Entre toi et moi, l’amitié n’est plus


 
 

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Le texte est inabouti, ou alors est-ce la pensée…


 

Toutes ces histoires. Au milieu ces liens, ce qui relie les gens, ce qui se brise entre eux. L’origine des réactions, des mots, du corps qui sursaute. Se demander soudain, qui est l’autre. Il est singulier que les souvenirs les plus marquants soient ceux qui s’oppose à tous liens, que les froids s’impriment d’un seul côté de la relation, que la mort s’y installe sans que l’autre ne veuille la voir. Ce qui m’a hanté d’abord, ce qui m’a hanté c’était les mots c’était les gestes, ce qui m’a hanté a pris de l’ampleur. Comment te le dire ?

Les instants. N’était-ce pas pour lier nos deux êtres, que le regard se posait sur les mots, la courbe, les heures, n’était-ce pas pour le partage que nous étions là, ensemble en cet instant, dans cette reconnaissance ? N’était-ce pas pour combler un vide, le tien… était-il là alors l’échec… ? Qui est l’autre dans l’amitié qui se noue, qui es-tu dans l’amitié que tu ouvres ? Je ne sais que faire de tout ce qui s’est noirci que tu t’obstines à ignorer.

Les mouvements. Ce battement sur les fils que l’on tire, articulé dans des circonvolutions complexes et excentriques. Et ramener à soi sans plus rien écouter ce qui fait la différence entre l’autre et toi. Je ne m’y perdrais pas aujourd’hui, tu ne tirerais pas aujourd’hui, je te dirais mes désaccords, je tiendrais les mouvements pour mien. Je ne suis plus cette personne que tu a cru faible lors que je ne l’étais que par accident de la vie. J’ai cette aisance, cette confiance que tu n’as pas. Peut-être est-ce là, que tu te tiens, que tu te blesses, que tu tentes d’apprivoiser en me maintenant dans un autre moi.

Les sourires qui s’effacent sur les mots d’une amitié abimée, inégale parce que hautaine et basse, parce que décalée, unilatérale et écrasante. Enfermée parce que sclérosée, filtrée par ce qu’elle a de plus sombre : l’âme humaine.

Les silences. Je m’y enferme, je t’écoute, je n’ai pas de place, tu achèves de nous tuer.

Les souffles manqués.Il n’existe nulle coïncidence entre l’image qu’on se fait et la personne réelle, il n’existe rien du regard que tu portes sur moi, rien de la fragilité dont tu me pares. C’est cette condescendance, cette certitude que je ne suis que peu de chose à protéger, c’est ce que disent tes enfants dans leur refus de ma présence, dans ce qu’ils pensent que je leur vole. L’idée me vient qu’il faudrait pouvoir donner vie à toutes ces paroles qui traversent nos corps de part en part quand il n’y a plus qu’eux pour dire la justesse de ce qui se vit. Ils ont teinté notre relation, l’ont bouleversée : j’entends toutes les notes des corps et elles crissent.

Les nœuds que tu ne voyais pas, qui ne se défont pas, sur ces fils qui s’emmêlent encore davantage et que tu tords jusque dans ses fêlures. Ces nœuds que j’ai cherché à défaire et que tu tranches d’un mot pour catégoriser sans même voir que c’est l’amitié que tu coupes.

L’amitié ne s’était peut-être jamais donnée entièrement, comme à travers une intimité tronquée, un masque sans doute. Une fragilité naissante qu’on ne sait voir que sur l’autre pour ne pas y voir la sienne. La souffrance insupportable ne peut s’offrir, elle passe dans chaque objet acheté donné acheté acheté acheté donné elle passe elle reste collée et on ne s’en débarrasse pas tu as vu, elle continue de coller aux doigts, elle passe dans la culpabilité dans l’offre et la réception, le déséquilibre qui continue de se creuser dans tout ce que tu offres, l’impossible don qui se transforme en dû, l’incapacité de rendre, d’égaler, d’exister, les êtres qui s’effritent à travers les objets. C’était cette place-là qui s’échappait dans mes recherches, ce que représentait l’amitié, qui j’étais qui je suis qui tu es. C’était l’être dans l’objet. C’était la vie dans l’objet. C’était la culpabilité dans l’objet. C’était cet espace là, dans une théière1 , dans la matière, il y avait toutes ces voix entendues qu’elle enregistrait dans une vibration, je me demandais, si on l’écoutait, ce que serait ce son. Que serait cette vibration dans tout ce qui l’a traversé, de tout ce qu’elle a vu, entendu, de tout ce qu’elle était porteuse de choix ? Serions-nous dans la sidération, peut-on rester figer dans un son, une vérité trop crûe ? C’étaient les objets et c’était les noms, ils conservent en eux les failles, se laissent traverser de lézardes et de béances, dans les noms nous portons toutes ces fois où nous nous sommes étalés, tous ses morts au même prénom, l’intensité de leur vivre et cette mort pourtant, dans les noms la vie la mort les chemins nous portons tous les autres depuis le premier regard posé sur ce qui serait la première nuit en conscience de l’humanité. Ce son de la nuit des temps qui nous traversent et nous laissent séparés de méconnaissance de l’autre.

 
 
1. un objet ou alors un autre, il ne s’agit jamais que de l’amitié qu’il faut rompre et qu’on ne sait bien comment.

 

 

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

4 Comments

  1. Je me demande si tu parles d’amitié ou d’amour… L’amitié accepte plus facilement l’autre comme il est, et il n’y a que très rarement le rapport de pouvoir que tu décris (et décries)…
    Si tu parles d’amour, alors là oui je suis d’accord. Parce qu’il y a dans le vivre ensemble une entente de partage économique qui souvent est une source importante de la rupture.

    1. Je me suis fait la réflexion que ça parlait aussi d’amour (enfin, que ça pouvait prêter à confusion), en effet… mais en l’occurrence, je parle bien d’une amitié. Ce qui prouve à quel point il y a un souci :/

  2. Dans l’amitié il y a peu d’amour quand même. Cette connexion spéciale entre deux personnes qui tissent des liens, qui lient leurs vies. Et la vie se permet alors de briser le lien, petit à petit, qu’on répare comme on peut, qu’on nie aussi parfois parce qu’on a échoué à préserver l’étincelle qu’il pouvait y avoir entre nous… ne restent alors que les souvenirs, teintés de la rupture, et des blessures qu’on ne voyait pas alors mais qui s’ouvrent maintenant, et rendent l’absence bien présente…

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