fleur seche en toile

 
 
L’aiguille passe dans le tissu de velours, je tire les fils – j’ai enfin eu l’idée de chercher comment arrêter un surjet, c’était si simple -, j’ai alterné les couleurs, et je suis pour l’instant fière de moi. Après la couverture j’ai ajouté une taie d’oreiller et une taie pour le petit matelas – afin de remplacer le tissu tout moche à carreau – Je crée un tour de lit au berceau de poupée de ma filleule et c’est quelque chose que je ne m’attendais pas forcément à faire un jour pour cette petite fille. Il ne me reste plus beaucoup de temps pour terminer et cuisiner ce qui doit l’être, je ne stresse pas pourtant je me demande comment je vais pouvoir tout faire en trois jours. Ce à quoi LeChat m’a répondu S’il n’y avait pas un peu de speed dans la préparation ce ne serait pas noël et je ne peux pas dire qu’il ait tout à faire tort – aucun noël de mes souvenirs ne lui donne tort en tout cas.

Dans la vie, il n’y a pas de rapport entre les journées annoncées, entre les titres donnés, et ce que l’on traverse. J’y pense parfois. a ces raccords qui manquent. A ces carrelages brisés. J’y songe encore mais sans doute, il n’y a pas de mots pour ça. Alors je titre à côté. J’écris à côté.

Les larmes aux yeux j’ai reçu un mail, des pensées à répondre me venaient et je me suis rendue compte à quel point c’était ce que j’appliquais moi-même. Je continue de regarder à travers la fenêtre mais ce n’est plus la mienne c’est la votre. Je dis vous mais c’est tout le monde, un peu, tout le monde et une seule fenêtre. Je ne doute pas de ma place dans la vie je ne doute pas de ma place non, je doute de celle des autres lorsque vous évitez les profondeurs je doute parce que je connais vos pensées, que c’est trop facile, j’écoute j’y crois et puis cela s’effondre. Je doute sans cesse, sans fin, sans vous. Lorsque je gratte et que rien. Comment font les humains pour ne pas se couper le souffle brutalement ? Comment. Vous. Faites. Je manque. Je m’aperçois comme je manque, comme j’ai mal, comme je voudrais vous secouer, vous aimer et vous secouer. C’est cela que je cherche dans tous mes là-bas. Pas ici. Ici je suis moi, ici je vous dis la souffrance que c’est de parler sans profondeur – vous avez mal vous ? – la douleur de ne pouvoir tout dire parce qu’on lasse – parce que moi j’ai mal -, la difficulté de ne pas pouvoir être soi, de déranger, d’être étrange. Je ne comprends pas ce décalage quand je me sens si peu intelligente, sur quoi cela joue-t-il s’il n’y a que moi, je suis qui si je ne comprends pas ? C’est une vie entre racines. Entre les coupées et les profondes, les yeux qui suivent du regard tout ce vide. Ça ne se raconte pas. Ça ne se raconte pas la solitude quand elle gravite autour de tant de personnes, quand on croise tant de monde. Je ne peux pas dire les gouts, les couleurs et les saveurs parce que les portes sont jolies mais inutiles et quand je pourrais les ouvrir je vois bien que vous n’êtes pas prêt, vous fuyez en sécurité. Vous vous faites peur. C’est cette absence, c’est tout ce vide qui m’empêche de vous dire il n’y a pas de mots pour ça.

Et puis parfois. Je croise un renard.
Toute sa profondeur. C’est comme une nouvelle fenêtre, ouverte. Un peu.
Je ne sais pas ce que pense un renard, c’est un silence feutré qui s’entend seulement dans la neige ; je m’émerveille. Et cela me soulage, vous savez. Cela me soulage. Et il n’y a pas de mots pour ça.

Merci aux renards qui traversent les routes et dont le regard plonge en nous. En vous.

 
 

Hibou regarde un nouveau dessin animé, Horton.
Il vient me voir à vingt minutes de la fin,
désespéré et triste :
« Maman, Horton ça finit jamais !« 
.

Je crois pouvoir dire qu’il n’a pas aimé,
Comme son frère avant lui.

 
 

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