Pensine

Sans distinction de corps

bague améthyste
Il manque la luminosité de la pierre

 

Des attentes se sont posées avec délicatesse. Quelques réponses me sont parvenues, le cadeau pour son anniversaire est arrivé et elle fonctionne parfaitement cette liseuse j’en suis à la limite de me dire qu’elle est mieux que la mienne sans doute alors qu’elle est pourtant parfaite, et puis j’ai reçu cette bague de LeChat pour mon anniversaire avec le décalage des pays qu’elle a traversé. Il lui fallait bien voir le monde pour me parvenir, nous qui refusions le pré-mâché des boutiques de nos villes – c’est-à-dire faite main et non en série, (presque) directement au créateur -, il lui fallait bien tout ce temps pour avoir autant cherché une filière la plus honnête possible – bannissant par là le diamant trop entaché, toujours. Elle est magnifique, ce petit côté elfique me va droit au cœur.

Je ne vais pas très bien ou alors pas tous les jours, pas tout le temps. Je ne vais pas très bien alors je fais un peu comme si et je supporte. Cela passe, toujours. S’y rajoute ce choc que je n’avais pas vu venir et qui, si je vais mieux, ne me fait pas pour autant aller bien. Je continue d’encaisser, de gérer tout ce qui en découle, tous ces minis détails cailloux sursauts qui me font travailler sur ce passé encombrant. Mon corps s’est arrêté, se pose en creux dans tout le ventre, il attend je ne sais quoi un signal quelque chose qui fasse basculer et je l’entends avec ces dix journées de retard presque se réveiller pour ce week-end où je ne serai pas chez moi mais chez elle, hasard inconscient j’imagine ou erreur de sensation. Il travaille, mais comme à distance de lui-même, avec la lenteur de ceux qui ont tout leur temps. C’est un mouvement de seuil, quand on se tient entre deux et qu’on observe encore l’état de la pièce ou de l’autre. Voilà, je me sens observée par mon corps avec en lui cette volonté d’en trouver la limite dans le corps de l’autre. Je suis épuisée.

Car nous partons par la route vendredi soir, demain, celle aux lacets qui soulève les estomacs. J’essaye de me détendre sur ce cours séjour qui approche car vraiment ce n’est pas bon signe si je me mets autant à stresser de voir mes beaux-parents. Mais il y aura l’oxygène, celui qu’il faudrait poser en journée sans doute pour pouvoir être présente, que je ne poserai pas sans doute pour m’éviter trop de regards ou trop de forces, éviter les en rapport de. J’ai le corps tendu par un passé qui n’a sans doute plus lieu d’être, je ne me suis pas encore ajustée. Toutes ces différences que je n’ai pas encore apprises.

Le corps fatigue. Sous mon œil, une légère pâleur enflée tout aussi légèrement m’ennuie depuis quelques jours, s’étale, m’agace. Je ne peux toujours pas courir depuis ma chute ni me pencher ou m’accroupir, le médecin disait trois semaines mais je trouve le temps long et appréhende la route demain. Je ne pose plus le pied, c’est arrivé comme ça. Je suis glacée si profondément que le chauffage, les bouillottes, les pulls n’y font rien, j’ai froid à tout mon être.

Je n’arrive pas à joindre la boutique Etissu, qui s’est trompée dans ma commande et m’a envoyé un autre tissu que celui que je désirais. Je me retrouve avec un tissu que je n’aime pas et dont je ne veux pas et eux qui se taisent par mail, par téléphone et même sur Facebook ou en désespoir j’ai laissé un message également1. A la suite de mon message, un autre mécontent se signale, j’en conclus que quelle que soit l’issue de l’histoire je ne commanderai plus chez eux.

Le soleil – disparu depuis – avait fait sortir la ville, et les vacances ont achevé de remplir le parc d’enfants. L’un d’eux, huit ou neuf ans, a proposé à mon fils de se battre avec lui parce qu’il avait déjà tué un homme et qu’il pouvait donc facilement lui crever un œil, est-ce que ça le tentait ? Prince l’ignorant superbement, il s’est rabattu, encouragé par sa mère, sur les pigeons qu’il poursuivait de jets de pierres plus grosses que sa main.
Et puis, parce que j’avais demandé à m’asseoir sur le seul banc du parc, faisant se décaler un vieux monsieur et sa dame, il s’est cru permis de me proposer ses « genoux moelleux » si je préférais. Ce que je préférais n’était pas disible. Il y avait en moi une part ulcérée et une autre anesthésiée, étonnant mélange intérieur où j’étais la proie et les griffes.
C’était une journée folle. Ou alors c’était les gens.
 
 

1 : ils ont finalement répondu à mon second mail, promettant de me renvoyer le bon tissu dès demain. Aucun retour ne m’a été demandé pour l’autre, qui me reste donc sur les bras alors que je ne l’aime pas. Mais le dénouement me convient parfaitement, je vais avoir l’autre tissu je me sens mieux 🙂

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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