Je suis revenue sur cette frontière là

 

 
 

fleur-tournee


 
Il voit la musique en joie ou tristesse. Il ne ressent pas, il voit. Et il ne me l’avait jamais dit, jamais. Depuis que j’ai évoqué le sujet chez sa psy et qu’il écoutait depuis l’espace de jeu, depuis je le sens plus tranquille. Comme s’il pouvait parler, comme si avant nous n’étions pas en capacité d’entendre. Maintenant il me lance l’air de rien des « Je vois un sourire sur cette musique, je le vois dans les arbres là-bas parce que je les regarde en écoutant. Tu sais, comme toi tu vois les couleurs.  » Il a intégré immédiatement que nous parlions de la même chose malgré la différence de vécu, il a saisi toute la particularité et sa légitimité, toute sa richesse. Est-ce qu’il sait l’enfant, que c’est ainsi que je me suis construite, sans parler, et que je voudrais tant tant tant qu’il ai un autre choix que d’angoisser dans sa tête ? Mais j’ai intégré, j’ai compris, c’est son chemin, ce sont ses pieds et je ne peux rien de plus qu’y lancer des graines, je faisais trop je voulais trop je grainais trop.

Je suis devenue attentive à mes trop avec lui, je lui dis « tu es beau » parce qu’il s’est fait des couettes et que cela lui va si bien, l’écoute quand il me répond plein d’humour « j’avais le choix d’être moche, je me suis dit que beau c’était bien » et qu’il replace ma phrase dans ce qu’elle doit être. Sa vive intelligence s’ouvre dans ce qui semble être un espace plus tranquille. A son rythme.

Cela n’empêche pas les débordements soudain d’être là et de nous épuiser, d’avoir envie de tout planter là, enfants cris responsabilités, de ne pas comprendre pourquoi un simple départ en promenade se transforme en calvaire – peluche in-dis-pen-sa-ble, retourner aux WC in-dis-pen-sa-ble, hurler sur ses parents hurler sur la ceinture et la jeter contre la vitre j’en ai refusé de partir, je ne pouvais pas j’entendais résonner chaque son et je me hérissais c’était juste ça, cette sensation que j’allais me détruire si je ne fuyais pas. Alors j’ai fui. Pour ne plus l’entendre résonner dans chacun de mes recoins, respirer, me mettre en sécurité ou alors c’était lui que je sécurisais. Je rêve de vacances de maman, partir où ils ne sont pas, regretter leur absence tout en savourant le silence. Avoir cette possibilité là de regretter leur absence.

Nous sommes partis, un peu plus tard, sans cri et moi toute entière, dans une forêt sur des volcans dans des flaques d’eau qui se prenaient pour des mares. Un monsieur qui ne voulait pas entendre que son labrador très gentil terrifiait mon plus grand, qui ne voulait pas comprendre vraiment pas et qui s’attardait à discuter sur la gentillesse de son chien, qui s’attardait sur les larmes de panique de l’enfant affolé, qui s’attardait avec un chien sans laisse et que j’ai finalement raccompagné, mouvement du corps qui l’a remis en marche vers sa destination et que j’ai laissé à son chemin sur un sourire. Quoi d’autre, que pouvais-je faire d’autre sans le brusquer puisqu’il n’avait pas l’empathie…

Je tentais parfois de marcher un petit peu plus loin, en moi, sur le chemin – je peux me perdre dis – et un enfant ou l’autre hurlait dans la forêt hurlait maman hurlait dans l’espace que je tentais de laisser d’imposer de vivre, il hurlait et les oiseaux se taisaient un temps. C’est dans les cris que cela m’est revenu mais j’avais un projet moi, c’est vrai que j’en manquais de projets, je l’avais noté et je crois, j’ai perdu le papier c’est comme ça avec les projets ils s’arrangent pour se faire oublier quand d’autres surviennent. Alors nous avons regardé le sol, ramassé des branches et reposé des branches, ramassé d’autres gardé ses autres, un tout petit peu. Des branches pour un projet de couture, des branches pour jouer aux indiens et aux fées, des branches pour m’amuser, pour tester et que je jetterai si cela ne fonctionne pas – mais combien donc ai-je de projets ?

Une petite dernière escapade, un dernier petit espace et le hurlement – est-ce qu’un jour je pourrai ne pas revenir, un jour comme celui-ci entre les montagnes entre les volcans, est-ce qu’on pourra dire Elle n’est pas revenue, je serai passée entre les bourgeons entre les chants d’oiseaux, je serai juste après – et puis le froid nous a fait faire demi-tour, nous sommes repassés par les flaques qui se croyaient des mares et les quatre mains dans l’eau ils jouaient à attraper les œufs de grenouilles qui leur glissaient entre les doigts. Ils sont rentrés boueux crottés trempés, ils sont rentrés sans vêtements de rechange et le retour se grignotait de biscuits et de compotes.

Je suis rentrée aussi.
 
 
 

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

2 Comments

  1. Ton billet résonne douloureusement en moi ce soir, une journée pleine de cris, de crises, de hurlements, de larmes (de tout côté), une journée où je me suis sentie minable.
    Nous allons voir une psy la semaine prochaine, j’ai besoin de comprendre si mon fils est trop sensible ou si je m’y prends mal, nos journées ensembles sont devenus des enfers.
    Se savoir (trop) sensible, faire un enfant, se sentir coupable d’avoir un enfant trop sensible, le cercle vicieux…

    1. Je suis bien désolée de cette résonance crois-moi 🙁 Je me sens bien minable souvent moi aussi, à ne pas savoir par quel bout prendre cet enfant et s’il y a une chose que je peux te dire, c’est « choisissez bien la psy », et si elle ne convient, pas, vite en changer ! C’est tellement important que pour chacun d’entre vous, la/le psy soit « parfait/e ». La notre nous a beaucoup aidé, en ne faisant finalement « pas grand chose » (mais ça a fait beaucoup). Elle nous a rassuré sur notre chemin d’éducation, Prince s’est rassuré en tant qu’enfant et place d’enfant, elle nous a posé dans un diagnostic important et j’ai entendu que je voulais trop fort le bonheur de mon gamin et que c’était à lui de faire ce chemin là (c’était lourd pour lui, je dirais..). Nous fonctionnons mieux depuis. Parfois, on a besoin de ça, de quelqu’un d’extérieur 🙂 La notre nous a permis de ravoir la tête hors de l’eau, et c’est vital..

      Je suis dans la même dynamique que toi, me dire qu’il a ma sensibilité et que c’est terrible, et.. et.. et.. on n’est pas tendre des fois, avec nous-même 😉

      Dans ce contexte de déménagement, il est très normal qu’il y ai craquages de part et d’autres. Donne-toi de l’empathie, Dame, tu fais de ton mieux 🙂

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