Pensine

J’attends d’être secouée par un grain

duo feuilles rouge

 

J’attends trop de réponses, des importantes, des qui ne le sont pas, aucunes qui ne soient vitales et pourtant j’attends ce dont j’aurais bien besoin pour continuer la route choisie. Je reçois des réponses que je n’attendais pas, comme cette absence qui gêne et que je ne sais gérer autrement – tout n’est que priorité, je le sais bien et justement j’en ai tant d’autres. Je reçois celle de mon corps, une sorte de j’te-frais-dire dont je me serais passée et qu’il me faut bien prendre en compte, je n’en rigole pas. Les commandes passées sont en passe d’être honorées pour une moitié et j’attends que l’on me dise si cela plait ou j’envoie et quand, pour l’autre moitié j’avance aussi j’attends là encore une réponse – et je suis fière de surpasser tant de choses dans ses réalisations. J’attends que mon mari rentre pour le tenir contre moi et qu’il me réchauffe de l’intérieur, j’attends le cadeau et le regard de LeChat sur son cadeau alors aussi j’attends que le mois passe, j’attends que mon corps se remette de ses chocs successifs et qu’il sorte de son retard pour le second mois la seconde fois, j’attends de ce corps qu’il s’apaise parce que ce n’est pas possible la souffrance, et puis qu’il fasse chaud dehors et puis que mon reflet dans le miroir soit présentable. J’attends après les gens, après moi, après mon corps, j’attends que l’on me dise que ça va, que ça ira, que la vie ira, je souhaiterais un temps précieux où je sais déjà tout, les tissus les vies les manières, où je sais la confiance dans les creux, un savoir universel de tout ce qu’on peut coudre, faire, dire, écrire. Ça serait bien magique, tout ce savoir entre les doigts. Je m’attends dans trop de tournants.

Autant que je l’ai pu hier, j’ai posé des mots, bancals et hors de moi, dans une journée compliquée par la douleur. Je ne peux pas dire que j’en sois satisfaite, disons qu’ils ont eu le mérite de faire avancer la chose – je ne me leurre pas sur le fait que quatre mois seront vite passés. J’aurais ce besoin – incontrôlable – d’une perfection de pensée qui dramatiquement, ne vient pas. Je me demande si je peux seulement être un jour satisfaite de ce que je fais, de ce que je produis dans l’écrit, n’y a-t-il donc une infime chose que je puisse dépasser pour accepter que rien ne puisse être parfait ? Vingt-six pensées inabouties à la toute fin et cette sensation immédiate de n’écrire sur rien. Je crois qu’il va falloir que je m’habitue à ressentir ces détresses-là et accepter d’écrire ce que je qualifierai de catastrophe littéraire. Après tout, qui suis-je pour croire que je peux faire autre chose ? Je me sens condamnée – et excessive dans les mots pourtant cette angoisse de perfection tellement là. Je me console en me disant que tant que ce n’est pas terminé et surtout lu, oui tant que ce n’est pas lu rien n’est encore abîmé et que je peux encore les trouver. A moins que ce ne soit ça, le désir de ne pas les trouver pour rester avec cet agacement d’imperfection, cet agencement d’agacements perpétuels – mais non, cela me rend trop folle. Je vais forcément apprendre, dans cet appel à texte, à poser « comme ça ». Et faire confiance au travail en face, une existence que je peux songer simultanée, non ? Le croire pour leurrer l’angoisse.

J’expérimente les mots en parole, une justesse qui semble davantage me réussir, j’agrandis l’espace entre l’autre et moi afin qu’il ne se remplisse plus uniquement de l’autre, j’apprends la parole futile qui laisse moins de place à une psychothérapie que je ne désire pas le moins du monde mettre en place quel que soit mon désir d’aider et d’écouter. Comprendre, je choisis mon temps d’écoute c’est une différence et un progrès fou pour moi. Cette compréhension de l’espace qui se tissait est extraordinaire.

L’enfant de quatre ans qui me dit l’air de rien et comme une faute terrible dont il pourrait être responsable, que s’il refuse de se moucher – depuis au moins deux ans – c’est parce qu’il a mal à l’intérieur du nez. C’est dans ce genre de situation folle que je me sens la plus mauvaise mère du monde pour n’avoir rien vu. C’est que j’ai enfin posé la question il y a deux heures, une idée soudaine comme ça pour comprendre sa résistance, qu’il m’y a répondu non et qu’il revient mettre ses bottes pour jouer dehors tout en lâchant ses quelques mots. Pour cinq minutes après me dire que non il n’a pas mal mais qu’il veut le médecin tout de même pour son nez. Ce qu’il se passe dans la tête d’un enfant, nous n’en auront jamais nulle idée.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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