Une branche entre parenthèse, et rien à écouter (surtout rien)

branches roses
J’écris, ne suis pas satisfaite. Peut-être que je connais pas assez de mots ou alors ils sont absents ou bien c’est moi qui ne sait pas dire ces mains à elle qui portaient mon deuil à moi, cette noirceur fascinante qu’elle imposait à mon absence. Ma lenteur est excessive, deux enfants et un livre il y a quelque chose en trop et ce sont tous les mots qui valsent un coup de pied et tout s’envole. Rien n’est rattrapable dans ce temps qui passe devant mes yeux, rien n’est rattrapable dans ce passé, il n’y a que le vent. Une branche d’arbre a un jour décidé de tous mes pas et c’est comme si je ne pouvais pas vous le dire, elle s’est brisée, juste derrière moi à trois cheveux de moi et j’ai changé la direction de mon regard. Elle m’a assommée mais après, bien plus tard, elle était tombée depuis longtemps lorsqu’elle m’a atteint, elle était tombée depuis trente-six heures quand j’ai su qu’elle m’avait blessée.
Et je raconte mal mal mal, je raconte et il n’en ressort rien, je raconte et quoi la branche sur le sol m’envoie une femme aux mains sales qui remue les lèvres et que je n’entends pas. La branche m’a rendue sourde, m’a rendue muette, m’a accouchée morte.
Est-ce qu’elle se rappelle cette femme qui mendiait de force dans une gare parisienne, de la fille en noir qui n’entendait pas ? Est-ce qu’on sait pourquoi les gens vous regardent sans répondre, pourquoi ils ne sont pas habités ? Est-ce qu’on sait, est-ce qu’on s’en souvient de ces gens morts qui prennent des trains, de ces coquilles vides qui avancent au bord des quais qu’une main charitable tire en arrière, est-ce que ça marque ?

Avoir des enfants empêche l’écriture, la pensée, les mots. On reste avec l’écorché, dans la certitude que cela tient du vertige parce que la couleur n’est plus visible. Trop de temps a passé, c’est une écriture singulière, on ouvre des fenêtres anciennes pour ne pas isoler les silences et c’est les enfants qui passent les rebords, toujours, encore, ils ont des besoins urgents, des besoins de vivants, ils sautent ils claquent les fenêtres dans l’insouciance des dégâts causés. Je ne sais pas jongler, j’écris, j’écris, j’écris et rien. Je ne suis pas satisfaite, il me faudrait une retraite, un mois, une parenthèse.

Elle a eu le temps de devenir terre.
La branche.

Est-ce qu’on sait pourquoi j’en parle et pourquoi je vous tais.
 
 
 

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