Voyage

Quelques pas dans les gorges de la Monne

branches dénudées

 
Maintenant en relisant les mots, il n’y a plus rien de juste. Il n’y avait plus rien de juste hier déjà, parce que l’écriture s’est posée au fil de la journée, parsemée, bougonne, fatiguée. Mon texte décousu d’hier n’a plus représenté ma journée une fois qu’il avait été écrit, mais des mots posés ne peuvent s’effacer comme ça. Pourtant je n’y suis déjà plus, sauf peut-être la partie des fées.

Je regarde les tables et les chaises en bois sur LBC, que nous puissions enfin nous asseoir sur du solide. Je suppose qu’il nous faudrait également chercher des verres, puisque désormais il n’en reste qu’un seul. J’ai cherché l’origami mais il n’y avait rien, j’ai yeuté le papier aquarelle mais je n’ai rien trouvé non plus qui m’intéresse. Je commence à m’occuper de moi, doucement, et j’aurais aimé en réduire l’impact sur la planète – je continue à chercher.

Cette sortie dans les gorges de la Monne m’a apporté une certaine stabilité dans mon état émotionnel. J’ai conscience que c’est bancal, que je suis sur un fil, que je peux basculer sur un toussotement. Et Prince m’aide à perdre cette stabilité. Mais papa je sais pas quoi faire ! j’ai beaucoup beaucoup de réponses qui me sont venues, la seule dicible était Dormir pour la vingt-deuxième fois et au hasard puisqu’il était déjà 21h33, qu’à 21h47 il en était à son onzième lever pour faire pipi, qu’une ombre lui avait fait peur, qu’il avait faim, qu’il voulait lire un livre, qu’il n’arrivait pas à dormir, et que l’heure passant je commençais à ressentir tous les picotements de la dépression mêlée à l’agacement. Surtout lorsqu’il est resté dans l’encadrement du couloir à nous regarder – je l’ai bien vue filer, notre soirée en amoureux, je l’ai bien vue. J’ai fini par m’énerver, excédée, usée, je lui ai dit que sa place n’était pas au milieu de ses parents qui cherchait à avoir une soirée en amoureux, mais dans son lit.
Je sais. La bienveillance a pris un sale coup et il me faudrait un stage maintenant.

oiseau sur barrière

 
Je ne suis pas certaine que les mots pourraient retracer cette promenade, tant elle fut douce et joyeuse. Nos premiers pas ont affolé des oiseaux, les suivants ont affolés Prince ; un énorme chien en liberté courait dans tous les sens malgré un panneau « tenir en laisse » et il a terrifié l’un puis l’autre enfant puis… des moutons. Il a foncé à travers champs malgré les appels de son maître et heureusement pour tout le monde il n’y avait pas de ravin au bout sinon les moutons auraient tous sautés dans la panique générale. La mésaventure, une fois le chien revenu, récupéré et finalement mis en laisse pour désobéissance – en même temps le chien a un certain instinct de chasseur, à quoi donc s’attendre ? – l’aventure finalement, a donc beaucoup tenté les enfants qui sont partis courir… après les moutons. Les jolies bêtes étaient bien moins affolé par les enfants que par le chien, a juste titre : les enfants avaient plus peur du troupeau et ne sont finalement pas trop approchés. Les moutons ne m’ayant guère passionnée, je suis partie faire des photos d’arbres, de branches, de soleil dans les branches, de fées dans les branches et de licorne sur le chemin.

Mamaaaaan regarde je suis une licorne a hurlé Hibou, un bâton sur son front, maman regaaaarde moi je suis un cafard géant a hurlé Prince avec deux bâtons sur son front. LeChat ne pouvait pas laisser passer ça. Il a pris un bâton, un autre – pas sur son front – et il s’est mis à dessiner sur le sol.

licorne dessinée sur le sol

cafard dessiné sur le sol

Je me suis arrêtée sur chaque feuille, chacune livrant un secret, une ébauche de vie, un dernier reflet automnale dans le givre de l’hiver. Une petite bataille de saison se joue tout autour de nous, c’est d’une grande beauté. Le soleil se couchant très tôt, mes photos ont pris une légère teinte rouge étonnante.

