vœux année 2016

 


 

Une nouvelle année, cela n’a jamais été un évènement pour moi. J’ai fêté avec S. nouvel an après nouvel an, dans la musique et les cris et cela ne nous ressemblait pas, nous n’y étions que pour le Dire, pour que nos amis ne nous pointent pas comme extraterrestre, nous y étions mais nous nous décalions. Je ne me souviens pas d’un nouvel an où à l’heure dite du passage décompté, nous étions avec nos amis. Non. Nous étions dans ce temps à part, toujours. Cela aurait du m’alerter, cette vie à part, ce pas à côté que nous avions, que j’ai, toujours. LeChat et moi continuons ce pas à côté, nous regardons comme éloignés de la chose, nos mains soudées l’une à l’autre, amusés. Ce n’est pas un évènement, il n’y a rien à fêter dans l’achèvement d’une année qui ne correspond pas forcément à un cycle précis, il n’a rien de personnel.
Un évènement cela soulève. La vie souffle avec soudaineté et c’est un fleuve qui nous traverse, nous bouscule. Mais le nouvel an n’est qu’une seconde qui vieillit dans la joie. C’est pailleté et cela s’arrête là.
Mais celle-là, 2016… j’ai la sensation qu’elle va apporter et soulever les évènements, un peu comme si l’année 2016 avait trouvé le lieu et le temps pour exister. Il y a un passage, un abandon de ce qui meurt. Elle va être de toute beauté, je la sens qui frémit. Elle ne fera pas semblant d’être là, vous ne ferez pas semblant d’être réveillés. J’ai l’envie cette fois-ci, de la voir s’éveiller, de la voir basculer. Assister à la fin de l’une et la naissance de l’autre.

Je n’ai pas de résolutions, jamais. Je ne les tiens pas, c’est trop long, trop loin, une année d’idées qui ont le temps de changer, d’évoluer, il est impossible de faire des résolutions pour moi en songeant les tenir.

Alors juste, continuer à me sentir vivante. Je souhaite bousculer les chemins sans me disperser pour autant, je compte bien prendre deux voies, le dessin et l’écriture. Je me suis offert un petit coffret d’aquarelle, et si la première vendeuse m’a découragée au point de me dire de changer d’art, une réflexion intense m’a amenée dans une autre boutique pour faire mon achat, ne lui en déplaise. C’est qu’elle ne voyait pas l’intérêt d’utiliser les crayons aquarellables et les godets ensemble, et pour avoir testé cette après-midi l’intérêt est mille fois supérieur à ce que j’avais osé projeter – premier conflit entre elle et moi donc – ajoutant qu’il me fallait un stylo noir pour les contours, si je voulais que le travail se voit dans l’aquarelle. Le deuxième conflit s’installa donc entre nous. Je ne voulais pas d’un stylo, j’avais déjà mes crayons sauf que c’était un scandale pour elle : si on voyait le trait c’est que j’appuyais trop. Hors je n’appuie pas « trop », j’appuie ce que je souhaite. Elle a appuyé sur ce que je savais, je ne peins pas à l’aquarelle comme tout le monde, je détaille ce que cette peinture habituellement étale, légère et noyée, sublime. Je détaille, je grave, je précise. Je peins à peine.
Le troisième conflit s’est posé sur les pinceaux, que j’ai acheté il y a quelques temps de cela, synthétiques. Volontairement. Parce que rien que de voir le nom de l’animal, le petit gris, j’avais blêmi dans le magasin. Cette dame avait donc un souci technique avec mes pinceaux – impensable de peindre avec ça, je devais arrêter immédiatement – quand moi j’ai un souci éthique insurmontable : il est impossible de faire s’ouvrir l’esprit d’une personne persuadée d’avoir le savoir. Je sais qu’elle a raison quant à la qualité du pinceau et du travail, je le sais, je l’ai senti en peignant que ces pinceaux n’étaient pas de bonne qualité, qu’ils empêchaient un éclat, qu’ils raclaient sur le papier… mais rien que de l’entendre m’imposer ses pinceaux en poils d’animaux mon estomac cherchait la sortie.
Elle m’a donc conseillé de changer de passion.
Je ne suis pas prêt d’en changer, mais merci.

Et c’est à quelques pas de sa boutique, les yeux dans ma tasse et les mots dans les yeux de Blanche que j’ai compris quelque chose de fondamental : on ne devrait jamais jamais apprendre un art. Si ma mère ne m’avait pas découragée j’aurais sans doute pris des cours de dessin et j’aurais un savoir académique. La création, celle qui s’envole sur des vents indécis et fantasques, aurait été bridée par tout un savoir. Je crois que nous devrions toujours commencer en autodidacte, laisser venir le style et seulement ensuite prendre des cours si l’envie nous chatouille d’apprendre plus loin.

J’ai donc changé de boutique, je me suis offert un petit set de godets et j’ai réalisé cette après-midi que le pinceau de poche que je tenais entre les doigts et qui faisait glisser ma peinture avec une perfection toute particulière, était en poils de martre rouge et que je l’avais bien involontairement acheté avec la boite.
Ma tristesse n’a pas de limite, je suis effarée. C’est fait. Je dois l’accepter, c’est fait. Mais tout de même, il y a d’incroyables solitudes qui se créent par manque d’attention et de discernement, je ne comprends pas comment j’ai fait pour passer à côté. A ma décharge, il n’y a rien d’écrit sur la boite, j’ai du faire la recherche sur le net pour confirmer ce que j’avais déjà compris. Comment s’excuse-t-on auprès d’un animal qui a été tué pour que je joue avec des couleurs sur du papier ?
 


 

J’
ai digressé, évidemment. Je parlais, et j’y reviens donc, de mes résolutions, de la peinture, des mots, de la résonance de vie qui était la mienne : 2016 portera tout cela. A moins que ce ne soit moi, qui porte cela en moi, les mots, la vie, les couleurs et toute la lumière qui s’échappe dans une secrète gaité.

Je vous souhaite, à vous qui passez par là – connus et grands inconnus qui me font espérer que mes mots parlent parfois en écho à votre âme– une douce année 2016, je vous souhaite d’être entouré par un amour puissant et chaleureux, je vous souhaite une santé apaisée et claire, je vous souhaite toute la lumière nécessaire pour traverser un monde souvent sombre et inquiétant : tout est en vous.

 
 

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