ronces l'amitié

 

 
Noël a cette tendance à creuser les gens, en eux et entre eux. Nous parlons en creux, nous rions en creux, nous sonnons en creux, nous souffrons en bosses. Rien d’important n’a été abordé, l’agencement de la table nous a valu d’être loin, relégués dans un coin. J’ai tourné plusieurs fois avec la même personne sur la même conversation, et la seconde fois déjà je hurlais dans ma tête mon besoin de passer à quelque chose de plus intéressant que les vêtements ; parce que la doublure d’un jean ne me passionne pas plus que les dix secondes réglementaires et que pour moi un jean reste un jean à savoir inconfortable. Je veux bien parler vêtement si l’on touche à son cœur, s’il expose sur la table toute sa matière brute, que Noël enfin, ne soit pas que ce creux terrible qui n’annonce que du vide.

Je n’ai pas écouté ma belle-sœur et ses jugements de valeur, je ne l’ai pas écoutée quand elle a commencé à signifier ses désaccords ou les il-faut-que. A chaque réflexion devenant désagréable, mon cerveau se déconnectait je suis donc incapable de dire ses énormités. Je crois que contre l’intolérance, le racisme, la bêtise, la méchanceté, les jugements, la négativité, il n’y a rien de plus efficace que l’indifférence. Ne pas écouter. Je me suis fermée. J’ai aimé, me fermer.. Je suis fière d’avoir réussi cela, de ne pas avoir emporté avec moi des phrases négatives et blessantes.

Mon beau-père lui, m’a prise au dépourvue. Il s’est adressé à moi afin de pouvoir directement m’agresser et je n’ai malheureusement pas su l’éviter ; je me suis pris de plein fouet le foie gras et son bonheur d’en manger. Il n’entend pas que lorsqu’il déguste sa tranche de pain et de foie gras, cela ne m’intéresse pas, cela m’indiffère même profondément ; il n’entend pas que lorsqu’il met l’accent sur son geste et l’absence du mien, mon indifférence se prend une claque, je vois l’oie gavée s’étranglant dans son gras. Il n’entend pas que je ne lui impose pas cette image, moi. Il n’entend pas et continue de me narguer, de me dire que ma place est ridicule, qu’il est content d’être à sa place de carnivore et qu’il est heureux d’en manger – ses mots, tous et puis d’autres que j’ai oublié. Parfois je voudrais lui faire avaler ses mots avec l’oie agonisante et souffrante. Je laisse les gens manger ce qu’ils veulent sans ennuyer personne, je voudrais à minima le même respect à mon encontre. Je sais qu’un jour, je le lui dirai. Doucement. Fermement. Je souhaite ne pas être jugée sur mon alimentation, de la même manière que je ne juge pas la tienne. Peut-être qu’il deviendra végétarien avant que je ne trouve les mots ?

Ma belle-mère est venue me demander si cela allait, elle me l’a demandé vraiment, avec le regard et tout son corps qui attendait ma réponse. J’ai glissé que j’étais fatiguée par le bruit, et elle m’a dit je sais, c’est pour cela que je demandais. Nous avons souri. Peut-être puis-je y voir un début de communication entre nous. J’attends. Je suis patiente, j’ai toute ma vie et la sienne pour voir venir.


 
Je ne me suis pas stressée pour le repas, j’ai laissé venir jusqu’à moi en accueillant en douceur et j’étais la personne la plus zen du monde, je n’ai pas anticipé les mauvaises ondes, je n’ai pas angoissé. J’ai tenu jusqu’à ce que le stress de LeChat, que la pression familiale avait atteint plus que nécessaire, grille un feu et se fasse flasher. J’ai très certainement un petit peu craqué ma zénitude parce que vraiment, je sais exactement quoi faire de 135 euros et cela n’incluait pas l’état. Alors en effet, je me suis énervée et j’en ai même pleuré. Nous avons la semaine pour savoir si finalement nous aurons la noisette – dixit Hibou – ou non, étant passé dans cet instant précis de l’orange vers le rouge (et qu’il faut deux flash pour signifier la faute). Y a-t-il un mot existant pour ce phénomène, cet entre-deux particulier qui fait basculer de la légalité à l’infraction ? Je me demande si le mot est beau ou tout en laideur – je penche pour la laideur.


