Enfants - école à la maison

IEF ou l’école complexifiée

neige arbre blanc
Depuis ma fenêtre

 

Nous avions toutes les raisons de flancher. J’ai pris tous les mots que je connaissais et je les ai jeté à travers le salon et sur lui, et toute la rage du monde ne pouvait rien contre nos larmes.
Notre quotidien vient d’être entièrement bousculé.
Pendant que j’étais occupée à pleurer et crier que je n’en pouvais plus et que je voulais remettre Prince à l’école, LeChat réfléchissait – je n’ai aucune idée de si parfois cet homme se repose, j’en doute fortement. Il a testé hier après-midi, avant mon explosion-craquage, de rendre les additions compliquées. C’est que nous avons un enfant qui panique quand il doit compter 8+1 ou 5+5, qui est incapable de répondre et donc d’additionner alors qu’il a parfaitement compris le concept depuis très longtemps. LeChat, sur mon idée de complexifier les données, a pris le jeu de Splendor – coucou Reno, on va te racheter un jeu neuf donc -, il a rangé dans un ordre de valeur les pierres précieuses, il a créé tout un système entre cartes et pièces et ils ont joué aux dizaines, à acheter, à rendre, à additionner et à soustraire. C’est un brin complexe et évidemment le gamin a compris immédiatement et s’éclate. LeChat est doué pour rendre les choses compliquées, ce que je ne sais pas faire. Moi, je sais simplifier. Je peux même simplifier à l’extrême. Mais rendre complexe, ça m’échappe – ou je m’en crois incapable ce qui dans les faits, reviens au même.

LeChat pense que si nous rendons tout complexe, il va apprendre très vite et moi je veux bien le suivre sur cette voie. Nous nous sommes donnés un mois pour voir où nous allons avec cette méthode, d’autant que LeChat travaillant ce n’est pas forcément évident à mettre vraiment bien en place chaque jour.

Hier Prince a donc testé la complexité avec joie. Lorsque j’ai réussi à me détendre un peu, je lui ai dit « j’ai une idée » mais c’était celle de Blanche, je n’aurais pas songé à le faire à son âge , et je lui ai expliqué ce qu’était un exposé en m’embrouillant un peu dans mes mots – parce que finalement ce n’est pas un exposé mais des recherches, le mot n’est pas adapté ; il m’a regardé les yeux brillants de nouveauté, et ce matin je l’ai accompagné sur l’ordinateur pour faire des recherches sur la galette des rois, son origine, la fève ; nous avons imprimé, il a écrit un peu – malgré un début de râlerie sur son crayon – et nous avons complété par la confection de la galette. J’ai remué lorsque c’était un peu plus dur mais globalement c’est lui qui l’a faite de bout en bout – et il était fier.

Prince aujourd’hui a donc :
– additionné et soustrait
– rechercher des informations sur le net
– sélectionné des photos et des informations
– imprimé
– écrit
– suivi une recette
– pesé (notion de grand chiffres et de grammes)
– cuisiné une galette des rois et mis au four
– appris un nouveau jeu de société (Splendor, âge 10 ans min, aucun souci de compréhension, il a gagné ex æquo avec moi, j’étais épatée)
– joué à un autre nouveau jeu de plateau avec son frère
– joué à C’est pas Sorcier
– fait silence pour sa mère qui avait très très mal à la tête

Je crois que si nous l’occupons suffisamment, et avec des concepts intéressants/complexifiés ne suivant pas le programme, nous allons tous survivre à l’IEF. J’avais espéré pouvoir m’asseoir sur des bases, bénéficier de l’expérience de personnes ayant pratiqué l’IEF avant moi, des cahiers et des livres, mais je vois bien que non. Nous allons devoir tout inventer. LeChat pense que sa première souffrance provient d’un manque d’intérêt global et que le reste ne sont que des échos, des ricochets.

Je ne sais pas s’il voit juste, mais hier soir Prince s’est couché sans la moindre crise.
Alors peut-être, peut-être, avons-nous trouvé notre chemin.
J’espère juste ne pas m’y épuiser, je n’ai pas de l’énergie à revendre.

Les enfants sont dans la cuisine. Devant eux, des jeux de société réinventés, des commencements et des désormais qui se sont rhabillés dans un climat plus joyeux, je ne les ai pas entendu de la journée se disputer. Dans la cuisine, Prince apprend à Hibou à jouer à Splendor. Avec les véritables règles. Mes enfants n’ont pas fini de réinventer nos journées, de m’étonner, d’avancer sans moi.

Je me sens minuscule mais minusculement bien.
Tu le sais toi, comment on reste là ?
 
 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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