recoller les bouts jour après jour pour avoir la carte finale – plan de l’appartement incluant l’espace jardin. Mon rôle à moi, c’est de faire un petit peu de couture. Au départ je souhaitais créer deux bourses pour qu’ils puissent y mettre leur trésor, leurs pièces ces choses-là. Et puis je me suis dit que tout de même, c’était un petit peu dommage de passer à côté, alors j’ai pensé également à créer une carte en feutrine. Déjà j’avais oublié ma main. Ma main elle, ne m’avait pas oubliée et depuis que j’ai essayé de découper aux ciseaux, et que bien sûr je me suis obstinée, ma main hurle je hurle avec ma main et je ne peux plus m’en servir – si vous souhaitez savoir ce qu’a écrit Dragon, remplacez partout « ma main » par « maman », la phrase vaut le détour.

Toute cette fatigue m’a arrêtée nette, la fatigue et la douleur. Je ne peux plus me servir de ma main. Jusque-là je passais outre. Là, je prends la pleine mesure des conséquences de mon obstination. Et je m’ennuie terriblement. J’ai besoin de bouger, j’ai besoin de créer, de ranger la maison, or là même me faire un thé est compliqué. Il y a un mois je supportais cette douleur parce que de toute façon j’ai toujours mal quelque part, et je n’ai pas tenu compte du « gardez la main au repos » qui était pourtant un conseil judicieux et là tout de même j’ai un renflement sur le dos de la main et un léger bleu. Quelle bêtise vraiment, d’en être arrivée là. J’ai si mal que je voudrais broyer ma main, cela fait un mois et je n’en peux plus parce que ça a empiré. Je ne pensais pas que je pouvais avoir encore plus mal ou alors c’est juste mon cerveau qui grille des connections et qui me fait chercher la sortie. Il n’y a pas de sortie.

Je voudrais me glisser entre les mains de ceux qui soignent et leur laisser la douleur posée sur une table basse autour d’une théière bleue et de tasses en gré, je voudrais me glisser sous les portes ouvertes et pleurer sous la pluie et diluer tout ce qui ne me porte pas suffisamment loin, je voudrais passer à travers toutes les fenêtres, entre deux sanglots et un vent glacé m’envoler vers d’autres arbres, je voudrais qu’on me prenne très serré dans les bras et qu’on me réchauffe, qu’on me dise que tout ira bien et que si ça s’aggrave c’est juste pour faire semblant, je voudrais un thé, que quelqu’un me l’apporte là sur la table avant de s’enfuir ensemble sur ses volutes, je me rêve un autre monde, vous n’y êtes pas ou alors juste vos mots et toute la musique qui danse. Je ne pleure pas. je me rêve juste ce qu’il faut pour penser à ce qui pourrait être, à la maison qu’on ne fera peut-être jamais, au livre que je n’écrirai sans doute jamais, aux dessins que je ne ferai certainement jamais, et à la possibilité de devenir ambidextre mieux que ça – celle-ci étant vraiment de loin la plus réaliste.

Je crois qu’en ce moment, j’ai un peu peur, ou alors j’en ai juste marre, ou alors il n’y a rien. C’est très loin sous beaucoup de mots, c’est enfoui sous les anti-inflammatoires qui ne fonctionnent jamais, sous l’attèle qui me sert surtout à me souvenir d’arrêter de me servir de ma main, sous les projets qui s’effondrent. Je me sens un peu misérable, autant de douleur que de me plaindre avec tout ce qu’il se passe ces temps-ci.

Si je devais tout effacer et ne dire qu’une seule chose, je dirais que ce dont j’ai besoin, c’est que mon corps soit en adéquation avec ce que ma tête veut faire. Que ce que je vois, ressens, vis, que ce que mes mains veulent créer, faire exister, prennent forme, puissent être.
Juste.
Ça.

Je me rêve créatrice, dessinatrice, écrivain, photographe. Je me rêve faiseuse de rêves.