branche arrondie

feuilles illuminées soleil

hiver feuilles et fleurs sèches
Pas de retouche. Quand je vous dis que la nature est magnifique 😉

cynorhodon fruits rouges secs sur l'arbre
cynorhodon

cynorhodon gorges de la Monne

feuilles hiver gorges de la Monne

insecte en plein vol gorges de la Monne

insectes en plein vol 2

Je me suis beaucoup amusée avec cette plante, de la bardane si j’ai bon souvenir. Elle semblait indiquer le chemin à suivre… je me suis arrêtée pourtant, je l’ai attrapée dans son semblant de douceur et dans ses piquants, j’ai cru me voir moi dans toute ma complexité actuelle, dans ce mélange de souffrance et de beauté. Je leur trouve une élégance extraordinaire, à ses fleurs sèches…

bardane indique chemin

bardane piquants gorges de la Monne

bardane piquants

bardane danseuse

bardane élégante

 

Le soir est arrivé à une vitesse hallucinante, avec son froid et sa basse luminosité. L’herbe scintillante sous le soleil est devenue bleutée dans son ombre. Entièrement givrée. Nous nous sommes résignés à faire demi-tour : il n’était que 16h30, mon appareil photo indiquait faussement 17h30 parce que je ne le règle jamais et queije fais avoir régulièrement sur la véritable heure, et nous étions presque la nuit. La nuit arrivait, c’était si fou… Quelques années que j’habite à la montagne et je ne me fais pas à cette disparition soudaine et hivernale, du soleil derrière les masses rocheuses.

famille sur le chemin

cristaux de givre

lichen hivernal
lichen

coucher de soleil à travers les branches

 
Nous sommes repartis en voiture – avec l’espoir de revenir dans ces gorges de la Monnne que nous avons à peine aperçues, un peu frigorifiés pour certains. Soudain sur un barrière en bord de route, nous avons, yeux dans les yeux, vu un rapace qui attendait là, pas craintif de voir notre voiture pratiquement le frôler. Mais de nous voir ralentir puis s’arrêter il a pris peur bien sûr et il s’est envolé dans la nuit. J’ai à peine pu le photographier, subjuguée que j’étais.

rapace dans la nuit

 
Et puis il y a eu lui.
Cet arbre, je l’avais vu à l’aller et je ne l’avais pas quitté des yeux. Il était côté conducteur, nous roulions, c’était compliqué et je n’ai pas osé demander à ce que nous nous arrêtions parce que les enfants à l’arrière n’en pouvait plus de la route, ils voulaient arriver et c’est quand, le soleil dans les yeux était leur croix et du coup la notre et si nous parents tenions bien le choc de toutes ces réflexions désagréables et compréhensibles, nous voulions arriver nous aussi. Alors cet arbre, je l’ai laissé filer, se perdre dans le paysage, s’éloigner.
Et puis au retour, il y avait ce coucher de soleil, les enfants encore joyeux de la promenade terminée, ravis de grignoter les biscuits trop cuit et brunis, et j’ai demandé à LeChat de ralentir, j’ai ouvert la fenêtre et j’ai shooté. J’aurais beaucoup donné pour descendre de voiture, prendre une ou deux minutes mais nous étions juste après un virage. Grâce à la route, je lui ai tourné autour, le prenant d’un côté puis de l’autre, moi penchée à la fenêtre dans le froid. Il a ralenti pour moi et je me suis toute contorsionnée pour le photographier disparaissant derrière-nous et je me suis tordue le poignet – il reste fragile, je le blesse tous les deux jours.
Mais.
Ça en valait le coup de perdre une main. Si si.
J’ai par contre dû poser mon appareil, incapable que j’étais de le tenir, ratant ainsi de belles photos des couleurs dans le ciel dessinées par le soleil disparu…

soleil couchant ciel ombres chinoises

arbre soleil couchant ombre chinoise

arbre soleil couchant ombre chinoise 2

 

 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

8 commentaires

  • Hervé

    Bonjour Ambre 🙂
    tes photos ont vraiment un style bien à elles, ou plutôt bien à toi, qui se reconnait de billets en billets.
    C’est le fruit d’un travail je suppose ? ou simplement l’expression de ta façon d’être ?
    « pas de retouches » j’en prend bonne note, j’essaie d’apprendre un peu de mes amies photographes.

    Pas de piste d’aide pour votre fils ?

