Il suffit d'un mot

Le charme vif du Génie dans l’ombre


 
 
lever de soleil doré
Et le flou de la vitre
 

J’ai la tête prise ailleurs. Un peu. Pas beaucoup. Juste ce qu’il faut pour ne pas être là, ou alors dans cette zone de vagabondage qui tient de la oisiveté attristée. Je me tourne autour et chaque fois que je reviens à mon point de départ, je suis comme sur une nouvelle rive. Instable, présente et avec mille chemins. Trop. Inempruntables dans la multiplicité des choix. C’est une ligne déviante à hauteur des hanches ou alors droit dans le mur, c’est une ligne changeante dans un parc ensauvagé : je m’étonne toujours lorsque j’arrive à me rendre quelque part.

J’ai la tête dans la douleur. Un peu. Beaucoup. C’est une boite contraignante, rêche de mots qui ne sortent pas dans les sens désirés. Elle se déroule, la pensée migraineuse. Elle se déroule sans douceur jusqu’aux cervicales coincées par une bassine grise un peu lourde ; elle n’était lourde que des mots de l’enfant qui hurlait la veille, elle n’était lourde que du geste impensable et pourtant encore sauvegardé de décence d’un père dont la limite avait été dépassée, elle n’était lourde que de ses gouttes qui font déborder les instants. Et ma tête est là, enfermée dans une boite contraignante et rêche de toutes ces lourdeurs impensables.

J’ai la tête dans l’arrivée beaux-parentale et je projette la survie de ces quatre jours, l’écriture à sauvegarder dans les silences inévitablement entrecoupés de soupirs désabusés quand il/elle est chez nous il n’agit pas comme ça. Je suis une mauvaise mère qui ne s’assume déjà que d’une manière bancale, alors m’entendre suggérer – et parfois avec plus de franchise encore – que je ne fais pas les choses dans le bon sens, je m’y blesse au vue des résultats avec Prince. Comment ne pas se dire que j’ai tort, quand il termine son explosion à 1h du matin. Comment. Alors je me le dis.

J’ai la tête dans une marche militaire, pour ne plus avoir cette envie d’en coller une voire même deux, à cet enfant qui me fait vaciller sur toutes mes bases. Quand l’envie monte je me demande à quoi cela a servi que je ferme la porte à ma mère pour que j’en arrive à vouloir faire comme elle – le scotcher contre un mur. La question de survivance et des parties mortes revient revient revient. Nous allons donc recadrer plus sévèrement bien des choses, et notamment l’IEF. Il pique une crise chaque fois que quelque chose bouge de place dans son environnement, nous allons donc reposer toutes les bases afin qu’il se sente en sécurité. Plus de sévérité, aussi. Moins de choix réels (anxiogènes) et plus de « entre deux tu choisis quoi ». J’ai la sensation que nous merdons depuis sept ans sur une éducation inadaptée à notre enfant. Davantage encore d’amour sans doute même si je ne sais pas comment donner plus, encore. Recadrer dans la bienveillance, quoi d’autre ? Une marche d’escalier sépare ce que nous faisons de ce que nous allons pratiquer, une marche glissante pour deux parcours différents.

J’ai la tête prise dans les mots, la peinture, le rangement, les enfants. Je suis écartelée entre mes besoins, mes passions, et la vie à la maison. Lundi je vais reprendre l’IEF même si Lutine fait le choix de rester une semaine supplémentaire chez nous et ensuite je devrai abandonner mon rythme actuel. En resserrant pour Prince c’est moi que je musèle. Je ne vais plus lui laisser l’opportunité de tourner dans l’informel, je vais avoir bien moins de temps pour moi : au lieu de tous vivre dans la maison et d’apprendre sur l’instant, nous allons nous asseoir à un bureau. Je ne suis pas enchantée – mais peut-être ai-je tort, avec le formel j’aurai également moins de temps à passer à fabriquer le matériel. Ceci étant notre dernier essai, il retournera à l’école si nous n’y arrivons pas. Je suis trop fatiguée, je vois se profiler avec presque ravissement que d’autres que moi se collent aux angoisses de cet enfant. Je me sens démissionnaire avec de telles pensées, c’est difficile à accepter.

J’ai la tête prise dans un rideau déchiré. Au travers filtrent les sons anarchiques d’une pensée décousue. Je souhaiterais voyager plus loin, sans les détours brefs. Feu follet humaine.

J’ai la tête dans ce que je demande à l’Univers et qu’il m’offre régulièrement sur un plateau – il n’y a que lorsque je lui signale que je manque d’argent qu’il s’en moque. Parfois il me semble avoir à faire avec un Génie capricieux qui décide de ce qu’il m’accordera « pour mon bien » avec fantaisie : les yeux fermés pour que le hasard fasse son œuvre. Je viens de lui demander un travail et il me l’a envoyé (et a oublié la rémunération, l’histoire de ma vie), je lui ai demandé un sujet d’écriture et un concours est arrivé jusqu’à moi (la date étant courte et le texte demandé d’environ dix pages, je ne suis pas certaine d’y parvenir avec l’IEF), je lui ai demandé quels livres scolaires je pouvais utiliser et ils me sont parvenus au réveil. Je demande et j’obtiens.
Je vais donc demander la richesse.
L’opulence.
La fortune.
L’aisance matérielle.
Au cas où ce ne soit qu’un souci de vocabulaire entre lui et moi, je vais lui fournir des synonymes.

 
 

Like

2 Comments:

  1. À travers tes mots, on devine ton quotidien difficile et ta lassitude, même si je suis bien à mille lieues d’imaginer ce que tu peux ressentir. J’aimerais trouver des mots qui aident, je ne sais jamais vraiment lesquels choisir. Je ne sais même pas s’il est approprié de te dire de garder courage, de tenir bon, que tu finiras bien par y arriver, à force d’essayer. Bref, c’est en toute humilité que je t’apporte mon soutien virtuel. On croise les doigts pour la nouvelle méthode d’IEF. 🙂 Bonne soirée.

Leave a Reply:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :