3/52 photo project – shoes

3/52 photo project – shoes

Shoes…
Il y a certaines choses qui ne me passionnent pas, et les chaussures en font partie. Pour ce projet je vous encourage à (re)lire cet article là, où il y a deux photos parfaites pour ce thème : de vraies chaussures avec du bleu turquoise, de vraies chaussures que j’ai finalement porté une seule fois parce qu’elles m’ont fait mal au pied et que je les ai abandonnées à une association.

Les chaussures sont devenues un sujet terriblement difficile.
Notre quotidien est devenu un sujet terriblement difficile.

Je rêve, je ne fais plus que rêver. Que la vie se déroule, qu’un vêtement passe l’épreuve du bras sans heurt, qu’une chaussette ne se replie pas, qu’une chaussure reste au pied, qu’il n’y ai plus de cris, que les visages ne se chiffonnent plus dans les larmes. Je suis surprise, chaque fois surprise quand les beaux moments s’effondrent, quand une sortie devient un calvaire, quand mon enfant me hurle son mal-être, sa souffrance, son désespoir. C’est qui c’est quoi pourquoi ça vient d’où ? J’ai toujours su voir, j’ai toujours su comprendre, j’ai toujours su démêler. Je ne démêle plus rien je pleure. La psy dit que Prince non plus, ne sait pas. Moi je vois que la tonalité est la même, le son est le même, la couleur est la même quand il s’énerve sur une chaussette et quand il panique sur un exercice de mathématiques. C’est la même chose, la même colère, la même angoisse. Il a une peur de l’échec qui le grignote. Je me souviens qu’à deux ans, lorsqu’il gribouillait des dessins avec ses feutres, il se mettait soudain à hurler, froissait sa feuille, la jetait le plus loin possible : ce n’était pas ce qu’il avait voulu faire. Il a sept ans et demi, il continue de jeter loin, froisser, hurler. Il jette ses pulls, ses chaussettes, ses chaussures, ses mathématiques. Il jette loin, il hurle et nous sommes au bout de nos idées, de notre patience. On a acheté des feutres qui s’effacent et il ne froisse plus ses dessins, on l’aide à s’habiller mais il hurle tout de même comme si nous n’étions pas là devant lui et pour lui, il hurle que nous refusons de l’aider alors que nos bras sont tendus vers lui. Nous ne nous comprenons pas. Il nous hurle plusieurs fois par jour qu’on ne l’écoute pas et que nous sommes méchants, que nous ne voulons pas l’aider. Nous écoutons et pourtant j’ai l’impression que nous ne communiquons pas, que nous n’arrivons pas à comprendre ce qu’il cherche à dire, que nous sommes, peut-être, bêtes de ne pas comprendre ses évidences.

Dimanche, Prince nous a maintenu une heure à la maison : il a jeté tous ses pulls et puis il a jeté ses chaussettes, et enfin ses bottes parce que les chaussettes – neuves. Et quand enfin nous sommes arrivés à partir puis à trouver un lieu de promenade, tous les trois pas il s’asseyait dans la neige, enlevait sa botte, tirait sur sa chaussette, remettait sa botte. Tous. Les. Trois. Pas. Parfois deux. Il ne criait pas et c’était bien la première fois que cela se passait aussi bien. Mais à ne pas avancer j’avais froid, si froid. J’ai commencé à bleuir, j’avais beau essayer de bouger, de marcher devant – sous les cris de Hibou paniqué que je parte sans lui – j’ai fini par laisser tout le monde et rentrer à la voiture pour me réchauffer. Et ce fut le meilleur moment pour moi. J’étais dans le silence, j’étais sans enfants, j’étais sans conflits et j’avais un livre.

Dans la forêt et uniquement pour les oreilles de LeChat, j’ai proposé de jouer au petit Poucet pour quelques heures. Il a suggéré à son tour de leur laisser un périmètre, une consigne de ne pas en bouger, et nous serions revenus deux ou trois heures après. C’était horrible, c’était les larmes, c’était l’épuisement. On en est là, à déconner avec ce qu’on ne devrait pas, des mots qui ne devraient pas être sur nos lèvres, des pensées qui ne devraient pas nous traverser. Elles nous traversent de très rares fois alors je les pose là, qu’elles y restent – il me faudrait plus de tirets derrière lesquels me retrancher, les créer dans mes journées et m’y cacher. Je suis fatiguée de ne pas comprendre sa souffrance, fatiguée que tout prenne une ampleur folle, fatiguée que mon énergie m’échappe dans ses problèmes.

Les chaussures sont devenues compliquées à gérer, comme trop de choses. Alors j’ai pensé que finalement pour ce projet, j’allais les photographier pour me prouver qu’elles n’avaient rien de dangereux, qu’elles pouvaient rester au pied des gens, que parfois ça ne volait pas dans les pièces.
 

shoes chaussure neige
Un peu de contraste, sur la neige qui n’a pas d’importance.
Mes chaussures du Canada