Pensine

La maison fantaisiste


 

Des murs vides, des meubles de poussière, une pagaille essentielle à même le sol. Sans ce désordre il n’y a pas de vie et pourtant c’est un mensonge terrible, il n’y a pas de place il y a trop de choses. Je tenais sur les poussières sur l’angoisse sur le manque, les cheveux tombaient sur les épaules depuis que les dents des pinces s’étaient cassées, l’une après l’autre dans mes torsades et j’ai pensé qu’être vivant ce n’était pas cela. Ce n’était pas les morceaux de la pince, des meubles, de moi, ce n’était que le tout imbriqué. Alors j’ai eu envie d’indécence financière, j’ai acheté deux pinces, deux, parce que j’en perds toujours une, et bientôt mes cheveux vont remonter des épaules, dégager la nuque et je pourrai revivre, respirer juste là dans le cou.

Les papiers entassés, les enfants criés, les cheveux dans les coins, j’étouffe dans un gris que le corps tente de refuser. L’insoupçonnable besoin d’être entassé sous des briques d’entraves et de il faut, essaye d’éclater au soleil, je sens en moi tout ce qui remue, tout ce qui veut une voix – une voie -, je ne peux plus contenir en moi les malaises des autres.

L’écriture me revient et c’est comme lancer des mots en l’air et voir dans quel sens ils vont retomber, j’offre en incohérence et en compréhension ultime les fantômes qui sont venus à ma rencontre. Toute à ma respiration je suis vivante, j’invoque ce qui n’est plus pour vivre encore et encore. C’est beau tous ces mots, c’est beau et je voudrais que cela le soit plus, je les voudrais magnifiques, éclatants et plus nombreux. Je voudrais écrire en permanence, j’en aligne une douzaine chaque jour et je n’avance pas assez vite, parce qu’il y a la poussière, les murs, les vides, les cris et si peu, si peu de temps pour poser tous ces mots.

Je bouscule nos vies et finalement LeChat suit, il n’en peut plus soudain il veut bouger alors nous visitons une maison, trop petite, si petite. C’est un peu loin de son travail c’est un peu dispersé, cela bousculerait beaucoup, on ne le verrait que le matin et puis le soir, il ne rentrerait plus à la maison, ni le midi ni quand il peut parfois en journée. Cela changerait tout notre équilibre, cela compliquerait l’IEF avec Prince.
Je me prépare comme si c’était elle, je range tout mon linge je fais l’immense vaisselle je passe l’aspirateur je suis déjà partie. Si ce n’est pas elle ce sera une autre, si ce n’est pas elle nous allons partir pourtant et en moi tout est prêt. Je suis horrifiée par la pagaille, horrifiée par tout ce que nous allons emporter, je ne comprends pas cet amoncellement. Je ressens l’envie, le besoin viscéral de partir d’ici avec ce que j’ai sur le dos, avec ce presque rien. Vivre dans la légèreté, tout laisser derrière moi. L’utopie est folle, c’est une amie je la vois très souvent elle n’aime pas le thé c’est son défaut.

Et l’instant est retombé. L’endroit était magnifique, nous avons été accueilli par des oiseaux au chant mélodieux et il y avait de la mousse sur les arbres fruitiers – pourtant il parait que cela ne suffit pas pour être bien dans une maison qu’on achète. Il y avait des marches dans la maison que l’agent immobilier n’avait pas précisé et déjà c’était terminé pour le rêve. L’agencement était bien étrange, il aurait fallu tout casser pour reconstruire, jouer aux pièces musicales pour que la cuisine devienne la salle de bain et que les chambres ne soient plus des pièces de passage familial, pas de chauffage, électricité à refaire, et puis cette pente cette pente pour sortir de la maison et mes jambes qui ne pourraient pas… Prince en a pleuré. C’est que dans les arbres il y avait un hamac, il y avait une rivière au bout du terrain et déjà l’enfant n’était pas plus raisonnable que ses parents : il s’y voyait, comme moi, comme le papa. Nous étions conquis par le lieu sans pouvoir raisonnablement acheter. Il existe des lieux où l’on voit ses rêves et où on ne peut rien faire pour l’obtenir, parce qu’aller au bout serait plus rude que se battre pour l’avoir.

Mais vous savez, j’ai repéré une maison avec des poutres en bois magnifiques et j’ai eu un énorme coup de cœur, on doit appeler, on doit la visiter, on doit rêver je veux rêver, toujours toujours.
 

rouge gorge oiseau neige

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

3 commentaires

  • Junko

    On a acheté notre appartement sur un coup de cœur un peu comme ça. Il est très grand, avec un étage, ce qui nous donne l’impression d’avoir une maison, pas cher mais avec beaucoup de travaux à faire. On hésitait entre celui-là et un appartement plus classique (mais avec un beau jardin), plus cher et déjà aménagé avec une déco qui nous plaisait. Ce n’est pas qu’on regrette, non, mais les travaux n’en finissent pas et j’ai l’impression qu’il va nous falloir dix ans avant que ça corresponde à ce qu’on voudrait, avant qu’on ait les moyens d’en faire ce qu’on veut. Et cet après-midi, mon compagnon me disait : « peut-être qu’on ferait mieux de le louer en colocation, ça nous rapporterait l’équivalent par mois du prêt qu’on a fait et on se choisirait un appartement déjà prêt à vivre, sans travaux à faire. » Il plaisantait et nous ne le ferons pas mais ça révèle une certaine forme de découragement par rapport à tout ce qu’il reste à faire pour que ça nous ressemble vraiment. Alors j’aurais tendance à te dire qu’il vaut mieux que la maison idéale avec beaucoup de travaux reste un rêve. Mais c’est compliqué et difficile de faire un choix, de s’engager ainsi, parce qu’il y a presque toujours quelque chose qui fait que ce n’est pas tout à fait parfait, à moins d’avoir beaucoup de chance. Je vous souhaite de trouver ce qu’il y a de mieux en tout cas.

    • Dame Ambre

      Je comprends, je vois l’ampleur que prend chez nous de petits choses, ça traine à se mettre en place, ça n’en finit pas (il y a peu le jardin a finit par ressembler à quelque chose après avoir tout défait).. alors de gros travaux non je n’imagine pas. Nous sommes conscients de toute façon que de base le prêt de la maison va tout nous prendre auprès de la banque et que à moins que les travaux soient minimes sur le plan financier (le temps, c’est autre chose) nous ne pouvons pas nous le permettre. Du coup, c’est un frein finalement positif par rapport à ce que tu me dis de ton expérience. A moins de ne pas voir quelque chose de grave lors de l’achat nous devrions cibler correctement, aussi crève-cœur que ce soit d’abandonner un bel endroit..

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