La journée qui s’enfonce, s’enfonce, s’enfonce


 
 

Je me sens tellement bien dans notre chambre, isolée de tout bruit et d’enfant, que j’ai conservé ma place. J’écris, au calme, sans mouvement pour attirer mon œil. Et je vais avoir au moins besoin de ça pour reprendre en main ce que j’ai écrit, supprimer tout ce qui l’a été il y a dix ans parce que je n’ai plus du tout la même écriture, reposer les mots dans un ordre différent et plus profond – j’ose enfin me relire et je me sens très à l’aise, comme si j’y mettais la bonne distance, l’écriture devant les faits. Il me semble que la tâche est fort élevée, mais depuis cette petite table ronde dans ce coin près de la fenêtre, c’est comme si le regard de Virginia Woolf se posait sur moi et souriait – une chambre à soi. Et si j’ai l’aval des grands, j’ai toute liberté à l’écriture – message à mon inconscient.
Parce que actuellement mon questionnement est mais pourquoi l’écrire. Je me désespère.

Lu cet article intéressant qui se résume un peu à ceci :
==> « Barron résume : « les génies créatifs sont à la fois plus instinctifs et plus cultivés, plus destructeurs et plus constructifs, parfois plus fous mais aussi résolument plus sains que les autres personnes. Ce constat peut sembler paradoxal. Mais ce qui se dégage des observations de Barron, c’est que les créatifs sont agités par des forces contradictoires qui cohabitent, soit alternativement soit simultanément. »
Le paradoxe pour moi tient surtout dans ce fait : il me semble me souvenir que les personnes capables de gérer les émotions contradictoires ont justement un quotient émotionnel élevé. Donc si nous ne parlons pas de QI, on parle bien de QE et dans ce cas l’article est passé à côté. Cela fait quelques années maintenant que nous sommes conscient qu’il n’y a pas qu’une seule intelligence.

Mon anglais avance et j’ai contaminé LeChat qui, dans son enthousiasme habituel, a pensé qu’il pouvait améliorer son anglais et apprendre l’espagnol. Les enfants nous tournent donc autour joyeusement, répètent des mots dans deux autres langues que la leur, regardent, observent, sont fascinés. LeChat demande donc parfois un mot aux enfants pendant qu’il apprend, et c’est ainsi que Hibou a répondu manzana pour la pomme. Prince a demandé à ouvrir son propre compte et nous voilà tous à apprendre une langue voire deux, et j’aime beaucoup nous voir jouer tous ensemble. Hier soir Prince se tenait à mes côtés avant d’aller dormir, il me regardait me tromper parfois ou donner la bonne réponse, il me câlinait dans le même temps et ce fut un doux moment entre nous. Je me dis qu’ils en retiendront la douceur d’apprendre une autre langue, peut-être.

Hibou s’est remis à tousser, l’asthme s’est réinvité. Une semaine nous concernant, avant de réaliser qu’il mangeait depuis peu des yaourts natures. Avec un enfant allergique au lait (uht), je ne sais pas où nous avions la tête.

La dentiste, que la maladie me pousse à voir bien trop souvent, m’a assené une nouvelle fort peu réjouissante. Je vais perdre une dent, une fausse, et définitivement. Des années que nous tirons sur la corde et puis elle a finit par se rompre. Pas de bridge possible, je refuse le faux palais pour tenir la chose – que j’ai bien peu de chance de supporter – et j’aurai donc un trou dans mon sourire. Elle a laissé la place à l’espoir, peut-être qu’elle voit le tableau sombre et qu’elle se trompe, nous saurons ça mi-février, mais je me sens un peu blasée de me retrouver avec un tel résultat. J’illustrerai donc bientôt les propos charmants de notre président.

Je ne sais pas si c’était la journée, le cabinet du dentiste ou un mauvais alignement planétaire, mais alors que j’attendais dans la salle d’attente que ma dentiste préférée soit à l’heure – ce qu’elle ne fut pas et j’ai du courir pour récupérer les enfants à la maison avant le départ au travail de LeChat – la fermeture éclair de la poche de mon manteau s’est coincée, avec dedans mes clés et mon téléphone. Les deux. Le jour où elle est en retard. Alors j’ai couru et sur la route j’ai croisé notre voiture qui venait à ma rencontre et tout le monde très zen et joyeux. A la maison, j’ai du me résoudre à découper le tissu et je vais devoir recoudre deux couches, la poche et la doublure. En attendant, deux trous eux aussi édentés, ornent un manteau très chaud mais que je n’aime pas.

La pharmacie a appelé. Il se trouve qu’au bout de trois mois d’oxygène, il est obligatoire de consulter un pneumologue sous peine de se voir retirer l’appareil. Un instant de panique (et de RV pris) plus tard, je cherche sur internet cette information que j’ai visiblement, de même que ma Doc, loupée. Et là, le coup de massue tombe.
janvier 2015, nouvelle circulaire nationale : l’Oxygène n’est plus pris en charge pour les SED si ce n’est pas sur prescription du pneumologue, cardiologue ou centre anti-douleurs.
Ne me demandez pas comment je suis passée à travers, je n’en sais rien. Mais ma situation se complique particulièrement. Je n’ai pas obtenu de la Sécu le droit d’être acceptée avec un SED (comprenez, c’est une maladie pas reconnue), je reste sous l’étiquette fibromyalgie, je suis sous oxygène illégalement, et si je ne l’ai pas vu venir cela ne m’étonne pas que ça finisse par lamentablement se casser la g**.
J’essaye de ne pas paniquer. J’essaye mais ne réussis pas vraiment, j’ai besoin de cet oxygène. Le plus adapté dans ma situation est donc le centre anti-douleur et je me dis que la vie des fois, me joue de bien mauvais tours.
LeChat dit qu’au pire nous l’achèterons – cet homme doit être riche, même s’il a raison il n’empêche qu’on va se ruiner.

Il est 17h05 et je me demande en toute logique, si une autre mauvaise nouvelle va survenir. Je ne suis pas sûre de résister.

J’ai l’impression, floue, que l’Univers cherche à me dire quelque chose. Et qu’il insiste.
 

soleil à travers les nuages

 
 

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

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