    • Dame Ambre

      Bonjour Hervé 🙂
      Pour les photos je ne sais pas… je suppose que c’est ma manière de regarder les détails ^^’ Le regard fait beaucoup, pour avoir fait des photos en même temps que d’autres personnes, nous n’avions pas les mêmes « résultats ». Certains ont un regard plus carré, plus froid, plus précis, plus « mariage », etc…
      Je fais pratiquement toutes mes photos au 105 mm et cela change la manière de photographier (à part celle de la licorne parce que je ne pouvais pas m’éloigner sans « écraser » la photo). Avec le 105, je dois me poser à l’exact endroit d’où je veux cadrer, la profondeur n’est pas du tout la même, etc. Mon 18-55mm [édit : j’ai un 24mm !!!] ne me sert pratiquement jamais, je n’aime pas autant le résultat de mes photos, ce n’est pas « moi ».

      Pour les retouches, il est rare que j’en fasse, mais j’en fais oui parfois 🙂 Par exemple, quand en photographiant je me suis ratée (iso mal gérée, trop de soleil, etc) je bouge un peu (un peu hein) le contraste. Mais globalement j’ai la bonne photo sur le terrain, parce que je peux être sur une seule feuille pendant 10 minutes, jusqu’à obtenir LA photo que je veux (normalement ça me prend quelques secondes, mais je peux y passer de loooongues minutes 😛 ). J’ai beaucoup de patience pour la photo parce que j’ai besoin d’avoir dans l’appareil ce que mon regard a vu. Impossible de repartir sans 🙂

      Pour Prince, ce matin il était chez la psy… ils ne sont pas encore rentrés, on va voir comment ça s’est passé ^^’

  • Céline

    Bonjour Ambre. J’espère que le rendez-vous de ton fils s’est bien passé et que vous aurez rapidement des réponses à vos questions et à votre fatigue.
    Tes photos sont toujours magnifiques ! J’ai acheté un nouvel objectif pour l’anniversaire de mon amoureux (il ne sait rien de cette folie). Il n’existait pas de 105 mm pour son appareil à prix abordable, alors ça sera un 50mm – f1.8 . J’espère que ce sera un bon choix ! Je suis en tout cas certaine qu’avoir un objectif à focale fixe va stimuler sa photo (je pense qu’il passe trop de temps sur place avant de prendre sa photo) et que ça va beaucoup lui plaire. Enfin, je suis toute excitée et j’ai hâte qu’arrive la date !

    • Dame Ambre

      Effectivement la focale fixe change complètement la manière de photographier. Ce n’est plus lui qui cadre, c’est le photographe qui se place avec exactitude. Personnellement j’adore ^^ D’ailleurs j’ai dit une bêtise dans mon précédent commentaire, oups ! Je n’ai pas un 18-55mm, j’ai un 24mm (focale fixe là encore).
      Tu me l’as peut-être dit pardon, quel genre de photo il prend ? J’espère qu’il s’amusera bien en tout cas 🙂 J’ai bénéficié d’un prix intéressant pour le 105mm quand j’avais acheté mon appareil, ce qui avait fait pencher la balance du coup, entre Nikon et Canon (reste que ça a couté fort cher tout de même). La photo, c’est une passion onéreuse ^^’

      Le RV s’est très bien passé, il a surtout aidé à poser les bases du coup il n’en est rien ressorti pour l’instant – mais le papa et Prince ont bien accroché avec la psy, ouf elle a l’air bien. Par contre depuis Prince est épuisé et il a pleuré pendant une heure à son retour à la maison. Quoi qu’il se soit joué pour lui, ça l’a remué – je pense que c’est positif…

  • Hervé

    Focale, ouverture, exposition, j’ai beau lire parfois des articles à ce sujet: ça n’imprime pas …
    Je ne suis pourtant pas hermétique à la technique, mais en matière de photo il faut croire que je m’ intéresse davantage aux photographes qu’à leurs techniques. Finalement une photo révèle aussi un peu de la personne derrière l’objectif, non ?

    • Dame Ambre

      Je vais te rassurer (ou pas), je n’y connais rien non plus (mais je devrais -_-). Je fais tout n’importe comment, à l’instinct, « tiens et si je bougeais ce bouton ? Ah ouaiiiis génial ». Voilà voilà. Je n’imprime pas non plus. Je connais les mots, régulièrement quelqu’un m’explique ou je trouve l’info sur le net, et.. je ne retiens pas. Je suis passionnée par la photo, mais la technique me laisse froide (c’est dommage, j’ai conscience que je ferais de gros progrès si je comprenais ce que je fais et ce que je peux faire… :/ ).
      Je pense aussi que les photos révèlent la personnalité de son auteur. C’est une extraordinaire possibilité de partager ce qu’on voit 🙂

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