J’ai croisé des fées


 

feuilles rouges hiver ronces


 
Nous avons des papillons de nuit dans toute la maison. Quand j’ai vu le premier j’ai vraiment pensé que c’était extraordinaire. Il l’avait fait tout seul, sur modèle, sans aide parentale, là où moi je ne comprends pas la moitié des explications. Prince a une représentation spatiale des objets qui me surprend régulièrement. Quand il m’a dit Attends j’en fais un autre, j’aurais du me méfier. Maintenant que c’est devenu sa passion, il y a des papillons de nuit dans toute la maison. Dans des tiroirs, sur une boite, sur des étagères, sur le sol, sur les bureaux, dans les lits. Cet enfant parfois ne lâche pas ce qu’il sait faire, il en veut des grands des tout petits des bleus des verts des colorés et sa dernière nouveauté est de hachurer les bords du papier aux ciseaux avant le pliage – le dernier qu’il a ainsi fait ressemble davantage à une chauve-souris je vous l’assure. Ce matin LeChat lui a appris à faire les boites et il en rajoute dans l’arbre de noël, sur les petites lampes, il fait des boites – on pourra peut-être mettre les papillons dans les boites ? Espoir. La passion de l’origami le submerge et nous envahi, elle arrive après que la famille nous ait demandé ce que cet enfant pourrait aimer recevoir à noël. Le temps, cette donnée inattrapable…

Je continue de rêver. De carnets à mots, de carnets à dessins, de grands et de petits carnets, de palettes d’aquarelle, je me voudrais artiste avec un pinceau dans les cheveux et la jupe bohème sous un soleil qui réchauffe en douceur. De thés colorés, parce que je voudrais éviter les frais de port et profiter de mon passage dans le Sud pour passer dans les boutiques que j’aimais – et je dois donc attendre la fin du mois. D’aquarelle parce que je me focalise sur les cadeaux des autres et que je ne m’occupe pas de moi, c’est bien plus simple d’acheter pour les enfants. Je suis partie sur le bon coin et je n’en décolle plus.

Le verre est tombé. Une main sur le plat une autre sur la cuillère en bois, j’ai vu le paquet de farine de lupin basculer, j’ai vu la chute, j’ai anticipé dans ma tête derrière il y a le verre rempli d’eau de Hibou ce qui bien sûr ne servait à rien, je n’ai pas fait un seul geste je suis restée figée dans l’attente de ce qui était forcément déjà brisé – c’est étrange que l’on puisse ainsi être brisé avant la chute -, j’ai enregistré le son du paquet, le verre qui se laissait pousser et qui a basculé sans hésitation. J’ai regardé les morceaux éparpillés de la cuisine vers le salon, les gros et les infiniment minuscules qui brillaient dans le rayon de soleil, j’ai regardé les dégâts, j’ai regardé un moment cette scène, les yeux dans chaque morceau, j’avais toujours mes mains sur le plat et sur la cuillère, et je n’ai pas pleuré.
Les biscuits ont bruni au point de se croire brûlés, et je n’ai pas pleuré.

Je remonte.

Nous sommes partis cette après-midi en randonnée dans les gorges de la Monne, beaucoup pour changer cette humeur difficile dans la maison où nous oscillons entre agacements et dépressions légère, beaucoup pour simplement respirer l’air pur de la montagne. Cette randonnée est de une heure trente et je pense pouvoir dire que nous en avons vu l’équivalent de trente minutes ; nous n’avons même jamais vu le cours d’eau, à part le petit filet qui nous accompagnait. Nous sommes pourtant restés deux heures trente là-bas, les enfants à courir – après les moutons mais de loin – dans les champs et moi à photographier tout et… tout. Je me suis rempli les yeux, j’ai saturé l’appareil, j’ai vécu milles vies et oh mon dieu j’ai photographié des insectes en plein vol et il n’est pas explicable ce sentiment sauvage qui m’a traversée ; c’est cela pourtant, c’est cela que je veux vivre à chaque instant – ou enfin très régulièrement.

Alors la joie sur mes photos, en mode manuel parce qu’il est impossible de prendre d’aussi petites choses en plein vol. C’était des fées un peu, qui volaient sous mes yeux, en cercle, toujours dans le même espace un peu restreint. J’ai croisé des fées.
J’ai dit que je remontais ? Je suis toute en haut en vrai, je suis toute en haut. Pour au moins quelques minutes, quelques heures si le monde le veut bien, si les enfants, si.
 

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