Il suffit d'un mot

Ce que le ciel contient d’eau


 
 
feuille rouge hiver soleil

 

Je doute de chaque parcelle de moi. Il y a dans cette maison une pagaille qui me grignote de l’intérieur, où que se pose mon regard le monde s’écroule. Les tas de vêtements à donner – mais à qui – ont fini par sortir des sacs, les papiers débordent du bureau et des tiroirs, les découpages des enfants ont laissé de petits bouts de papier sur le sol de tout l’appartement, les créations envahissent notre espace, les jouets à donner s’escaladent les uns les autres dans notre chambre à nous – régulièrement repris par les enfants parce que nous n’en faisons rien -, ma table de couture s’est décomposée sous les petits projets mis en place.

J’en suis à souhaiter prendre un immense sac poubelle. Tout jeter, faire le vide.
Alors j’ai commencé par prendre un papier et je lui ai donné sa place, première pile de ce qui sera jeté, et puis un truc en plastique cassé, deuxième pile pour la poubelle. Je me suis lancée et je vais tout jeter n’est-ce pas ? Les papiers, les inutiles, les encombrants, les larmes, tout ? Je suis arrivée sur le petit carton que j’avais mis de côté en oubliant qu’il était là et j’ai pensé qu’il fallait que je l’emballe maintenant avant que LeChat soit en vacances. J’ai découpé dans un ancien Flow des pages où il était écrit Keep calm and carry on, après avoir longtemps hésité avec « si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » et puis la couleur vieillotte l’a emportée sur Lewis Caroll : c’était plus doux. Mais je le garde pour un autre cadeau, une autre personne, ou une autre année.

Je continue de pleurer. Mais c’est faux, je recommence à pleurer est plus juste parce que je m’étais presque arrêtée – et je crois que la couture me tient, je m’effondre depuis que j’ai laissé l’ouvrage. J’ai senti la chute ce matin, comme ça, d’un coup pendant que je cuisinais une ratatouille-légumes-sous-la-main. J’ai balancé le garam masala, un peu trop fort, un peu trop vite, c’était trop et j’ai pleuré. J’ai senti le barrage céder, mon envie de rien et mes larmes couler et je n’ai plus su ce que je faisais dans la cuisine avec une spatule en bois dans la main. J’avais tort, c’était délicieux. J’avais oublié que nous n’avions plus de riz et sans concertation en revenant de la psy LeChat s’est arrêté en acheter. Il y a des jours comme ça où nous sommes connectés.

Prince est revenu heureux, tout sourire de chez la psy. Elle lui a prêté une BD qu’il devra rendre début janvier, lors du prochain RV et lui a donné un tas d’images. Il a accepté sans souci de rester seul avec elle et LeChat derrière la porte l’entendait rire aux éclats de temps en temps. Elle est très ouverte à l’IEF et l’éducation bienveillante, cela fait du bien d’être sur la même longueur d’onde. Elle a fait rougir LeChat en s’extasiant sur les magnifiques coquillages fabriqués pour le calendrier de l’Avent, elle a l’air bien et cela au moins devrait présager d’un bon début, peu importe de quoi. Elle ne parlera peut-être jamais de précocité parce que ce n’est pas son domaine spécifique, il n’y aura peut-être pas de mot posé sur ce qu’il traverse, et cela n’a aucune importance si elle trouve la clé de cet enfant. Quand ils sont rentrés, c’était la joie à la maison.
Il était tout heureux, pendant quinze minutes. Et puis il s’est cogné et il a pleuré une heure.
Il a lâché ses larmes comme du désespoir, comme de la tristesse.
Il m’a fait des câlins, lui toujours si éloigné dans son monde.
Il est fatigué.
Il semble aller relativement bien.
Peut-être que tous les deux, ils vont faire des miracles.
En attendant ledit miracle, le coucher de ce soir se traine, s’étire, m’épuise.

Je me demande si je peux plier le réel. Si je peux plier les larmes. Si je peux plier. Je me demande ce qu’il va rester de moi si je m’arrête de pleurer. Je me demande ce qu’il va rester de moi si je m’arrête de coudre alors que je ne tiens que dans ces tissus que j’assemble.
Je me demande si la nuit tombe quand on a les yeux déjà fermés.

4 Comments:

  1. Merci pour les nouvelles du petit, enfin du grand.
    Si la psy sait catalyser sa capacité à être heureux c’est un très bon point oui.
    Ensuite il faut de la patience.
    Peut-etre finira-t-il par calculer que c’est une meilleure affaire d’être heureux.

    N’aurais tu pas besoin également d’un soutien ?

    1. Je l’espère. C’est vraiment notre but, que sa capacité à être heureux devienne plus importante que sa frustration générale. Nous verrons…

      Si. J’aurais besoin de vacances déjà, besoin de quelques jours ou quelques heures sans enfants, besoin de dormir aussi. Et sans doute, besoin d’avoir un noël juste entre nous, sans la famille et ses histoires. Je crois que c’est cela qui me déprime tant, noël.

  2. As-tu lu « Coeur cousu » ? C’est un roman magnifique, tu aimerais. Et ce que tu dis sur la couture m’y fait penser.
    Pour la précocité, cela ne fait rien. Les difficultés que traverse ton fils ne peuvent être résumées par un mot. C’est autre chose. Quelque chose à comprendre, que lui doit comprendre.
    Mais si tu as le doute, n’hésite pas à lui faire passer un bilan. Je suis bien placée pour te dire qu’il me semble très utile de savoir 😉 Surtout qu’il sache, lui. Peut-être pas si tôt. Mais un jour.
    Je suis comme toi touchée par tout. Etre malheureuse parce que je dose mal un plat, comme ça dans la négligence, me blesse aussi beaucoup. Mais je ne pleure pas. J’aime prendre la vie de plein fouet mais il est hors de question qu’elle me ratatine. Alors je me demande : pourquoi pleures-tu comme ça ? Pourquoi en éprouves-tu le besoin ?
    Peut-on exister entièrement sans pleurer ? Je le crois.
    Tu pourrais peut-être, toi aussi, aller voir cette psychologue si sympathique, non ?

  3. Ah non je ne connais pas, je vais chercher merci 🙂
    Selon les résultats avec la psy nous le ferons (mais la psy nous coute déjà beaucoup et les tests sont très chers donc on ne le mettra pas en priorité si la psy n’en parle pas et que Prince va mieux). Par contre je le garde en tête, pour nos deux enfants : ils parlaient tous les deux avec sujet/verbe/complément à deux ans, et ce n’est qu’un signe parmi d’autres qui nous font dire régulièrement que… Hibou le vit bien et quand il a des frustrations elles s’expriment d’une manière très gérable pour nous, il n’a pas cette souffrance ancrée que son frère exprime. Bref… nous verrons. Mais oui je le garde en tête pour quand ils vont grandir.

    Ces temps-ci, je crois que je prends tout pour exprimer quelque chose de plus précis. Je crois, mais ne suis pas encore certaine, que noël m’angoisse et que c’est pour cela que je pleure. Je vais réfléchir plus en profondeur pour voir ce qui me fait flancher comme ça…

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