IEF – méthodes (personnelles) pour enfant surdoué

IEF – méthodes (personnelles) pour enfant surdoué

prince lit manga Chi

 
Enfant surdoué ? Je devrais sans doute plutôt dire « pour enfant qui comprend très vite ». Mais je n’aime pas tourner autour des mots – sauf si c’est pour jouer avec – et cela ne rendrait service à personne que je n’en parle pas. Nous ne les avons toujours pas fait tester, essentiellement par manque d’argent. Mais plutôt que d’attendre un diagnostic dans un sens ou un autre, la seule chose que nous pouvons faire c’est nous adapter aux enfants que nous avons.

Je vais m’axer ici sur Prince parce que c’est lui qui est concerné par l’obligation d’instruction, et laisser un peu de côté dans cet article mon second enfant bien qu’il soit également concerné.

Parcours

Prince a marché à 10 mois et à partir du moment où il s’est tenu debout et que ses pieds ont avancé, il a commencé à parler. A un an et demi il avait au moins une cinquantaine de mots (on a soudain pensé à les noter dans un carnet avec ce repère de date là, mais nous n’avons pas le souvenir du premier mot : il a commencé à parler, il les a enchainé) et à deux ans et demi il est certain qu’il parlait en phrase je/verbe/complément depuis un moment. Nous nous sommes contenté de noter sa phrase (2 ans et demi donc), un jour de promenade et le regard dans le vague il a dit « dès fois la vie c’est bizarre. La vie, ça surprend » (non, on ne s’est pas posé de questions. Nous étions naïf). C’était notre premier enfant, il allait peut-être un peu vite mais on ne voyait pas où était le problème. D’ailleurs il n’y en avait pas. Enfin peut-être parfois, quand il dessinait et qu’il s’énervait de ne faire que des gribouillages au lieu de ce qu’il y avait dans sa tête – les feuilles se froissaient et volaient dans la pièce, on a simplement tenté de lui apprendre à respirer et à persévérer. A trois ans et demi il est allé à l’école, ça s’est mal passé, il a fait une phobie scolaire ET sociale alors nous avons fait l’école à la maison pendant deux ans. Il a beaucoup travaillé sur sa phobie, a réussi à retourner en classe pour la GS et le CP (un très bon carnet sur l’année, chute le dernier mois : il s’est conformé à ce qui lui était demandé jusqu’à craquer), avec le résultat désastreux d’avoir désormais la phobie du travail scolaire. Nous l’avons donc déscolarisé en septembre 2015, avec son petit frère en train de prendre le même chemin.
Depuis que nous faisons l’école à la maison, nous sommes confrontés à de gros problèmes :
. comment faire travailler un enfant qui panique dès qu’il voit un exercice ? (au point de ne plus savoir répondre à 8+1=?)
. sur quoi faire travailler un enfant qui se désintéresse de tout ce qui tient du programme (CE1) ?
. que faire quand l’enfant s’ennuie parce qu’il avait compris l’exercice avant même de savoir qu’il existait ?
. comment rendre intéressant un programme pénible pour lui ?
. Est-ce que cet enfant va réussir à apprendre quelque chose (insérer toute panique parentale ici) ?
. J’ai rien à montrer à l’inspecteur AAAAAAHHHHH je fais quoi ? (c’est faux, je n’ai juste rien à montrer de standard, de classique. C’est flippant).

Nos bases

J’ai cherché l’apprentissage pour un enfant surdoué, je n’ai trouvé aucune réponse efficace sur le net, aucune qui nous aide dans notre quotidien. Nous tâtonnons, nous essayons, nous lâchons, nous recommençons différemment, nous inventons. Sans cesse. Nous nous épuisons aussi, parfois, alors nous faisons une petite pause. Nous travaillons parfois le matin, parfois l’après-midi, parfois sept jours sur sept et parfois trois fois dans la semaine. Nous suivons son rythme, ses demandes, sa fatigue, ses fragilités. Je crois que le terme adéquat est que nous jonglons et que chaque jour nous devenons de plus en plus doué dans le rattrapage des balles 😉 La routine l’angoisse rapidement, alors on bouscule.

Mise en place actuelle

Ce sont des éléments qui s’imbriquent, et qui ont tous une importance capitale dans nos journées d’apprentissage : ils sont indissociables.

