contre-jour brin herbes
 
— Est-ce que tu m’aimeras toujours si je suis intelligente ?
— Oui.

 

Il m’a serrée très fort et je n’étais déjà plus celle qu’il avait prise dans les bras. Comment ai-je pu m’ignorer à ce point ?
Alors.
Travailler. Avancer. Bouger les repères.
Alors. Mettre en lumière. Soulever tous ces petits coins sous lesquels je me suis cachée. Faire face à tous les dangers qui se présentaient et qui inquiètent toujours, un peu, la petite fille. Ouvrir les portes, regarder droit dans les yeux ceux qui me semblaient avoir un savoir inégalable et hautain, dangereux. Reprendre toute la confiance qui m’a été retirée. Respirer parce que j’en ai le droit, complètement le droit. Je plongeais dans le chocolat fondu et l’acte répété et hypnotique m’amenait à voir chaque parcelle de changement en moi ; la souffrance dont je ne veux plus, la tendresse d’aimer des gens qui m’évitent un peu, et moi là, qui change, qui grandit, qui ne sera plus jamais la même. Je prends conscience, je me suis pensée si… bête… c’est si étrange, de changer de statut à ses yeux. De s’être vue bête, de se découvrir intelligente. De s’être vue stupide si souvent. Oh il y a bien encore un peu comme un écho. D’imposture. C’est vrai ça comment j’ose croire, comment j’ose penser cela ne m’étonne pas de toi tu ne vaux rien. Alors je recommence, je reprends, j’ouvre encore et encore. Je fais taire les autres, je la fais taire, elle. Je n’ai plus à m’en protéger, je n’ai plus à faire semblant. Je n’ai qu’à être moi.

Est-ce qu’un jour je vais arrêter de me connaître ?

Je voudrais des rencontres. Impromptues. Légères. Cousues dans mon quotidien. Je suis en train de me rencontrer et je voudrais savoir, c’est comment en vous ?

Je suis tellement désolée de ne pas savoir être en lien avec les gens, tellement désolée d’être si à côté de leurs pensées, tellement désolée de ne pas partager leurs préoccupations. Tellement. Désolée. Je le voudrais mais je sais bien, je comprends, je suis à côté. Parfois, souvent, j’écris mais je ne suis pas entendue, pas comprise, je reste obscure et pour moi j’écris si limpide… Comment se trouver, quel entre-deux ? J’ai une impression de simplicité c’est fou de se fourvoyer autant. Je comprends juste, enfin, que je ne suis pas en tort, que rater des liens n’est pas de ma responsabilité, que c’est juste ainsi. Je me suis cachée et je n’ai pas la moindre idée de ce que c’est que d’arrêter de jouer à cache-cache, je n’ai pas la moindre idée de ce que c’est d’être. C’est comment de ne plus porter un habit trop grand ? C’est comment d’être en pleine lumière ? C’est comment de respirer à plein poumon ? C’est comment, d’être soi…

Je me sens différente.
Je me sens légitime.
Entière.
Et cela me bouleverse.
 
 
 

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