Tout n’a aucun sens pour moi – Everything means nothing to me


 
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Ma photo originale n’est pas floue, pourtant.. ça n’a aucun sens

Au loin, la protestation de la femme fleurie s’égraine – et s’engrène– et ne se compte plus. J’en comprends que les batailles ont de beaux jours devant elles, tant que dans l’inconscient collectif la virilité sera au centre, tant que le discours séparera file et garçon, tant que dans les parcs nous entendrons « Ah non ça c’est pour les filles » obligeant l’enfant à lâcher la poupée, tant que l’homme croira devoir passer outre un non parce qu’un non dès fois ça veut dire oui, tant que la femme ne pourra pas être en jupe parce que c’est un appel au viol ; tant que la femme n’aura pas le droit de dire oui à sa sexualité elle ne sera pas entendue dans le non. C’est un éparpillement permanent de combats. Le mien ces jours-ci, c’est le viol conjugal. Je vais juste me perdre dans toutes les autres voix, je vais me perdre sans être entendue. Pourtant je le nomme, je lui donne ce nom. Je tente. Le droit des femmes, briser le silence.

Je suis frappée de l’importance du corps dans le débat, je suis frappée de la multitude de voix qui se lance dans son #8mars et se soie dans la masse, je suis frappée par les énervements et la bêtise des magazines qui ramène la chose à un concours de rouge à lèvres, je suis frappée de tous ces mots qui se fracassent les uns contre les autres.

Demain, le 9 mars.
Une année pour remettre ça tous ensemble sans s’entendre parler.

Ou peut-être que c’est moi, qui ne me suis pas entendue.
Peut-être que je ressens la solitude uniquement parce qu’on aura beau hurler, nous resterons, nous, marqués, pliés sur ce qui a été vécu. Toujours. On pourra en parler, on pourra hastaguer, il restera la ligne de démarcation en nous, imprimée, là, dans un corps abimé. Ce n’est pas un jaillissement soudain dans une journée au milieu des giboulées d’un mois glacial qui changera cette solitude là, cette ligne là, cette souffrance là. Ou alors est-ce moi, juste, qui ne me reconnait pas dans ce flux permanent là. J’ai une difficulté de place dans ce monde éparpillé, dans cette tension qui monte sur les réseaux. C’est le poids de la parole silencieuse, qui tourne en moi à se blesser. Je ne fais plus que ça, presque, j’en parle. A la fois à personne et à tout le monde, un équilibre étonnant où j’excelle : j’échange des messages où les personnes ne m’ayant pas lues passent à côté de mon essentiel et où je suis incapable de le dire, et les mots au téléphone qui désignent une responsabilité à laquelle je ne m’attendais pas.

Je suis fébrile et sans mouvement. Dans le même temps.

Est-ce qu’il faut dire crier s’énerver, est-ce qu’on voit seulement ce qui nous arrive quand cela nous arrive ? Est-ce qu’il faut du temps, pour voir, pour dire ? Est-ce que ce temps est occupé par l’autre à détruire ou est-ce qu’on a la place de respirer ? C’est quoi ces murmures que vous laissez dans la nudité des autres ? Et ça fait quoi au corps, ça fait quoi aux pensées, ça fait quoi aux regards qu’on se porte ? C’est à qui la culpabilité qu’on ramasse tous les soirs près du lit ? Ça dit quoi de qui nous sommes, ça dit quoi de qui vous êtes ? Est-ce qu’on s’aperçoit si la voisine est violée la nuit, si le voisin est battu, si l’enfant est maltraité ? Est-ce qu’on dit quelque chose sur ces écoles où les enfants se font rabaisser ou est-ce que ça fait partie de ce qui normal, accepté ? Est-ce qu’on ressent de l’impuissance ou de la colère ? Il permet quoi le vide sous les fenêtres grandes ouvertes ? Est-ce qu’on est condamné ? C’est comment la blessure ouverte ? Est-ce qu’on peut s’enfuir, mourir, renaitre ailleurs ? Est-ce qu’on peut pleurer, frapper, hurler sans se sentir enfermé ? Est-ce qu’on peut apprivoiser le monstre qu’on a en soi ? Dis, on rêve encore des fois ? Est-ce que je peux partir, et pourquoi faire et puis quand ? Surtout. Vivante.

Dehors il neige. Des flocons et du vent quand j’attends le printemps. Voilà qui me résume finalement, je suis où je ne veux pas être. A m’asseoir avec le froid et le silence.
Je parle et je silence.
Dans une attente interminable.

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