Pensine

Tu es parfait

forêt promenade

Parfois j’oublie de lui dire, qu’il est parfait. Sa main traine sur ma joue, sur ma taille et je suis surprise à chaque fois par sa tendresse, son amour, sa prévenance. Samedi, nous fêterons nos dix années de couple et comment vous dire que je n’en reviens toujours pas qu’il soit dans ma vie, la mienne, qu’il m’ait choisie moi pour égrainer le temps à ses côtés ? Il m’arrive d’ouvrir les yeux la nuit et je le cherche, ma main va à la rencontre de son corps et il est là, tout chaud, et le drap se soulève avec sa respiration d’endormi et je sais que je peux moi aussi le rejoindre, me rendormir : il est là. Il m’arrive d’ouvrir les yeux et il n’y est pas, il a rejoint le cauchemar d’un enfant, une couverture mal mise, un besoin de câlin et j’attends. Je n’entends pas j’ai les oreilles fermées par les boules quies, je n’entends pas mais j’attends qu’il revienne contre moi, j’attends de pouvoir me rendormir. D’être sûre. Qu’il va bien.
C’est resté ancré, la mort possible. Celle qui survient sans prévenir et qui arrache à vif. C’est resté au point que je ne sais plus dormir toute seule sans lui. Alors je vérifie, parfois. Si je me réveille. Normalement je ne me réveille pas, pas pour ça en tout cas, ou alors pour un cauchemar mais puisque je suis réveillée j’envoie ma main pour le toucher, et puis mon corps se blottir et enfin je retourne dormir. Que deviendrais-je sans lui ? Je ne peux l’imaginer.

Il est parfait, cet homme, et il partage ma vie. Il est parfait parce que nous partageons le même rire, les mêmes idées, le même chemin. Et puis, surtout, il est là. A chaque instant il est là, à mes côtés, toujours amoureux.

Tous les matins, il me fait mon petit déjeuner. Quand je me lève, très en retard du reste de la maisonnée qui commence à ouvrir les yeux vers 6h du matin – folie – mon bol de fruits et de graines est sur la table à m’attendre. Tous les matins. Quand j’ai de la difficulté à soulever, et puis parfois juste comme ça dans la journée quand l’idée lui vient, il me fait une tasse de thé. Il fait pratiquement tous les repas, il joue avec les enfants, il lance une machine de linge s’il estime qu’il y a besoin, il passe l’aspirateur quand le sol lui devient insupportable – c’est au premier qui craque – nous parlons de tout et de rien et de nous, parfois je le retrouve dans notre chambre avec la tablette et de la musique balancée avec un son terriblement mauvais en train de plier du linge, il s’occupe du compost et de mélanger à la terre quand il y a besoin, il me fait deux bouillottes par jour pour que mon corps garde une température correcte, tous les soirs il me prépare la couette et mon oreiller et il pousse le canapé pour qu’on regarde un film ou une série, il me soutient dans mes projets qu’ils soient fous ou tout petits, il prend les rendez-vous dont j’ai besoin quand je ne suis pas capable de téléphoner, il sort les poubelles et ouvre la boite aux lettres, il m’aide dans toutes mes douleurs, il court aux administrations, il m’écoute crier sur sa sœur quand elle déconne et il répond à sa mère au téléphone autant qu’il le peut, il fait toutes les courses chaque semaine pendant que je garde les enfants à la maison. En ce moment, il fait également toutes les vaisselles et toute la part de travail que j’assume habituellement tant bien que mal dans la maison et c’est beaucoup d’être seul pour faire ça. Malgré mes difficultés, normalement c’est très équilibré ce partage des tâches.

En ce début d’après-midi, il est allé donner son sang parce qu’il se sentait de le faire et qu’il est O négatif. Il avait terminé, il rentrait. Hibou a voulu manger une banane et nous n’en avions plus, je lui ai envoyé un texto pour lui soumettre l’idée que s’il se sentait… ? Il m’a répondu qu’il était rentré dans un magasin pour en acheter, justement. Il y avait pensé, au milieu de tout. Il est revenu à la maison et avec le temps qui a passé je l’ai trouvé blanc et les traits un peu tirés. Quelques étourdissements l’ont forcé à s’asseoir, tout de même. Ça fatigue de donner son sang. Ça fatigue, d’avoir une famille dont on s’occupe autant. Ça fatigue, une femme malade qui ne peut pas assurer de faire tourner la maison, en plus de tout le reste, ce reste qui fait de lui un homme merveilleux au quotidien et que je voudrais soutenir mieux.

Il est là. Toujours. Il partage ma vie, malgré mon caractère un peu emporté parfois. Avant hier il se moquait de moi gentiment parce que nous étions dans le noir de notre lit, l’un contre l’autre qu’il ne disait rien et que j’ai dit « oui ? ». Il dit que j’entends les virgules qui se bousculent dans sa tête. Je sais quand il veut parler et ne dit rien, j’ai une sensibilité auditive sur ce qui n’est pas dit. Alors maintenant il me le ressort dans la journée, il me dit « tu as entendu une virgule ? ». Il se moque et je l’aime.

Alors tout à l’heure, je lui ai dit parce que je crois que je ne le lui dis pas assez souvent.
Tu es parfait.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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