Ce que l’écriture dérobe au quotidien

petales rose
Westerland

 

J’en viens à me bousculer pour écrire. Je me suis arrêtée quelques jours, le temps pour nous de changer de place trois chambres et un salon, de ranger, déranger, trier, jeter, harmoniser. Hibou a demandé si nous déménagions, ça les a bousculé très fort de perdre leurs repères. Et lorsque la maison a commencé à prendre une plus jolie teinte, qu’elle a commencé à nous ressembler dans ce que nous sommes en ce moment, l’épuisement, la douleur ont pris la place, toute la place. L’écriture est lors devenue un acte compliqué, difficile, comme si je n’avais plus rien à dire, comme si de l’avoir laissée quelques jours pour m’occuper d’autres choses que de cet inconscient qui a besoin de hurler, oui, elle s’était sentie abandonnée. Cette soudaine mise à distance m’a refermé la porte de l’écrire, j’en reste encore attristée. Deux journées que je me bouscule, alors, deux journées que j’invente, que je me fais croire que je sais écrire alors que je sens bien comme ce que je dis est vide, il me faudra tout réécrire, reprendre, arracher le filtre sur les mots posés ; je ne peux pas écrire si faux.

Alors je peux bien le dire, malgré ces textes dont je ne garderai que le fond j’ai avancé, ce qui se cachait loin par en-dessous devra surgir, bientôt, car il ne me reste plus que quatre lettres sur les vingt-six que compte notre alphabet, et si je retire seulement une dizaine à réécrire vraiment, je crois, enfin il me semble, que je pourrai fièrement envoyer ce manuscrit et que l’éditeur alors pourra en disposer, à sa convenance ; et peut-être qu’il y verra la force que j’y ai mise. Et s’il le jette parce que mes yeux voient trop grand et qu’en réalité il n’y a rien, s’il n’en garde rien, s’il décide que sa maison n’a pas cette ligne éditoriale là, je l’éditerai moi-même – cela le protègera – et vous pourrez en lire ce qui m’a tant occupé ces dernières semaines. Une fois libérée, je crois, peut-être, que je parlerai de l’hiver à une autre maison, secrète de par son nom. C’est que j’ai compris, m’arrêter d’écrire, je ne dois pas.

2 thoughts on “Ce que l’écriture dérobe au quotidien

  1. Je suis heureuse de lire que tes projets d’écriture avancent dans le bon sens. Alors que je fais la promotion de mon second recueil de poésie, je comprends que ce qui me motive avant tout c’est d’écrire, de partager, de laisser à mon cœur la place de se vider. La création devient alors tout et après l’avoir laissée de côté plus de 10 jours, je ressens le besoin de ne plus délaisser autant les mots. Car ce sont eux qui me donnent la force et l’envide d’aller de l’avant. Ne jamais perdre de vue l’essentiel…

    1. C’est cela.. 🙂 Et pourtant l’épuisement est en train de me grignoter, je vais bel et bien devoir faire une (autre) pause.. Mais oui, écrire et partager !

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