gouttes rose je ne sais pas

Je ne savais plus. Pourquoi j’étais là, pourquoi j’étais moi, pourquoi des enfants, pourquoi la vie et tous les soupirs et toutes les larmes et toute la fatigue. C’était venu de loin, avec les mots que je devais refaire ; parce que je ne sais pas lire – je l’ai appris comme ça et ce fut un choc -, alors que je suis retournée vingt fois, trente fois sur cette page, j’ai déchiffré le mot qui m’a finalement sauté aux yeux tant il se dévorait lui-même de vouloir être lu. J’ai travaillé non dans le vide car il y avait besoin c’est une évidence, et puis que je m’en resservirai autrement c’est certain aussi, mais j’ai donné trop de moi sur un malentendu. C’était pourtant évident, j’avais juste mal lu – enfin pas voulu lire, l’acte manqué terrible -, alors tout l’abécédaire à réécrire, tout à refaire et moi à défaire. Je me suis donc. Défaite. J’ai commencé par rire, très fort, trop, et puis j’ai pleuré sur une broutille, j’ai défait tout ce que j’avais eu besoin de sortir et je repars avec un élan plus grand et d’autres mots. Des lumineux. Malgré l’élan, toute la fatigue du monde m’a prise, mise à terre, achevée là. Jour après jour je me suis trainée tout en me bousculant, tout ne me reposant, j’ai tout testé et toujours la fatigue à trainer qui ralentit mes pas. Et je ne sais pas, c’est cela, je n’ai plus su, le pourquoi des choses. La médiathèque où je voulais aller, fermée aujourd’hui parce que l’été, c’était le trop de ce que je ne savais déjà plus. C’était comme porter le monde sur mes épaules, cette lourdeur là.

J’ai un mari qui me pratique bien, qui est allé chercher le besoin derrière les mots. Qui m’a dit, « mais en fait tu as besoin d’être au milieu des livres ? » et qui nous a tous emmenés à GrandeVille et m’a embarquée dans une librairie qui fait aussi de l’occasion – je ne la nommerai pas. J’ai trouvé un livre pour ma couture, et plusieurs pour les enfants, n’ai pas pu voir, lire, toucher, acheter tout ce que je souhaitais parce qu’il a fallu composer avec l’argent, les enfants, la fatigue. Mais l’idée y était. Nous avons vendus la moitié de ceux que nous ne voulions plus, aussi, à un monsieur derrière son comptoir qui reprend des livres toute la journée, qui prend ou refuse et a abandonné de même un jour son sourire entre deux refus de livres, sans doute. Comme nous avons gardés les nôtres, nos refusés et nos sourires, tout ceux qui nous sont restés nous les avons déposés dans la rue sous les yeux d’un flic charmant. Charmant est venu voir ce que nous faisions là, est reparti avec un sourire mais sans livres – un tort, pour ces derniers.

Les enfants jouaient dans la fontaine et j’ai regretté – c’était comme un pincement – mon appareil photo, cette beauté là j’aurais voulu la partager. L’eau créait un nuage de gouttes d’eau et mes petits étaient des ombres qui sautaient hurlaient riaient. Les passants retenaient leurs enfants, les arrachaient au délice, à l’appel, c’était un supplice pour les petits. Une maman – oh je l’ai enviée un peu, juste un peu, elle était habillée bohème, j’aurais bien aimé lui demander où elle avait acheté ses vêtements, elle était si belle – seule cette maman donc a laissé son petit courir avec les nôtres, dans les jets de la fontaine. J’ai dégusté une glace au caramel beurre salé, je n’en avais jamais, jamais mangé et j’ai cru que j’allais en tomber tant elle était délicieuse.
(Message pour toi : je sais où t’emmener dans douze jours)

Ah. Par contre. Si vous passez par là-bas.
J’ai laissé le poids du monde entre les rayons de la librairie, j’espère qu’il ne tombera sur personne.

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