Pensine

Les petits morceaux

Peut-être pour écouter


 

Un peu de ce chemin

 morceaux cailloux chemin

 

Tu le savais toi que j’écris en m’éloignant ?

Je crois que lorsque j’écris je crée des malentendus, des nœuds ou des pâquerettes. Je ne sais pas trancher, peut-être les trois en même temps. Je marchais cernée par la fatigue et le froid, je marchais Who is it ? demandait le chanteur c’était si vieux je souriais en marchant, je suivais son rythme et cela me changeait en moi. Je me voyais écrire et je me demandais ce qui en était retenu, qui en était touché, pour qui une différence sur ces mots là ou d’autres. Je marchais et j’écrivais dans ma tête. Je suis allée du côté de l’allée, celle qui me donnait l’impression de changer de temps et d’espace mais ils s’étaient enfermés. Une barrière a poussé, un grillage solide et vert qui les empêche eux-mêmes de sortir de ce côté là et j’ai trouvé que c’était d’une grande tristesse pour ne pas parler de bêtise. Ils gardent jalousement leurs arbres et leurs herbes folles, leur printemps de fleurs au bord de la ville, une beauté et une méditation inaccessible ailleurs. Ils se gardent à l’intérieur, avec leurs rancœurs et leur agressivité. J’ai ressenti cet enfermement avec une telle force que j’ai du arrêter de marcher pour regarder, pour être certaine que le partage avait bien disparu. La tonalité du lieu a changé elle est devenue terne, c’était comme s’ils avaient été rayé, plus d’adresse. Ils se sont éteint sur une barrière.
Je suis rentrée chez moi, plus libre que lorsque j’en étais partie mais cela n’a pas duré. De nouveau je voudrais que mes merveilleux enfants soient juste ailleurs. C’est ma voix qui m’en informe, je leur réponds comme si j’étais agressée ce que je suis sans doute à bien des niveaux mais pas le premier : ils se contentent d’être des enfants. C’est moi qui craque.

Il nous faudrait une perle. Une nounou douce qui travaillerait pas pour l’argent parce qu’il faut bien le dire, les impôts, les taxes (dont l’habitation qui a augmenté), l’alimentation plus chère, la vie plus chère, les vêtements des enfants, les chaussures des enfants, la mutuelle plus chère, la psy des enfants, l’anniversaire (pourtant pas gros) de Hibou, la pharmacie, la voiture, EDF, GDF, les charges locatives (insultantes de hauteur), les dépenses liées à l’IEF, mon internet (mon luxe)… tous sont passés avant elle.
Janvier s’est noyé dans notre négatif, comme décembre avant lui. Nous grignotons le petit pécule d’à côté.

Alors oui, j’écris en m’éloignant mais je ne m’éloigne jamais des enfants ce qui fait que je n’écris pas et je déprime.

Je ne trouve pas de solution. Je rêve intensément et je me sens vide.

Parler bas m’a aidé. Marcher seule aussi. Je n’y vois pas plus clair, j’y vois juste un petit peu et c’est mieux tout de même que d’avancer dans le sombre. Toi tu le sais ce chemin, toute cette force qui manque, et je m’y vois c’est vraiment trop trop trop.

Alors j’ai créé, mais doucement, malgré l’impatience folle de Prince qui voulait savoir ce que je faisais – j’ai cousu tranquillement, je suis sortie marcher, j’ai vécu entre les coups d’aiguille . J’ai fabriqué une baguette magique à chacun des enfants et si l’un a hurlé de joie et sauté dans chaque sens permis par la gravité, l’autre n’a pas dit un mot. Vous savez le bonheur, quand il coupe le souffle et que l’on ne peut plus rien dire ?
Hibou se tenait là, sur ce fil là, les joues rougies et les yeux brillants.
Plus tard, beaucoup plus tard, je l’ai vu la serrer contre lui. Il disait je vais dormir avec.

Ces petits instants là réparent certaines choses. Même si je reste avec mes morceaux de textes fracassés.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

2 commentaires

  • Céline

    C’est ce que je me suis dit lorsque j’ai lu ton article précédent : j’ai encore du temps, encore un peu de liberté mienne seulement grâce à notre nounou. Mais la loutre a moins de 3 ans, c’est facile. Mais après, les enfants vont à l’école n’est-ce pas ? Nous allons faire comment ensuite ?
    J’espère que L’explorateur , ou moi, n’aurons pas à travailler toute la journée pour vivre. Je ne veux pas perdre de cette liberté là. Pas à cause d’elle, je l’aime trop pour ça dirai-je. Pas que je pense que tu n’aimes pas assez tes enfants pour mieux vivre toi, mais c’est ce qui m’est venu à l’esprit pour moi. J’ai vu ce que c’était plus de temps du tout pour créer une année passée, et j’étais détestable. D’ailleurs je me suis détestée.
    Enfin ton article et celui que tu as mis en lien m’ont fait un peu peur. Vers quoi vais-je ? Moi qui aussi a autant besoin de solitude que d’intense compagnie ?

    • Dame Ambre

      Vous trouverez, simplement. Peut-être une nounou qui acceptera de la prendre même après 3 ans ?

      Ce que je sais, moi, c’est que la personnalité de l’enfant joue puissance mille. Prince (et bien sûr je l’aime profondément cet enfant) est compliqué à suivre sur son chemin. Sa surdouance a de tels décalages que son cerveau est en souffrance, tout son être patine. Alors nous patinons ensemble, et je suis épuisée parce que j’ai aussi ma maladie à gérer et qu’il l’entend difficilement : il ne peut pas, lui non plus, tout gérer. Alors on s’en sort mal.
      Hibou est un enfant différent, avec un chemin plus facile. Un enfant qui ne hurle pas (sinon de joie), cet enfant ne prend pas de l’énergie comme son frère, il en donne même souvent. Mais sa précocité nous demande malgré tout d’être au taquet.
      J’ai des enfants merveilleux, incroyables, avec un qui réclame de l’énergie comme s’ils étaient douze. C’est là que je suis moi, ce n’est pas là où tu vas toi. Je pense que vous trouverez un équilibre, qui ne nous est pas accessible à nous pour l’instant. Mais nous y travaillons, beaucoup.

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