Il suffit d'un mot

Là haut le potentiel, jamais, rien à dire

bois ronds rondins

Le brouillard nous maintenait dans cette sensation de retard, comme s’il avait le pouvoir de nous ralentir. J’avais trainé un peu. Prince voulait que je vienne moi aussi chez sa psy et j’avais été réveillée malgré moi d’un rêve aux perceptions très étranges. J’ai été lente. J’ai pris mon temps, il n’y avait pas d’urgence n’est-ce pas, à parler avec une dame à qui je ne savais pas quoi dire. Nous avons pris dix minutes de retard et c’était pourtant jouable encore, que nous soyons à l’heure même si dans le speed. Sur l’autoroute devant nous, un ralentissement qui nous a mené au point mort quelques minutes. Nous avons roulé très doucement sur des débris avant de voir une voiture à l’avant profondément enfoncé, un monsieur remplissant un constat, une dame parlant avec un gendarme. Et devant nous, toujours cet énorme embouteillage, ce brouillard loin dans la campagne qui s’éloignait avec notre temps, creusant notre retard. Un second accident, certainement le premier à l’origine de l’autre, nous maintenait immobiles. L’idée m’a traversée que peut-être, nous aurions été davantage impliqués et immobilisés, si je m’étais pressée. Une voiture après une voiture, nous sommes sortis de l’autoroute, vingt minutes trop tôt et les détours dans les villages surchargés d’automobilistes et de camions nous a valu un retard de vingt minutes.

Je ne supporte pas d’être en retard.
J’ai rencontré la psy de Prince sur ce retard là, et je n’avais rien à lui dire. Vraiment rien. C’est que depuis que nous avons trouvé des livres de CE2 (une année d’avance, parce qu’il n’y avait pas le CE1) qui lui enseignent les maths à travers les sciences, et le français à travers l’histoire-géographie, Prince s’est détendu, il a des buts dans ses apprentissages et de multiples chemins devant lui. Alors je n’avais pas grand chose à parler. Prince a murmuré qu’il voyait les points d’interrogation et d’exclamation bizarrement et qu’il imaginait des points autour, elle fronçait les sourcils de concentration, elle était perturbée et ne reliait à rien, je lui ai demandé si cela pouvait s’apparenter à de la synesthésie, puisque moi-même… Je n’avais rien à dire. C’est évidemment pourquoi nous avons parlé surdouance, des deux enfants sachant lire à 3/4 ans et se désintéressant ensuite puisqu’ils avaient décodés, des tests de QI (qu’elle pense être peu pertinents pour nous, à moins de vraiment vouloir nous fixer sur un chiffre, mais qu’elle peut nous faire passer quand nous le souhaitons) et que sa conclusion a été sans appel : nous sommes une famille à haut potentiel, nous, les quatre, c’est une évidence pour elle et je me suis mise à pleurer.

Heureusement, je n’avais rien à dire.

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8 Comments:

  1. C’est beau ça, une famille à haut potentiel, non ?
    Il n’y a parfois rien à dire, juste des larmes qui doivent sortir.
    Et ce n’est pas grave.
    Ce retard vous a peut-être sauvé la vie. Ou éviter un accident douloureux. Alors pour une fois, je suis contente de ce retard 🙂

  2. Je n’ai pas ressenti d’angoisse, je ne crois pas que nous aurions été au cœur de l’accident même. Mais en être vraiment éloigné est toujours une bonne chose avec les enfants, ce retard était du coup très bien pour ça (bon par contre ce rv retardé ce fut difficile)..
    Je le sais depuis quelques mois, que nous sommes HQI.. malgré ça souvent je doute, par phases (pour moi, pas pour les trois autres). Se l’entendre dire par une psy, c’est quelque chose par contre. Je vais cogiter un moment 😉

  3. Je pleure avec toi en lisant ces mots. C’est une émotion étrange. Soulagement, joie ? Comme un poids immense qu’on enlève mais qu’on sent encore dans ses poumons…
    Tu n’as plus le droit de douter alors ?

    1. Oh j’ai de temps en temps depuis ce matin « et si elle se plantait ? ». Je suis perplexe sur sa conclusion si rapide, on s’est parlé une heure (et 4 mois pour Prince et LeChat), alors je me dis que si rapidement, elle sait comment ? Ce n’est pas rationnel, je m’inquiète :p Je crois que ça me ferait la même chose avec un test, je douterai encore. J’ai un gros nœud familial sur mon « incompétence » et ma « nullité ».
      De l’autre je ressens un énorme soulagement. C’est une femme très attentive, calme, ouverte, elle m’a beaucoup plu. Je garde en tête qu’une psychologue m’a dit que j’étais clairement HPI, mon mari me l’a déjà redit dans la journée, je crois qu’il veut que je l’ancre en moi. (et c’est con hein.. mais mon mari était là, elle l’a dit, alors je peux le répéter j’ai un témoin).

    2. As-tu essayé de le dire à quelqu’un, ton mari ?, à voix haute, de faire une blague à ce sujet dans le genre : bah oui, trop facile pour moi haha je suis hpi !
      Le test ne change pas grand chose je te le confirme… J’en suis encore certains jours à chercher chez ma fille ce dont on n’a rien dit pour moi.

      1. Oui parfois on se fait des blagues de ce type là (depuis que nous avons lu ce livre tous les deux), ça nous fait beaucoup rire et ça dédramatise 🙂 J’ai oublié de te le dire, mais depuis mon mari est très soulagé également, ce livre lui a apporté énormément à lui aussi.

      2. Tu parles de quel livre exactement ? Vu qu’il est également concerné, je comprends combien lire ce livre (je ne sais pas mais je suppose quand même que c’est celui de Kermadec, je suis désolée si je confonds) lui a fait du bien… !
        En fait, je suis trop contente pour vous 😀 pour pas grand chose, peut-être. Je m’emerveille de tout de toutes façons.

        1. Oui, celui de Kermadec 🙂 Ce fut une révélation pour moi. Moins pour mon mari, cela fait quelques années que je lui disais qu’il était clairement HPI (alors que je me pensais juste stupide), sa marche à lui était moins haute mais Kermadec lui a malgré tout ouvert bien des fils de compréhension. J’ai parlé de ce livre à la psy, qui a décidé de le lire (elle a d’autres références, dont « trop intelligent pour être heureux » et elle était d’accord pour dire qu’il s’agissait plus de vulgarisation et ne parlait pas assez au HPI justement.

          Merci, beaucoup 🙂 Si, c’est énorme, c’est beaucoup, c’est presque « tout » , je peux m’accrocher à la parole d’un psy pour qui c’est une évidence mais qui veut bien nous faire passer le test si ça peut nous rassurer d’avoir un chiffre.. Je la trouve particulièrement juste dans son approche (dans le sens où elle n’a décelé aucun souci chez Prince nécessitant un orthophoniste par exemple). Je me sens… (presque) légitime, je joue encore avec sa phrase dans ma tête. Je peux m’appuyer sur ses mots, son assurance.. c’est énorme.

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