Pensine

Sous le chant des oiseaux, la mésange

 
Je reprends vie. Je n’écris plus, je lis et la vie est merveilleuse – oui, comme quoi. Enfin, je n’écris plus.. c’est entièrement faux. Hier matin encore, alors que j’étais au parc, j’écrivais ce que j’espère toujours enfoncer loin dans la gorge de mes souvenirs et qui ressortent encore et encore. Évidemment. Et puis non décidément, dire que je n’écris plus, est faux. Évidemment. Disons que j’écris alors, juste un peu, ce qu’il faut, sans se précipiter. Alors on va le dire, mais pas trop fort pour n’effaroucher personne, je me suis remise à écrire, ce n’est pas sombre – sans doute que pour le lumineux, ce n’est pas encore ça – et avec le plaisir de l’écriture.
Et ça. C’est parce que je lis de la fantasy. J’ai posé Marguerite Duras.
Il est absolument impossible de lire Marguerite Duras et d’écrire lumineux, j’ai compris ça comme ça, d’un seul coup. Je ne peux pas passer de sa douleur à la lumière. J’en suis incapable. J’ai l’écriture éponge, je prends les teintes de mes lectures. J’ai l’empathie qui me colle aux doigts, je ne sais pas m’en défaire. Je prends de ces douleurs-là, de ces angoisses-là, de ces morts qui hantent les auteurs. Alors je l’ai posée, avec un regret terrible et l’assurance d’y revenir – je me le suis promis, il fallait bien cela pour calmer ma propre angoisse, mes propres morts, ces vides là qui veulent s’écrire.
J’ai pris la fantasy, j’ai pris Ophélie et son écharpe étonnante1 sur le très bon conseil de Lizly.
Des instants qui surviennent en pointillés, sans doute, également, je prends. De cette mésange toute petite tenue entre les doigts de mes enfants, de cette boule soyeuse pelotonnée dans mes mains et dont je sens le petit cœur battre follement. Une oiselle menue qui nous observait, inquiète puis sans la moindre crainte, regard franc et corps droit. J’ai suggéré de la ramener d’où elle venait, sans grande confiance dans nos capacités de sauvetage – est-ce que je sais nourrir un oiseau -, et la oiselle mésange de bleu vêtue a soudain piaillé reconnaissant sans nul doute, le chant inquiet d’un de ses parents qui lui ont répondu immédiatement… Savez-vous, c’est délicieux, ces instants-là. Cette reconnaissance, ce chant qui bouscule notre écoute pour se répondre. Cette attente de notre départ pour retrouver leur petit qui ne sait pas encore voler. Alors sans doute, je ne sais pas bien l’écrire, je ne sais pas bien le dire, cet instant où l’on se sait, irrémédiablement, insignifiant et important, tout à la fois. Mais je suis dans cette exactitude là. Insignifiante. Et importante.

 

mesange bebe oiseau
Photo floue ; j’avais si peur de l’effaroucher, j’ai tout raté

 
 
1 : La passe-miroir, Christelle Dabos
 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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