chatonblanc
La photo date un peu, depuis, le gris est très visible

Elle nous a trouvé un matin, à la porte-fenêtre du jardin. Depuis, nous allons de surprise en surprise. Nous nous faisons avoir par ses grands yeux bordés de noir : on lui a trouvé de la viande dans une boucherie qui se déleste de tout ce qu’il ne peut pas vendre mais que les animaux mangent. Une petite pièce contre quelques kilos. Elle s’est rempli le ventre, j’ai cru qu’elle en serait malade. Ce matin, elle ne bougeait toujours pas. Elle digérait. Mais tout de même, j’ai vérifié. Me sentait-elle inquiète ? Elle n’a pas mangé, mais elle est sortie, s’est évanouie derrière la grande barrière qui nous sépare du soleil. Elle est revenue, une offrande entre les crocs délicatement accrochés à un mulot. Elle disait je vais bien elle disait merci, elle disait essentiellement vous êtes mes humains. Je ne sais pas combien de temps, encore, je vais lui faire l’affront de dire que nous n’avons pas de chat. Toute ma vie, sans doute, ou toute la sienne qu’elle passera avec nous ; nous n’avons pas de chat, mais un chat nous a eu.

Le chat-que-nous-n’avons-pas dort dans mon atelier, sous le bureau de la couture, sur des serviettes de bain, avec quatre chatons qui ronronnent comme un léger grattement de papier sur le sol – c’est si craquant. Ils observent ce qui les entoure avec de grands yeux très sombres où le monde se reflète, le monde, les étoiles, l’espace. On y voit l’immensité. Une immensité de papier qui gratte le sol, multiplié par quatre. Cinq chats, qui dorment chez nous, et que nous n’avons pas. Même si j’ai ce faible pour le petit blanc aux oreilles grises, encore, toujours, à moins que ce ne soit une petite, j’oublie sans cesse. Je regarde et j’oublie. Je trouve sa beauté plus importante, cela je me souviens.

La minette qui nous apporte des offrandes, ne se conduit pas toujours comme un chat. Si je devais être honnête, je dirais qu’avec ce mulot, c’est la première fois que je la vois réagir comme un chat, connu, comportement ordinaire du greffier. Parce que cette minette, elle a voulu faire ses petits sur mes genoux, parce que cette minette, elle nous accompagne. Ne pas y voir une figure de style. Lorsque je sors étendre le linge, à quelques mètres, juste après le parking, la minette nous suit. Elle sort entre nos jambes, les miennes et celles des enfants, et elle se met à courir avec eux : ils jouent. Bien sûr elle gagne, elle, elle grimpe aux arbres et se glisse sous les voitures, mais tout de même, elle joue avec les enfants à leur courir après. Et lorsque j’amorce le geste de retourner à la maison, elle arrête tout, elle rentre, même si les enfants restent en arrière. Elle me suit. Partout. Si je m’installe dans le jardin, elle vient dormir à mes pieds, si je sors, elle aussi. Lundi, que je devais aller à la pharmacie pour elle – elle a des puces, le chat que je n’ai pas a des puces, c’est un monde – j’ai fait attention qu’elle reste dans la maison pour qu’elle ne nous accompagne pas, à cause des voitures. Alors elle est passée par la fenêtre et nous a accompagné, jusqu’à la pharmacie. Devant la porte, tous déconfits, car elle n’ouvrait que l’après-midi ; cela m’a tout de même évité d’expliquer au pharmacien que le produit à puces, c’était pour la bête à poils qui reniflait ses produits. Nous sommes rentrés, le chat sur nos talons.

Ce chat, ce n’est pas un chat.


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