Pensine

La pensée d’à côté, et je me lève

fleurs sèches vert je me lève



J’ai écrit commencé à écrire afin de pouvoir me taire. Pour continuer ce silence que j’opposais au monde pour ne pas hurler. Je tenais les mots, je les domptais sur le papier – et puis sur l’écran – et c’est comme ça que j’ai commencé à parler. En voulant me taire – il y a pire paradoxe. Ces temps-ci, tout est dans ma tête, tout bouillonne, mais je ne pose rien, je n’écris pas ce qui me traverse, je ne parle pas. Je tais l’essentiel et j’offre à LeChat toutes mes pensées brouillonnent, l’inertie et le mouvement dans un même instant explosif. Je m’épuise parce que rien ne se met à l’endroit, je ne sais plus les limites, les murs, les regards, les capacités. Je crois que j’aurais besoin de me blottir sous ma couette pour observer la blancheur relative du plafond piqueté d’humidité ou alors dans un bureau dont je serais la seule à pouvoir entrer et donc la seule à pouvoir m’écouter. C’est peut-être une tristesse nécessaire, un balancement des mains le temps de l’équilibre. J’ai besoin d’ordre. Dans ma tête, la pagaille ne se range pas, rien n’est à sa place et je ne m’entends plus. Ce besoin d’ordre est sorti de moi et a dévasté chaque pièce de la maison. J’ai rangé la chambre des enfants, la salle de jeu, ma table couture, le placard couture, notre chambre, déplacé un meuble et passé l’aspirateur partout. J’ai plié du trop petit et du trop grand, j’ai des sacs de vêtements à donner qui m’envahissent depuis trois mois – il y aura bientôt plus de poussière que de tissu. J’ai jeté un gros sac poubelle, le noir du sac a balancé dans le gris de la benne, et j’accède de nouveau à ma penderie. J’ai posté une carte et le froid m’a aidé à me rattraper un peu, à me refixer dans l’instant. J’ai avancé dans ma lecture de l’un – page cinquante si tu te demandes – et dans ma lecture de l’autre – et je cherche sur internet en parallèle. Depuis l’autre j’ai trouvé un club fermé, j’ai dit c’est élitiste et LeChat m’a reprise, attention tu te dévalorises encore. Je ne sais plus les distances, je ne sais pas, je crois que je cherche un peu trop à faire quelque chose de moi. Je voudrais au moins de temps en temps des pensées droites, des pensées bien cadrées, ne pas toujours avoir la pensée d’à côté. Une pensée différente ne s’intègre pas facilement entre les lignes. Je crois, c’est ici que je me lève. Intense. Je ne sais vivre que dans l’intensité, le bousculé, le vivant. Je suis bousculée alors que je suis la même. Je me dérange et je m’apaise, je n’en finis pas de voir les chemins et je marche juste à côté dans l’herbe, je crois que j’attends de moi ce qu’ils attendaient eux et je sais au fond que je peux tout lever que je ne peux rien m’interdire que je suis capable de tout et il va bien falloir admettre que je suis la même et ne le serai plus jamais.

 
 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

2 commentaires

  • sweetiejulie

    Tu es dans le flou autant que dans le flot, et on le sent car rien ne semble pouvoir arrêter ta plume. Tes mots sont déversés malgré le silence qui t’entoure et dans lequel tu pourrais avoir envie de te réfugier. Dans le chaos, c’est pourtant l’ordre que je perçois.

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