. Rendre les exercices (simples) compliqués : En CE1, ils apprennent les centaines, seulement les additions c’est trop simples, les soustractions n’en parlons pas. Mon mari a détourné un jeu de société, en a fait un système complexe d’achat et de là Prince manipule les chiffres à 6 chiffres sans problème (et le tout à l’oral sans rien poser sur papier : il fait des erreurs, il réfléchit, recommence sans s’énerver). Mais mettez lui une addition sous le nez et il perd pied. Nous allons donc devoir en parallèle, travailler sur sa phobie. En attendant, mon mari a un don particulier pour rendre les choses plus compliquées qu’elles ne le sont, et cela nous aide énormément.

. L’écriture : c’est long, fastidieux, ça ne va pas assez vite pour lui, il efface sans arrêt pour que ce soit parfait et pire que tout : c’est répétitif. Sauf si la demande vient de lui, il est difficile de le faire écrire mais j’arrive à contourner un peu le souci en lui faisant faire de mini-exposés sur ce qui l’intéresse sur le moment. L’exposé comprend une recherche sur le net, parfois imprimer deux ou trois photos, écrire un peu.

. Le programme scolaire : j’ai au départ fini par tout abandonner. Prince piquait des crises de nerfs plusieurs fois dans la journée (sans rapport avec l’IEF ou avec), c’était ingérable. Nous avons arrêté l’instruction (à partir des cahiers) un temps et au bout d’un moment il s’est stabilisé dans ses émotions et sa peur de l’échec. J’ai eu soudain une illumination, et je lui fais faire le programme en survol : on lit le livre, il répond à quelques questions à l’oral, et on passe à la page suivante (avec des interruptions parce qu’il fait des liens avec des milliers d’autres choses qui n’ont rien mais alors rien à voir : c’est riche). Cela s’est très bien passé, même si cela le fragilise un petit peu sur ses bases. Moi cela me rassure dans le fait qu’il possède bien les bases, lui n’a pas vraiment l’impression de travailler, et lorsque nous aurons terminé (je n’ai pas intérêt à trainer trop) je passerai au programme de CE2. Tout simplement. Il arrivera bien un moment où le programme rejoindra ce qu’il y a dans sa tête ? Et puis si ce n’est pas le cas, ce n’est pas très important. Il a montré qu’il avait besoin qu’on s’occupe de lui, et c’est ce que je fais.

. L’indépendance : justement, il n’y en a que peu. La peur panique de mal faire, l’échec possible le terrifie. Je suis en permanence avec lui, parfois au détriment de son frère qui voudrait bien mon attention également pour apprendre lui aussi. C’est compliqué, c’est pénible et je crains que pour l’instant, nous devions attendre un peu que le temps passe. Dès que nous le pouvons, nous travaillons sur le mode « un adulte par enfant ».

. Le dessin : suite aux conseils d’un twitteux formidable, j’ai investi dans des feutres effaçables. Ça a mis fin à l’éternelle boule de papier jetée dans la pièce, non seulement parce que c’est effaçable bien sûr, mais aussi et surtout parce que Prince a pris confiance dans son trait – il ne part plus perdant.

. Le sac à ennui : j’ai trouvé l’idée quelque part sur le net, je l’ai adapté aux activités possibles de Prince (avec son accord) : sur des bouts de papier cartonné, j’ai inscrit une activité (une vingtaine de différentes) et s’il choisit de tirer un papier il a alors obligation de le faire au moins quinze minutes, nous passons bien le contrat avant. Ça le lance ensuite durablement sur quelque chose et ça apaise les tensions dans la maison. Sur ce principe ce soir, il a ressorti son cahier de mots-croisés et il en était très heureux.

. La lecture : il lit de lui-même en permanence, diverses BD et un manga (le chat Chi), ou des histoires pas trop longues. Il arrive même qu’il en lise à son frère. Du coup de ce côté là, je ne m’en occupe absolument pas sauf pour l’emmener à la médiathèque.

. Activités détournées : on apprend beaucoup hors des livres. Il m’aide parfois à cuisiner et donc à peser, il fait des origamis et apprends donc la géométrie et les formes, etc. Aussi inquiète que je puisse être parfois – et je le suis uniquement quand je pense au contrôle de l’académie, cet enfant apprend en permanence. Cette après-midi je le croyais sur un dessin animé, il regardait un documentaire sur le récif de corail. Je ne vois vraiment pas pourquoi je m’inquiète.

. Divers : il apprend à coder (python) [merci spécial à Pouloucoq], ainsi que la LSF… C’est un enfant très occupé, qui s’ennuie aussi très vite.

 
Rien de ce que nous faisons n’est parfait, mais nous faisons de notre mieux. Vous pouvez commenter, mais pas critiquer négativement – mon privilège de maman fatiguée.