Et puis il y a cette douleur, cette inertie, ce rien ; et sur le sol, les morceaux cassés de tous les rêves que le monde porte. Et je me rêve faiseuse de rêves.
 
 
 

 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

14 commentaires

  • Reno

    Je peux t’envoyer un câlin par écrit et la promesse d’un massage en vrai. Je tiens à remercier Dragon pour sa participation à la création de lapsus intéressants 😛

  • Céline

    Cette idée de calendrier de l’avant est super ! Tu dis ne pas être créatrice, peut être que tu ne fais pas autant que tu voudrais, mais LeChat et toi vous faites déjà tellement de choses… ! Tes textes me font rêver. Dragon, je l’aime bien aussi. Tes idées. Tes mots. Ce que tu ne fais pas, à cause de cette douleur, c’est quelque chose aussi… c’est de la poésie cruelle. Tu vis dans de la poésie insupportable.

    • Dame Ambre

      Le souci, c’est toutes les idées que je ne peux pas mettre à exécution. Être créatif dans sa tête, c’est sympa mais y’a besoin de le réaliser au bout d’un moment :/ Et si LeChat faisait tout ce qu’il y a dans ma tête (ce qui n’est pas du tout le cas), il resterait malgré tout en moi le besoin de faire moi-même…
      Tes mots sont très percutants (je suis follement amoureuse des mots d’une manière générale, beaucoup moins de leur signification ; alors j’aime tes mots, moins ce qu’ils disent parce qu’ils sont vrais).
      Pourquoi mes textes te font rêver ?

      • Céline

        Pourquoi tes mots me font rêver ?
        Déjà parce que je suis sensible moins aussi à aux résonnances des mots et ceux que tu emploies sont parfois si bien trouvés qu’ils brillent au milieu de leur phrase comme des phares sonores.
        Et puis pour le sens. Tu parles de choses que je pourrais connaître moi aussi mais que je ne vois pas forcément. Tu parles de magie et j’y suis particulièrement sensible. Tu ne parles pas seulement des couleurs (tellement d’écriture se cantonne au visuel !) tu parles aussi des sons, des mouvements, du vide… Je repense au vase qui se brise qui m’avait tellement marqué. Il vibre longuement au delà de sa propre mort.

        • Dame Ambre

          (Ce plat, il continue de se briser au ralenti dans ma tête…)
          Je te remercie de m’avoir dit tout ça, je n’en avais pas conscience et tu viens de m’aider à comprendre ce que je cherche dans les livres que je lis (et la difficulté que je rencontre) 🙂

          • Céline

            Ah zut, c’était un plat… ? Bon, voilà, moi je l’ai retenu comme un vase et je n’ai pas envie de changer mon souvenir.
            Difficulté que tu rencontres ? A trouver des livres qui t’intéressent ? J’ai le même problème. J’ai emprunté « L’oragé » de Douna Loup à la bibliothèque et les premières pages m’ont enchantée. Je te dirai si la suite est aussi bonne.

            • Dame Ambre

              Oui un plat 🙂 Mais il a bien le droit de devenir un vase ! L’important, c’est la chute, pas l’objet.
              Je suis de plus en plus difficile avec les livres, je n’accroche pas si l’auteur n’y mêle pas l’émotionnel (et c’est le cas de 85% des livres), et j’y recherche ce « truc », et tu as mis le doigt je pense (en parlant de mes mots) : je cherche les sons et les mouvements, les émotions et les lumières. Je cherche ce que j’écris, je suppose, finalement 🙂
              Je regarderai à trouver ce livre alors, merci ! (et tu me diras oui)

    • Dame Ambre

      (la seule réponse qui me vient, pardon vraiment, c’est « en appuyant sur le bouton ». J’en sais rien, je ferais un bien piètre professeur ^^’ )

      Je ne fais pas grand chose, c’est tout le souci -_- Mais j’essaye. Et aujourd’hui, j’ai merveilleusement et uniquement lu 2 livres. Journée parfaite, je n’avais pas fait ça depuis 8 ans ! Il faut bien un intérêt à avoir une main immobilisée ^^ )

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