Pensine

Écouter ce qui se tait comme ce qui hurle

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Il a hurlé. Tellement longtemps. Tellement fort. Il résonne encore entre mes articulations, tout mon corps est tendu alors qu’il ne pleure plus. Je le savais, je l’avais anticipé un peu, je m’étais dit « prépare-toi », mais je ne me prépare pas c’est faux. Je crois le faire mais je passe à côté de l’essentiel : le bruit. Je ne supporte pas, je ne gère pas, je fais de mon mieux avec cette difficulté là : j’entends trop. Un petit bruit je l’entends très bien, un bruit fort je l’entends très fort, un hurlement… je l’entends… excessivement. Dans tout mon corps je crisse. Je n’entends plus que le son strident qui envahit mon espace, il éteint tous les autres, il éteint toute la beauté de ce qui m’entoure. Il m’éteint, moi, et toute ma patience. Je n’ai pas le temps de demander du silence que ma voix, elle, l’a fait, dans le stress, dans l’agression. J’ai pourtant conscience que ce n’est pas son hurlement, sa crise, qui pose un véritable souci, mais mon oreille. Ma perception.

Il n’y a que la musique que j’aime écouter fort, parce que je la vois, parce que les couleurs l’accompagnent, parce que c’est beau et parce que je vis sur une tonalité permanente. Si tout est son, autant qu’il plaise. Puisque tout est son j’ai besoin de l’aimer, de danser, de vibrer ma vie. Je pourrais vous le dire, que la vie est une musique, qu’il y a une tonalité pour chaque geste, que la terre chante lorsque le vent souffle à arracher les arbres – et c’est le plus beau et le plus bouleversant chant qu’il m’ai été donné d’entendre -, que les émotions émettent un son, que chaque personne à son propre son mais qu’un son approchant peut me faire penser à une autre personne -, que la douleur émet une tonalité, je pourrais vous le dire que je ne vous aurais toujours rien dit.

Alors tout n’est pas blanc ou noir, il y a les cris et il y a la beauté. Je ne voudrais pas que l’on m’enlève cette sensibilité, j’aurais peur de ne pas entendre plus loin, de ne plus avoir cette oreille parallèle et particulière.

Hyperacousie. Il parait que je souffre. Ils ne savent pas, le terme est employé à côté. Si personne ne crie, je ne souffre pas.
La souffrance, c’est quand une personne crie, un enfant hurle, beaucoup d’enfants/personnes dans une pièce. Mais puisque personne ne devrait jamais crier, la souffrance ne devrait pas être. Je suis dans le traumatisme parce que ma mère hurlait et que je ne supportais pas ses aigus aux teintes noires griffues, je souffre de me sentir agressée par les bruits, les claquements, les conversations fortes, je souffre de ce qui pourrait être évité. S’il n’y avait les crises de Prince, je ne me rendrais plus vraiment compte de cette hyper sensibilité auditive tant j’ai adapté ma vie en fonction. J’aime cette exagération de ma perception, je ne vis pas dans la souffrance. J’aime entendre une émotion même si cela ne se dit pas, j’aime entendre un mot une phrase un livre alors que je suis en train de lire et cela non plus ne se dit pas. J’entends ce qui ne se dit pas. J’entends lorsque je vous lis, tout ce que vous ne dites pas. J’entends dans un échange de mail, l’émotion, l’état d’esprit dans lequel vous êtes. Vous émettez en permanence. Je suis passionnée par tous ces sons qui se croisent et embellissent ma vie, j’aime vous entendre lorsque je vous lis. Mais. Je n’aime pas (souvent) vous écouter lorsque vous lisez vos mots (sur les blogs) parce que je lis plus vite que vous ne parlez et que dans votre voix il y a une distance, la tonalité est différente, à côté de l’émotion que vous aviez en écrivant. Je préfère vous lire et vous entendre à travers, que vous entendre sans vous lire.

Je me trouve parfois, délicieusement1 compliquée.
 
 

PS : je me suis aperçue, c’est un comble, que je n’écris pas en couleur sur l’écran, alors que je le fais avec un stylo. J’ai changé cet aspect là par mon écriture en italique, une forme de coloration du texte plus neutre pour les regards. Ce thème-ci a tendance à étouffer mon italique alors je l’accentuerai dans mes textes. J’ai envie, un peu.
 
 
1 : je trouve la sonorité de ce mot particulièrement savoureuse – ce dernier aussi, on ne s’en sort pas.
 
 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

2 commentaires

  • sweetiejulie

    Comme les sons pour toi, je suis sensible aux parfums, aux odeurs. Il est même parfois difficile d’entrer dans un lieu inconnu, des odeurs peuvent me déranger. Ou alors elles suscitent mon intérêt, et quand les parfums se font plus discrets, j’aime pousser mon sens à travailler plus, à définir…
    Les sons parfois, je ne supporte pas. Mais pas autant que toi. Cela doit être horrible, un hurlement qui résonne ainsi. Quand je vois les gens crier, je me crispe. J’ai moi aussi un intérieur calme. La nuit, les sons et les odeurs sont exacerbés, ou alors c’est mon corps qui est tendu et totalement éveillé alors que la fatigue pourrait m’endormir très facilement. Un étrange paradoxe assez agréable à vivre finalement….

    Les meilleures odeurs – et les meilleurs sons ! – viennent de la Terre, de cette nature qui nous entoure et qu’on étouffe. Chez moi, ça commence à ressembler à la jungle. Des fleurs et beaucoup de vert. J’allume des bougies bio à la verveine, je dépose quelques gouttes d’huiles essentielles de citron et d’orange pour une odeur fraîche. Même les chats ont l’air d’apprécier tout ça.

    (Et voilà, je recommence à t’écrire des commentaires qui seraient bientôt aussi longs que tes articles – c’est ce que tes textes font, ils guident mes mots, ils m’inspirent…)

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