A mesure que nos pas se lisent

 


 
 

lentilles-ombres-lumiere-lisent


 

Sur le chemin, ils plongeaient dans un livre et je guidais souvent un pas, je le ralentissais ou l’arrêtais, je leur disais les fleurs sont douces mais juste en dessous les emprisonnent le béton ils évitaient la bosse j’évitais de sécher des larmes et je surveillais un autre pan de trottoir. J’entendais les voitures ralentir avant de les voir stopper devant nous, je pressais sur leur sourire mes deux oisillons et nous traversions la route, leurs nez à l’intérieur loin loin dans une histoire, dans un rêve, dans un rire. Le plus petit a finalement abandonné ses pages cartonnées pour les fleurs, parce qu’il fallait bien les sentir les toucher les vivre ces couleurs vives, il fallait bien que les mots qui se lisent sortent de leur poussière et effleurent les pétales, et puis c’était si bon de jouer à se faire peur attends-moi mamaaan et de courir sur le trottoir pour rejoindre celui qui lisait toujours et avançait sans se soucier de rien. Et moi la seule chose finalement qui me traversait l’esprit, c’était de savoir à quel instant de ma vie, j’avais arrêté de lire en marchant dans la rue, perdant ce fil entre hier et demain.
 
 

Hibou. 4 ans.
— Je veux apprendre à lire mais je sais pas comment faire.
— C’est vrai, tu as su décoder et maintenant tu voudrais aller plus loin ?
— Oui. Je veux conduire une maison.

 
 

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