Il suffit d'un mot

Et toutes les pierres feront une vie


 

 
 

flocon de neige une vie
La photo vendue, 360 euros, imprimée sur toile en 100*80


 

Ce matin, je n’ai rien pour manger. On s’est mal débrouillé, ce n’était pas prévu. La douleur dans les cervicales, l’épaule qui essaye de se déboiter à chaque mouvement, la jambe qui se pose mal… je ne peux pas sortir acheter une baguette. La boulangerie est à quelques mètres, une route à traverser, le bout du monde. Je n’ai pas la capacité physique pour m’habiller – cela impliquerai de bouger l’épaule qui cherche à se déboiter -, je n’ai pas l’énergie pour habiller mes enfants ni pour les motiver de le faire, et puis Prince est au lit avec de la fièvre, on en fait quoi d’un enfant trop chaud qui s’énerve pleure et tempête parce qu’il a perdu son tee-shirt ? On n’en fait rien. On crie. Je crie. Je suis excédée, épuisée. Je crie. Que non, là non, ce n’est pas possible, je ne peux pas gérer les états d’âme pour un vêtement égaré, je ne peux pas, c’est au-dessus de ma capacité – la dernière qu’il me reste – ; je dois d’abord survivre à la journée, seule parce que LeChat travaille treize heures et ne mangera même pas à midi avec nous, sera peut-être rentré à vingt heures ce soir sauf s’il dépasse.
Là tout de suite, je ne peux rien gérer de ce qui n’est pas moi.
Il n’y aura pas d’IEF, pas de sortie au parc, pas de colis posté. Ce qui n’est pas très grave. Je m’inquiète davantage pour ce we. Je pensais que j’allais angoisser à l’idée de rencontrer des personnes, de rencontrer la page blanche peut-être, et finalement ma plus grosse inquiétude va être « mon corps va-t-il tenir ».

Je n’aurai pas de bouillotte, pas d’oxygène. Deux journées entières – non ce n’est pas négociable pour moi.
Si j’emporte un carnet et un stylo, je ne pourrai pas tenir la journée pour faire les ateliers, je ne pourrai pas écrire.
Si j’emporte mon ordinateur je vais devoir le porter, et mon épaule se déboitera. Certes il sera posé sur la table, mais le matin, à midi et le soir je vais devoir le transporter. Et le soir, ils ont prévu un repas puis une soirée « surprise ». Je voudrais bien en faire partie, je ne sais pas si ce sera possible.

M’inquiéter à l’avance ne sert à rien, alors je repousse dans un coin, je verrai bien. C’est dans deux jours, et tout peut basculer, dans un sens comme dans l’autre. Je tente le deal, « tu fais tout maintenant et ce we tu te tiens en retrait », la crise est terrible alors j’ai un espoir un peu, que ce we, ce soit tranquille. Je sais depuis le temps, que je peux tenir comme ça, et qu’ensuite je m’écroulerai et que ce ne sera pas grave, j’aurai profité tellement entièrement.

C’est la première fois que dans une crise, le moral est encore là. Chaque crise enfonce le moral dans les limbes, c’est une conséquence de mon corps, pas de mon fait. Elle provoque la dépression, sans que je puisse maitriser. C’est difficile pour moi de vivre une crise, toute cette douleur et d’être en parallèle à la limite de me jeter d’une fenêtre, de douleur et de dépression sévère.
Ce qui change cette fois, c’est peut-être la dose de folie pure d’hier. C’est peut-être tout ce qui m’arrive de fou ces temps-ci. D’avoir été retenue sur cet atelier d’écriture national, sur simple candidature, d’avoir su retenir l’attention. D’avoir vendu sur commandes et sur LM des bavoirs, lingettes, couverture. D’avoir vendu une photo, pas la première c’est certain mais à ce prix là ? oui à ce prix là ça l’était. D’avoir remboursé mon prêt de machine à coudre, à 39 euros prêt. D’avoir retrouvé une certaine confiance en mes capacités d’existence. Malgré la maladie, justement.

Je suis encore capable d’avoir une existence, de créer, d’être, en dehors de ce rôle de maman qui m’a clouée au foyer. Je pose une pierre, une autre, je fonde de nouvelles bases. Je ressens que je peux tout demander, beaucoup sera exhaussé.
Je commence à avoir une vie.

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4 Comments:

  1. Marie Kléber

    La souffrance morale accompagne souvent la souffrance physique car la douleur oppresse.
    Mais je lis beaucoup de force dans tes mots et de vie, cette vie justement qui revient et te libère, te donne des raisons de croire en toi, de faire confiance , de créer, de vivre pleinement.

    1. En toute circonstance, je tente 🙂 Avancer avec les cartes que nous avons, ce n’est pas forcément évident mais pourtant vital !

  2. Que ce commencement de vie puisse te donner un nouveau souffle et pousser au loin, juste un petit peu, cette dépression pour te laisser mieux respirer…
    🙂

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