Pensine

Entre deux instants chat

J’étais serrée. Tellement. Je lui ai montré l’insupportable main comprimée dans le tissu, j’ai retiré le gant que j’avais gardé – oh trente secondes peut-être – et j’avais sur les doigts la trace des coutures imprimée sur la peau. Il était navré et j’étais soulagée. Lui, il prenait au sérieux ce que je lui disais. Son collègue, Mr Barbu, ne comprenait pas pourquoi ça n’allait pas la dernière fois – avec bonne foi, il prenait ça très au sérieux -, avait changé deux trois mesures pour agrandir de un millimètre à certains endroits.. et aujourd’hui je voyais son collègue puisque Mr Barbu est parti en vacances, et ce collègue, appelons-le Mr Lunettes, a repris quelques mesures et a trouvé pourquoi ça n’allait pas : il manquait entre 0,4 et 0,6 cm. Partout.
Ce qui est complètement incompréhensible, et dont il s’est excusé, mais qu’y peut-il ?
Je n’ai toujours pas mes gants pour protéger mes doigts, mais nous recommençons toutes les mesures lundi prochain. Nous en avons plaisanté, lundi, nous avons rendez-vous pour un thé. Je l’apprécie beaucoup, est-il besoin de le préciser ?

Je souffre. J’ai essayé ces gants dans des conditions terribles pour moi, ce qui a aggravé la douleur. Je sais bien, que ce sont les confitures qui ont blessé mon corps, mes mains, mes doigts.. mes chevilles.. Hier je ne marchais plus et j’avais tellement besoin de le pleurer. Je ne l’ai pas fait, cela n’aurait pas aidé, je n’aurais pas posé mes pieds. Mais je n’ai pas dormi, ou alors si, bien sûr, l’épuisement a fini par m’avoir. J’aurais voulu être amputée, délire de souffrance.

Les confitures, il ne faudrait pas le croire, je ne les regrette pas. Nous avons passé nos trente et un kilos de fruits, et il est certain que l’erreur a été de les faire debout – mais travailler assise, je ne sais pas vraiment faire. Alors j’ai équeuté, dénoyauté, jeté ce qui était véreux ou juste pourri, j’ai rempli un plat pour le compost et un autre pour la pesée, puis vidé des paquets de sucre et remué de gros bouillons, retiré l’écume comme le faisait ma grand-mère. Nous faisions le travail à deux, LeChat et moi, ensemble, dans la cuisine pendant des heures, et nous avons aimé l’expérience au-delà de ce que nous pourrons jamais en dire. C’était doux, cet ensemble.

Mais aujourd’hui que nous avons terminé les fruits – et heureusement – mon corps ne se tient plus. J’ai dormi, j’ai lu, j’ai relu des phrases qui devenaient incompréhensibles, je les ai relues encore, j’ai regardé souvent ce vide qui se tenait entre moi et la bestiole à poils et j’ai été rappelée à l’ordre par un coup de tête magistral. Je n’ai pas aimé cette journée, coincée entre douleurs et abrutissement.

Ah. C’est que je n’ai pas parlé du chat. Elle est arrivée hier matin. J’ai ouvert le volet de la porte-fenêtre, je suis allée faire bouillir l’eau pour un thé et le chat était derrière-moi ou alors presque, elle était rentrée dans la pièce. Très inquiète, elle a failli partir en courant comme si elle avait vu le diable. En bons amoureux des chats, nous l’avons appelé – c’était ça, la faute. Elle a hésité longtemps, elle tournait sur ses pattes, n’osait pas, trois pas en avant et six en arrière et puis finalement elle a tenté une approche, et comme personne n’a voulu la manger elle est restée.
C’est simple, un chat.
Nous nous retrouvons donc avec un chat qui a élu domicile chez nous, et que nous ne nourrissons pas. D’abord parce que nous refusons de lui acheter sa nourriture – elle est somme toute, assez grande pour le faire elle-même, et nos finances ne nous le permettraient pas -, ensuite parce qu’étant végétarien le réfrigérateur est vraiment vide pour elle. La nuit nous la remettons dehors – pas de chatière, refus d’acheter une litière. Et malgré ce manque évident de coopération de notre part, elle reste. Toute la journée. A part une heure où elle disparait, elle est contre nous, nos jambes, tente de nous faire tomber – elle me fait très peur à chaque pas – , elle se tient devant le volet dès le matin pour entrer vite dans la maison, et surtout surtout, sa vie tourne autour des câlins qu’elle peut attraper. Je n’avais jamais vu ça, à ce point là. Elle ne s’apaise que lorsqu’elle a eu une grosse dose de câlins, de caresses, d’attention.
Elle a le bon goût de perdre à peine ses poils, le mauvais d’éteindre mon ordinateur à tout instant ou de se coucher sur le Pad.
Quand on la câline, sous la main, on sent bouger ses bébés. Parce que oui, elle a aussi des petits dans le ventre.
Une chatte nous a trouvé digne de confiance pour avoir ses petits.
Je ne m’en suis pas encore remise.

bulle chat
Je rate toutes. Mes. Photos. Fatigue et douleur.
C’est une chatte plus jolie que ça avec de grands yeux maquillés de noir

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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