Il suffit d'un mot

Schrodinger ou le paradoxe du mot dans la boite

branches dans la nuit tombante

 

La douleur dans les doigts alors que je lisais un article m’a fait me remettre en question. Je lisais Jaddo et je réfléchissais sur le pouvoir des mots, ces essentiels qui disent, enferment, libèrent, cet indispensable vocabulaire médical qui exprime dans le trop ou le pas assez, qui inquiète. Et je me suis donc questionnée sur ma difficulté à me rendre au centre anti-douleur. Obtenir l’ordonnance et le courrier m’a fait du bien dans la reconnaissance de ma maladie, mais je n’ai jamais pu m’y rendre. Ma doc m’a tendu le courrier en me disant « Il a tendance à alourdir les prescriptions, revenez me voir on allègera » et sans doute cela a contribué à ma réticence mais je suis suffisamment lucide pour savoir que cela n’est pas le fond de mon absence là-bas. Il y a le téléphone également, mais je pouvais demander à LeChat de le faire pour moi ce n’est donc pas probant comme explication. Je crois que cela tient dans le mot douleur que je fuis même si devant il y a anti, je crois qu’il faut y voir un refus de ma part d’être traitée en malade, le refus que ma vie tourne autour de ma santé. Toutes ces mises en place que je comprends nécessaires pourtant, me rendent folle de temps et d’énergie perdues. Certes je pourrais le gagner ailleurs, autrement, mais je ne suis pas convaincue : je gagnerais ce que de l’autre j’aurais perdu pour l’avoir – et je ne suis pas fan des serpents, même s’ils se mordent la queue.

J’ai gagné en qualité de vie avec l’oxygène. Il m’est indispensable, je m’effondre sans lui, je ne peux plus envisager d’avoir une vie sans. Mais la journée, si je peux l’éviter je ne le prends pas : ce fil m’entrave. J’ai besoin d’être libre, d’aller d’une pièce à l’autre sans devoir faire attention que le fil ne se prenne pas dans un meuble et me tire d’un coup sec en arrière. Il m’ennuie déjà bien assez la nuit, lorsque je me réveille le bras emmêlé dans le cordon ou qu’il se retrouve autour de mon cou. Il m’ennuie pourtant je l’aime de me donner cette seconde vie, ce second souffle. Mais justement, je le prends la nuit, j’ai globalement libéré ma journée. Alors me rendre à un centre anti-douleur et voir tout un tas de professionnels, disons que je l’envisagerai lorsque je serai vieille et sans plus de créativité en moi – ou si un jour l’oxygène ne suffit plus pour me maintenir.

J’ai besoin de garder ma vie loin du médical. Dans « centre anti-douleur » il y a douleur et on ne peut pas grand chose contre le fait que je veux échapper au mot.
Que ce soit paradoxal n’est pas le sujet.
 

J‘aboutirai cette pensée un autre jour, par manque de temps je n’ai pu me plonger dedans pleinement – à la place j’ai discuté deux heures et c’était passionnant, merci beaucoup à toi – mais je crois que ce que j’aime le plus, c’est l’ambivalence d’une réflexion. La superposition de deux pensées supposément opposées me passionnent, si avant je n’y faisais pas attention car je trouvais que cela allait de soi, je pratique désormais l’ambivalence avec beaucoup de joie.
Et donc.
J’ai conscience de me tenir sur deux chemins dans un même temps – après tout rien ne prouve que je ne me tiens pas également ailleurs -, deux raisonnements à la fois en permanence, que je n’ai rien contre l’idée d’en rajouter d’ailleurs davantage et de le vivre parfaitement bien.

 
 

4 Comments:

  1. Ce n’est pas tant un déni qui t’habite mais cette volonté de ne pas réduire ta vie à cette douleur, à cette maladie. Qu’elle ne domine pas, qu’elle ne soit pas au centre de ta personne, et qu’on ne te connaisse pas que pour ça. Car tu as tant à donner dans ta créativité.
    Que l’oxygène t’accompagne si ça te fait du bien. Attention au fil !

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