(Bleu à l’âme, alors) 5/52 photo project – bleu


bleu

 

tasse de thé carte théière bleu


 
C’est une couleur timide, elle se noie sans le dire. Elle a une tonalité particulière, absente et céleste. Délicate. C’est l’évasion par le fond. On entre dans le dialogue hésitant entre invisibilité et méditation, le vide apparent s’ouvre dans le bleu de l’âme et on y sombre sans saveur. Il ne m’inspire rien, je pense bleu et je ne vois que mes lunettes d’enfant qui m’avaient valu en 5èm un surnom dépressif à souhait : Schtroumphette. Je m’habillais de bleu, mes lunettes étaient bleues, mes yeux étaient bleus… les surnoms proviennent souvent d’une médiocre observation. Mes vêtements m’étaient donnés, mes lunettes étaient choisies par ma mère, ce n’était pas par plaisir, par choix, par envie. Un gamin m’a dit Toi tu aimes beaucoup cette couleur, c’est ta préférée non ? et j’ai découvert qu’il était possible d’avoir une préférence pour une couleur, que je les aimais toutes à l’exception du rose et que le bleu pouvait bien faire l’affaire.
_ Quelle est ta couleur préférée ?
_ Le bleu.
J’aurais même pu y glisser une note condescendante ça se voit tout de même.
Le sommeil m’y a attrapée. Je crois que le bleu me tuait, creusait mes cernes, il coulait sur mes joues : le chagrin est bleu, ne le saviez-vous pas, il a ce reflet invisible et tenace de la dépression – cet inachevé là qui se noie sans le dire, sans le moindre bruit.
Il m’a fallu attendre d’avoir vingt-quatre ans pour m’apercevoir que j’aimais le rouge dans toutes ces profondeurs, que j’entrais dans ma préférence véritable, que j’existais, que le bleu gelait mes pensées.

Il y a sans doute trop de bleu dans ma vie, pour que je ne sache plus écrire des histoires. J’en suis d’une tristesse infinie.

Je me demande. Y a-t-il du bleu en toi ?
 

Sur une idée de Yellow Cat

 
 
 

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5 thoughts on “(Bleu à l’âme, alors) 5/52 photo project – bleu

  1. Ah, toi aussi tu as connu quelques bévues avec la couleur préférée alors ? Ça nous fait un nouveau point commun
    Le bleu, je ne l’aime pas beaucoup non plus. Trop aérien, trop volatile, il me faut plus d’attache avec la terre. Et puis, j’ai trop d’énergie et de joie en moi pour m’attacher à cette couleur. Ceci dit, j’aime le bleu que nous avons choisi pour le combi, il est pénétrant. Aussi vif que l’orange. Je suis d’ailleurs surprise, je ne pensais pas que le bleu pouvait être aussi vif. Peut-être est-ce parce que c’est moi qui l’ai peint ?
    Je commence moi aussi à avoir une préférence. Avant je disais « vert » pour me sortir de l’embarras, c’était cool d’aimer le vert. Mais depuis quelques temps mon coeur s’avance vers l’orange. Il est spirituel l’orange, même si ça ne se voit pas. Pas comme le violet avec ses grands airs.
    J’ai le cadrage de ta photo.




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    1. Figure-toi que je ne m’en étais pas aperçu jusqu’à ce que je l’écrive tout à l’heure. Je réfléchissais sur ce bleu qui ne me disait absolument rien rien rien, je voyais en boucle mes lunettes de cette époque-là, et j’ai réalisé. Je me souviens avec exactitude de l’instant où je me suis rendue compte que je ne supportais plus le bleu (ça m’a passé) et où le rouge était tout simplement magnifique : je pouvais (enfin) avoir un avis sur la question.
      C’est étrange, cette histoire de préférence tout de même… pourquoi est-ce si important ? J’ai l’impression que c’est comme un accès à soi, une permission (enfin pour moi).
      J’ai beaucoup aimé ta photo de bleu Mon bac de français a porté sur ce texte là, et je n’en pensais absolument rien (j’ai eu miraculeusement 10) ; pourtant c’est un beau texte (mais les explications sur ce qu’à voulu transmettre un auteur, ça m’a toujours braquée).




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      1. Ouh… C’est un sujet difficile ! Je n’ai jamais su parler de l’intention des auteurs, je restais toujours au niveau « ce que ça me dit à moi » (en commençant par Voici ce que l’auteur dit…) et ça se passait.
        Je pense qu’il ne faut pas confondre la préférence et l’identité. L’accès à moi je l’ai eu quand j’ai compris (il y a à peine quelques semaines) que j’avais quand même un esprit sain, même sans préférence. J’ai un grand coeur, voilà tout




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        1. Ah mais c’est lié : lorsque j’ai eu, la première fois (il y en eu d’autres) accès à mon moi, mon identité, cela m’a permis d’exprimer une préférence (ma première). Accéder à une partie de moi m’a permis d’avoir un avis et de savoir ce que je voulais.
          Et en effet, ne pas avoir de préférence, c’est très bien aussi !




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