Il suffit d'un mot

Lâcher la pensée (bordélique d’avoir été retenue)

coucher soleil arbre

 

En ce moment c’est un peu difficile – tous les mots sont importants. Les nuits ne s’achèvent pas peut-être, ou alors un peu, ou encore pas comme il faut avec un soleil. Ça doit être ça, ce soleil qui ne vient pas et qui fait s’éterniser l’hiver. Parfois je me réveille et dans le noir j’entends ce qui m’a réveillé – le souffle de mon oxygène trop proche de l’oreille, les ronflements de mon chat de mari, mon cri dans un cauchemar, un enfant qui s’est levé -, dans le noir j’entends l’insomnie s’enchainer et ma tête se mettre en marche. Une course, c’est une course entre le sommeil et l’idée – elle gagne toujours. Je me lève comment moi, avec la nuit qui ne sort pas de ma tête ? Je l’emporte avec moi la journée, toute la nuit c’est la journée et la journée est ma nuit. Je suis fatiguée. Sans surprise.

Nous cafouillons. Ensemble, à deux, en couple. Nous traversons les nuits-journées et nous oublions les essentiels. C’est comme ça, que c’est arrivé – oui, parce que la nuit à oublié de rentrer chez elle. Le provisoire s’est installé et nous avons oublié ce matelas qui ne devait être posé au sol que pour quelques jours. J’avais si mal au dos que lorsque nous avons joué aux chambres musicales et donc dévissé le sommier, nous ne l’avons pas remonté. Mon dos s’est remis en place avec un matelas posé sur des lattes de bois. Pas tout à fait au sol, pas tout à fait surélevé, il a moisi – forcément, après six ou huit mois… Nous avons découvert ça ce matin, c’est irrémédiable. Je ne regrette rien pour le confort que j’y ai gagné, mais que nous sommes donc tête en l’air, c’est fou. Voilà qui nous coute bien cher. Nous partons sur l’idée du futon, pour rattraper nos nuits et recaler nos rythmes c’est forcément une histoire de dos calé pas comme il faut.

Et si ce n’est pas le dos alors c’est nous alors je finirai par travailler la nuit, par dire les mots qu’il faut à la chandelle. Comme avant, comme il y a longtemps quand dans notre maison nous n’avions pas l’électricité et et qu’un jour où je ne faisais pas attention, j’ai brûlé mes cheveux – cette vitesse si vous saviez cette vitesse d’incendie entre la pointe et la flamme à hauteur des yeux, on n’a le temps de rien, à peine d’avoir peur. J’ai perdu le fil de pourquoi je vous en parle, j’ai perdu le fil de la pensée mais j’ai retrouvé celui des mots et je n’ose plus m’arrêter. J’ai presque enfermé les enfants pour ça, presque. Alors écrire, même pour rien.

.

Je ne tiens plus assise et cette fois les enfants n’y sont pour rien. Je ne tiens plus tant la douleur me fait me relever – l’inconfort jusqu’à la nausée. Il me faudrait investir dans un coussin, je ne l’ai pas fait. Je sais bien que je suis fautive, je n’ai pas plus fait faire mes gants pour aider la tenue des doigts quand ils se tordent sur le clavier. Je suis en attente d’argent qui me tombe du ciel. C’est un peu d’ailleurs, c’est un peu ce qui est en train d’arriver avec ce livre que je dois écrire bientôt – enfin une heure d’écoute à retranscrire pour l’instant. Un récit de vie pour offrir une importance à celle qui se cache trop vite ; nous allons lui fabriquer une légitimité, empêcher une disparition, et je suis impressionnée de ce pouvoir là qui m’est octroyé en toute confiance. Travailler va me faire beaucoup de bien.

.