 
Pour le réveillon nous n’aurions pu espérer mieux – et cela fut bien trop court – à être chez Reno et toute la douceur et la vie et les rires – et oui on peut le dire, « et la raclette » – c’était une veillée très douce. La sensation de tisser vous savez, tous ses liens et les sourires sur les liens. Le prochain, celui de la nouvelle année, nous serons seulement nous, les enfants envoyés au lit et si j’ai le temps et l’énergie – ou sans doute est-ce d’envie dont il est question – je ferai la bûche. Je n’envisage pas un réveillon ou un noël sans la bûche traditionnelle et je n’ai aucune idée de pourquoi. J’aime la beauté de ce dessert qui concrétise sous la langue tout ce à quoi j’aspire durant les fêtes : une certaine légèreté, une certaine douceur, une certaine blancheur, bien de la gaité. C’est un dessert sur qui repose bien des choses et dans le même temps absolument rien : il lui suffit d’être.


 
Ma journée, douce journée. Je me suis fournie en thés – il ne manque que celui au sirop d’érable – et il a le gout de l’amitié, de ma journée, ma douce journée. Je le bois et je songe, je rêve, j’écoute, je vois et j’ai tout vraiment pour être comblée. Je lis et à travers je la lis elle, j’écris à travers lui à travers elle et je reprends mon livre mon histoire mon deuil, je me place sans difficulté pour l’instant, j’en vois le chemin et il me semble comprendre, voir s’emboiter les mots et les évidences, je suis dans la nécessité et l’ivresse d’écrire et la tranquillité de ce qui se pose.
De cette journée j’en retiens en moi des thés des mots des regards des rires et toute la vie. Je continue de la boire, je continue de la vivre, j’ai en moi tout ce séjour tendre et doux. Cela me plairait de vivre cette douceur là toutes les deux semaines et puis sinon une fois par mois, de me retrouver en moi aussi souvent, de vivre mes amitiés à ce joli rythme. J’en ai besoin si vous saviez. Je voudrais ne pas attendre que le manque me déchire et j’y travaille, je projette, je tente de poser l’avenir. J’ai voyagé ces jours. J’ai voyagé loin très loin, en moi, dans la ville, dans les tasses, dans les yeux. Avec intensité.


 
Deux jours avant notre départ, Hibou prend un livre pour son histoire du soir, arrête son papa et montre les lettres : beu rrrrr a vvvvv o : bravo. Particulièrement impressionnés, nous étions, vous pensez. Il tourne la page et continue : a mmmmmm i : ami . D’accord enfant, d’accord, tu as appris à lire entre les alphas et les lettres montessori, et je n’y suis vraiment pour rien dans cet apprentissage. Il va vite mon petit, il va vite et je ne sais pas me rendre disponible autant qu’il aurait besoin, je le vois bien. Il lui faudrait quelqu’un à plein temps, il leur faudrait à tous les deux, une personne disponible entièrement, complètement, une par enfant. Je ne suis que moi et nous ferons ce que nous pouvons, chacun.

Ce soir il prend un livre et me dit regarde maman, si on prend ce coin, ce coin et ce coin et ce coin (et il trace de ses doigts les bords du livre) ça fait un carré.

Il a trois ans et trois quart de ces mois, il n’a pas encore quatre ans, il continue jour après jour de m’impressionner. Comme son frère avant lui, comme son frère toujours. Ces deux enfants, j’espère que j’arriverai à suivre, à les guider dans leurs apprentissages… Et dire, dire que j’avais si peur de ne pas savoir leur apprendre à lire. Ils m’ont devancés, les deux. Évidemment.

Je ne sais pas quoi faire de ma propre intelligence, et je vais devoir guider deux enfants qui vont très très vite. Ça va se faire n’est-ce pas, ça va se faire ? Forcément, de toute façon. J’espère que je saurai, simplement, leur éviter la répétition des journées, afin qu’ils apprennent à vivre chaque expérience de vie avec intensité. Je me sens être en pleine conscience, je me sens être, je ressens tout ce que je déleste du passé. Je me sens être dans une nouvelle vie, et j’espère savoir leur donner les clés pour la leur.

LeChat m’a dit Tu es resplendissante, ça te rend belle l’intelligence.
Je me sens belle.

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11 commentaires

  1. Beauté, douceur, intelligence, et tranquillité : joli programme pour l’année nouvelle 🙂
    Et sinon, pour le feu, je propose la prune de Schrödinger 😉

        1. Effectivement 🙂 Par contre fais bien attention de le sentir avant de l’acheter, j’ai déjà été très très déçue par un thé au sirop d’érable qui au final avait un gout très neutre. Celui-ci je l’ai gouté et c’est à se damner 🙂

          1. Il faut toujours sentir son thé avant de l’acheter. C’est comme un fruit, et c’est aussi pour cela que je n’achète pas de thés en boîte, en général pas moins chers et de moindre qualité.

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