Il suffit d'un mot

Je n’ai pas rêvé. J’ai dormi

 


 
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roseaux dans le ciel Je n'ai pas rêvé
Une vie lente. Je l’écris. Un travail méticuleux. Le mien. Demain j’en écrirai un autre, ce sera pour une autre personne, demain sera un travail particulier où des mots qui ne sont pas les miens seront écrit par moi. Aujourd’hui, je racontais, je me laissais emmener dans une vague bouleversée par des absences et je ne pensais pas ce que j’écrivais. C’est un livre qui débute dans lequel je ne sais plus qui parle, je ne me connais pas sur cette facette là, je ne me savais pas ce besoin là. Je ne sais si je dis un besoin caché ou si je pose pour ce qu’apporte la blessure, pour l’écriture passionnante qu’elle amène. Démêler serait risquer de voir s’éteindre la plume, j’ai peur de m’arrêter. Je la tiens mon écriture, elle ne plaira pas, peut-être, elle sera décalée c’est une évidence, j’en sens toute la brutalité. Il y a une violence certaine à réveiller les absents, les premiers. Je ne sais pas si je dis la vérité ou si je fabule, je ne sais si l’on peut dire roman ou biographie, je ne sais ce qui sortira. Je m’écarte des chemins, j’écris au-delà de moi, de ce moi là, de ce qui a été et n’est plus à l’intérieur, j’écris une personne qui n’est plus et je vais forcément en faire une autre, d’histoire. Une qui se lit d’une traite parce que si on le pose c’est la perte de soi. Je m’invente, j’invente un je sur une réalité floue, j’invente ce qui est vrai et ne se sait pas. Si je continue j’oserai Gallimard.
Le ciel est rosi mais pâle, il laisse filtrer par un étalage de nuages, une teinte étonnante et particulière. Le ciel déversait tout à l’heure toute la grêle du monde, tout ce qu’il avait à dire se tenait là dans ses petits glaçons blancs rebondissants, il martelait chaque mot au rythme de mon clavier. Je n’entendais plus, moi. Quand je me suis arrêtée il y a quelques instants, le ciel assombrit par l’heure était comme illuminé de l’intérieur. Il ne s’explique pas ce ciel. L’engagement s’est fait là, entre l’appel et l’écriture. Nous partons construire ailleurs dans la chaleur pendant que j’écris le froid sans le nommer et que le ciel se déverse durement. Le vent secoue ce que nous avons à nous dire et tant pis si cela passe par votre silence imposé, si je ne peux plus, peut-être. C’est cela ou le mien, de silence. Je ne sais avec exactitude ce qui en moi se bouleverse et surtout ce qu’il en adviendra. J’ai besoin de tout changer, et en attendant ce sera du silence. Le temps de renaitre, ailleurs ou autrement. Je marche sur des odeurs de poussière et d’humidité et ne sais pas encore sur quelle(s) fenêtre(s) tirer le rideau. Je suis fière de ce que je suis en train d’écrire, et cela ne m’était pas arrivé depuis si longtemps que peut-être cela n’a même jamais existé. J’ai la sensation ivre, c’est cela sans doute quand on libère les poids les plus énormes : on ne touche plus le fond. Suivez-moi que je vous emmène ailleurs, vers plus de lumière et de lieux somptueux, c’est une liberté que le savoir, c’est une liberté que le passé où l’ombre disparait. Et si je ne sais pas comment, sous quel mot l’aborder, le regarder, le parler, je sais que j’ai mis à nu mon existence.