Je ne comprends pas ma maison – et aussitôt je me demande, est-ce qu’on le doit ?, elle ne ressemble à rien, elle ne se range pas, elle est vide. Je m’y sens vide. J’y mets des feuilles, des branches, des dessins et des enfants, et toujours cette maison qui ne me ressemble pas. C’est d’une tristesse, je ne sais pas créer mon ambiance. J’ai besoin de bois, du sol au plafond, d’y poser pieds et regards. Que la maison me raconte des histoires, les impensables, les frivoles et les rires. Il dit quoi de moi, ce mur fatigué. Je le voudrais extirpé de là, à défaire les formes anguleuses et arrondies. Que mon regard soit moins difficile à soulever jusqu’à lui.

.

Ma belle-mère a relancé son invitation. Comme ça. Je ne l’ai pas vue venir, ce qui est très rare chez moi. Il y a quatre années, je disais oui et lui disait non à un bout de terrain sur le leur. Il ne se sentait pas de revenir à son enfance, il avait déjà toute la culpabilité d’être parti sur ses épaules. Alors revenir, ça aurait été le nier dans son individualité, et puis finalement c’était encore plus complexe que ça. J’avais dit oui et je n’ai pas regretté le refus de LeChat lorsque ma belle-mère et moi nous sommes… j’allais dire écharpées. C’est faux. C’était plus sournois.
LeChat veut dire oui. A peine ses parents étaient-ils partis qu’il voulait les appeler pour leur dire qu’on acceptait. Je freine. Je panique. Comment accepter sans me perdre ? LeChat se dit prêt à me défendre s’il devait y avoir besoin, à se positionner pour que les jugements sur les enfants, cessent. Et le fait est que cela résoudrait tous nos soucis d’accès à la propriété, que je serais enfin dans la seule région de France où mon corps se sentirait mieux, que l’accès à Paris serait simplifié, que je serais proche d’un ami. Il n’y a que des avantages… mais la contre-partie serait d’habiter à trois pas de mes beaux-parents.
Est-ce que nous devons en passer par là ? Je me perds.

.

Ma filleule danse dans le salon. Elle tourne et bouge et virevolte seule, mes enfants la croient toujours en train de prendre son gouter. Je m’amuse de cette erreur qui la rend libre quelques minutes de tout mouvement. C’est de ce mouvement dont j’aurais besoin, c’est ce qu’il me manque pour me sentir vivante, ces jours-ci. Un peu comme ce blog qui ne trouve pas sa place en moi. Je veux changer ce thème de blog et ne trouve rien. J’aurais pourtant un peu, l’impression de voir les choses différemment. Avec d’autres couleurs – et il n’est pas question du thème, là -, d’autres pétillances.

.

Je ne relis rien. Ce n’est pas de lire dont j’ai besoin, mais d’écrire.

2 Comments:

  1. Nous avons deux tatamis et un grand futon que nous pourrions vous vendre pour quelques sous (sinon nous donnons tout à Emmaüs) mais comment vous les faire parvenir ?

    Vivre loin de ses parents, et beaux parents, a ses avantages il est vrai, mais il faut je crois surtout vouloir vivre à sa place, là où on se sent bien.

    Bises Ambre ! J’attends ton e-mail tous les jours 🙂

    1. Je pense à t’écrire tous les jours (très sérieusement), mais depuis dix jours que ma filleule est là Hibou me scotche (un peu refoulé par les grands, malgré le soin que je mets à leur expliquer la douleur que c’est pour le petit, d’être mis de côté). Aujourd’hui au moins, ai-je réussi à écrire sur mon blog, j’allais dépérir. Enfin tout ça pour te dire, je ne t’oublie pas 🙂
      Pour les tatamis/futon je crains que ce ne soit trop compliqué/impossible/cher/autre pour qu’ils nous parviennent ! Ce qui est bien dommage :/ Merci beaucoup ! Nous avons urgence, ce soir on doit avoir acheté « quelque chose ».

      Pour la maison… je suis bien à la montagne (mon esprit, pas mon corps). Dans le sud mon corps y sera bien (pas mon esprit). Mais peut-être arriverai-je à m’y sentir bien, mon corps à une priorité absolue, je dois l’admettre.

Leave a Reply:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *