Pensine

Le corps des femmes : grossesse et toucher vaginal

A la suite d’une discussion sur Twitter, j’ai été amenée à reparler de mes deux grossesses, si différentes dans leur suivi et leur respect. Plus précisément, sur le difficile sujet en France, du toucher vaginal. Le personnel médical le pratique a outrance, de manière systématique, sans aucune nécessité. Ma conclusion toute personnelle est que sans le TV, les gynécologues qui veulent absolument les pratiquer, ne sauraient pas sinon à quoi leurs études ont servi. Mais forcément, je le pense à l’aune de mon expérience traumatisante.

Je la partage donc ici..
 
 

Lorsque je me suis retrouvée enceinte de Prince, je n’avais pas anticipé une recherche de personnel médical adapté. C’est tout naturellement que je me suis tournée vers mon médecin traitant en qui j’avais confiance, qui m’a tout aussi naturellement répondu qu’il ne faisait pas de suivi de grossesse. Un peu déstabilisée, j’ai suivi le troupeau et tous les panneaux indicateurs : il me fallait un gynéco. C’était nouveau, je les ai toujours fui comme la peste : personne ne me touche sans mon accord, et un gynéco, de base, ne l’a pas. Ils pourront toujours y mettre tout le médical, toutes les menaces de cancer et tout leur savoir-faire, ils ne me toucheront pas.

[Petit aparté : je me suis laissée convaincre une fois par un médecin généraliste, de faire un frottis, et j’ai atterri aux urgences. Fin de l’aparté]

Je prends donc rendez-vous avec une femme, me pensant plus à l’abri côté compréhension. La dame, assez âgée, m’expédie pour me déshabiller et finalement accepte de reporter à un prochain rendez-vous. Mais le toucher vaginal, je devrais y passer, pour le bien de mon enfant. Pour mon bien à moi, je ne prends pas de rendez-vous suivant. Je respire, et je me tourne vers l’hôpital. Un mois passe, je suis à cran, fatiguée.

C’est un homme, pourquoi pas ? L’homme a l’air sympathique, me demande si j’accepte un étudiant lors du rendez-vous, pose plein de questions… et se lance pour le toucher vaginal. Il insiste gentiment mais fermement, m’explique que c’est obligatoire et je lâche l’affaire. Comme ça. La fatigue, le ras-le-bol, la crainte. Je lui explique que j’ai été violée, je le préviens qu’on fait une tentative et que j’arrêterai tout si nécessaire, et bien sûr, l’étudiant reste dans le bureau. Il accepte. J’ai évidemment présumé de moi, j’arrête tout, en crise de nerfs et lui.. en crise personnelle. Il me dira sur le pas de la porte, complètement secoué, « mais enfin je ne viole personne moi ». Il m’aurait explosée contre un mur, l’effet aurait été le même.

En larmes et définitivement traumatisée, je ne pense pas à quitter les lieux, il me semble être complètement coincée. Je demande un rendez-vous avec quelqu’un qui soit doux, compréhensif, accepte de ne pas faire de TV. La secrétaire me répond avec un sourire jusque dans les yeux et sur un ton de confidence : « Dr BeauGosse est parfait, vous allez voir, c’est le plus doux et gentil de tout le service, tout le monde le dit ». Un mois passe, le rendez-vous m’inquiète malgré les mots de la dame. Je suis au cinquième mois, et très tendue.

Dr Beaugosse n’est pas mon type, mais semble faire craquer tout le monde. Il me reçoit gentiment, avec le sourire, la voix douce. Avec notamment un « Alors que s’est-il passé ? ». Un peu paternaliste, ce qui me dérange. Mais il peut être un peu tout ce qu’il veut, tant qu’il ne m’emmerde pas avec le toucher vaginal. Évidemment, il m’emmerde avec. Je soupçonne que Dr BeauGosse soit formidable avec son équipe et lamentable avec les patientes, je ne sais pas encore à quel point. Mais cette fois, je résiste. Il semblait compter sur son charisme, cela ne fonctionne pas et quelque chose se brise dans notre rapport. Il reste paternaliste mais avec un ton particulier, quelque chose en plus qui me fait me sentir minable. Il insiste, moi aussi, nous nous lançons dans un bras de fer – durant lequel je réponds tranquillement et lui de plus en plus agacé. Je ressors sans TV, secouée d’avoir dû autant batailler, paniquée pour le rendez-vous prochain mais fataliste : personne n’acceptera d’être mon médecin pour la grossesse, je reprends rendez-vous avec lui. Que faire d’autre ? La secrétaire a dit qu’il était le plus ouvert, comment vont être les autres ?

Deux semaines passent, je suis à cinq mois et demi de grossesse. Un soir, en rentrant d’un restaurant avec LeChat, mon corps se lance dans des contractions. Je ne peux plus marcher sans que mon ventre se durcisse. Nous rentrons péniblement à la maison, je suis paniquée par les contractions mais… je suis encore plus paniquée à l’idée d’avoir un toucher vaginal pour vérifier mon col – n’ayant aucune confiance dans mon gynéco, je ne l’appelle évidemment pas. Au téléphone, Blanche insiste pour que j’aille aux urgences, je fais une crise de nerfs qui relance les contractions de plus belle, la panique est à son paroxysme. Je finis par me calmer, je suis allongée, les contractions s’apaisent… Tout le monde respire. Sauf moi, je sens que mon corps et mon psychisme vont être malmenés. Pendant deux semaines, j’attends mon rv mensuel avec anxiété, et des contractions dès que je marche. Pour autant, je ressens que mon bébé va très bien, mon corps aussi. Reste l’incertitude mais mon ressenti est très fort.

Sixième mois de grossesse. Le rendez-vous arrive et là Dr Beaugosse m’explique que j’ai été complètement inconsciente de refuser le TV et que mes contractions en sont la preuve. Et que maintenant, on va arrêter les conneries. Je lui refuse le toucher vaginal toujours gentiment mais fermement, et lui explique gentiment que mon corps semble aller bien, que j’ai fait des recherches de mon côté et que le toucher vaginal n’est pas recommandé par l’OMS et que dans d’autres pays comme la Norvège, il est interdit car considéré comme dangereux. Apoplexie – la sienne. Il finit par me proposer une sonde exploratrice dans le vagin, j’accepte à condition de ne sentir ni main ni doigt. L’examen, que je gère comme je peux mais toujours mieux qu’un TV (et que je comprends très important, bien sur), se révèle parfait, mon col va très bien, il ne comprend pas mes contractions. Il m’explique qu’il faudra faire désormais un TV à chaque visite chez lui, je refuse. Nous repartons sur un bras de fer. En désespoir de cause, il me dit que ce n’est pas la peine de m’hospitaliser mais que c’est grâce à son bon vouloir, que je peux donc rester chez moi mais allongée jusqu’à la fin de la grossesse, et avec un suivi de sage-femme à domicile pour pallier à mon inconséquence. Elle prendra les mesures avec un appareil, ceci afin de vérifier que mes contractions ne se transforment pas en accouchement prématuré. La solution me va très bien, mais à lui pas du tout.

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La sage-femme vient régulièrement, très gentille. Mais je n’ai plus confiance en personne, encore moins en elle qui vient de sa part à lui. Je ne confie pas mes craintes, je lui présente un visage serein bien que fatigué. Il m’apprend lors du rendez-vous suivant (7 mois de grossesse) auquel j’arrive avec un cœur qui bat à 100 à l’heure, qu’il l’a appelée pour savoir comment cela se passait, ce qui me confirme un peu plus dans mon choix de me taire avec elle. Il reparle de toucher vaginal, je refuse toujours (gentiment). Je ne suis pas stupide et bornée, je suis paniquée et persuadée, parallèlement, d’aller très bien. J’ai peur parfois pour mon enfant et je ne peux en parler à personne, j’ai peur pour moi et je ne peux en parler à personne. Il m’explique tranquillement que je vais rater mon lien avec mon enfant, que je n’arriverai pas à le nourrir, que je cours à la catastrophe et que je devrais aller voir un psy avant d’accoucher. Pour mon bien, et celui de mon enfant avec qui je vais sinon tout foirer. Je repars en crise de nerfs, sur ces derniers mots, dans l’encadrement de la porte : « il n’y a pas besoin de la sage-femme puisse que tout va bien, mais vu que cela vous rassure je la maintiens ». Comment ça, cela me rassure ? La porte est refermée, et moi choquée. Je repars.

La sage-femme, très gentille, continue de venir, mes contractions continuent de me clouer au canapé, mes peurs augmentent mais ne concernent pas mon bébé : est-ce que je vais devoir accoucher avec cet incompétent à mes côtés ?

Huitième mois de grossesse, je lui demande d’arrêter de faire venir la sage-femme. Il me prend de haut : « Déjà que vous refusez le toucher vaginal hein, la sage-femme on la maintient pour être sûrs que tout va bien ». D’accord. Je suis larguée. Je lâche l’affaire. D’ailleurs, il enchaine. Il m’explique qu’il a parlé de moi avec l’équipe lors d’une réunion, que j’ai un dossier vraiment lourd ils sont tous d’accord pour le dire et très inquiets. Tous. Très. Inquiets. Je le regarde de travers. Je prends pleinement conscience du pouvoir destructeur de ce type, qu’il m’a pourri ma grossesse, qu’il tente de me terroriser pour un simple toucher vaginal refusé. Je suis censée devenir une mauvaise mère, parce qu’il n’a pas pu me toucher entre les jambes. Je suis effondrée mais également galvanisée : il me parle du prochain rendez-vous et d’une lettre d’intention d’accouchement à lui donner à ce moment-là. Je sais déjà que ce prochain rendez-vous, je n’irai pas. Quant à la lettre, je n’en vois pas l’intérêt, vu comment je suis respectée depuis le début de ma grossesse, je ne comprends pas bien ce qu’un courrier va pouvoir aider lors de l’accouchement qui a toutes les chances d’être à l’avenant. Par contre il me donne une information importante : il ne sera pas présent le jour J. Je repars, sereine de savoir que je ne le verrai plus.

J’ose enfin parler un peu avec la sage-femme, et tombe des nues lorsqu’elle me dit n’avoir aucun contact avec le gynéco de l’hôpital et ne le connaitre que de nom… il m’a menti et je suis passée à côté d’une personne à qui me confier.

L’accouchement est merveilleux, une sage-femme – toujours le même hôpital – formidable m’accompagne. A ma demande, j’accouche sur le côté sans souci de sa part. Je sens les contractions venir quelques secondes avant que l’appareil ne les détecte et elle me fait totalement confiance, préfère me suivre moi que le monitoring. Un accouchement magique.
Dr BeauGosse passera me voir, trois jours après, dans la chambre, en colère de ne pas m’avoir vu pour le dernier rendez-vous, et conclura sur cette phrase mythique « on a de la chance que ça se termine bien ». Visiblement, il avait accouché à ma place.

[ Pour la petite histoire, j’ai effectivement raté mon allaitement. Deux raisons à cela : un personnel médical incompétent et un RGO non diagnostiqué (parfois je me demande si la pression que le gynéco m’a mise en me martelant que j’allais tout rater, n’y a pas été aussi pour quelque chose).
Concernant les contractions, j’apprendrai six années plus tard (et une autre grossesse au milieu pour qui j’ai eu des contractions dès le 3ièm mois) que c’est dû à une maladie génétique que le corps médical s’est obstiné à ne pas me diagnostiquer pendant 37 ans. Les muscles déconnent, mais ça n’a aucune incidence sur la grossesse. Pour mon deuxième, et avec des contractions bien plus tôt, j’ai continué à faire ma vie et ne suis pas restée allongée (j’avais un autre enfant à m’occuper. Et ça c’est très bien passé aussi.)]

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

12 commentaires

  • Cendra

    Je suis sidérée, et en même temps peu étonnée. Le corps médical est parfois trop « médical », il faut s’armer d’une sacré force lorsqu’on souhaite déroger à leurs protocoles complètement fermés. Mais alors si en plus c’est pas recommandé par l’OMS, le mec il avait rien à dire…

    • Dame Ambre

      Le souci des « recommandations », c’est que ça n’a rien d’obligatoire et que chacun fait ce qu’il veut, finalement.. et en France le toucher vaginal est indispensable aux yeux du corps médical. C’était il y a 8 ans, j’espère que ça a évolué un peu..

  • Mercre

    Je viens d’accoucher en Norvège (j’écrirai plus en détails comment les choses se passent quand j’aurai un peu plus de temps), et effectivement en 9 mois je n’ai pas eu un seul toucher vaginal. Et c’était bien agréable, d’autant plus que personne ne m’a jamais prise de haut.
    D’ailleurs, j’aurais même pu ne pas voir un seul gynéco (les échographies de 12 sa et 32 sa ne se font que si on va ds le privé) ; toute ma grossesse (sans complication) a été suivie par des sages-femmes et médecins traitants.

  • Blanche

    J’ai même eu un frotti qui m’a fait saigner pendant ma grossesse.
    Je ne pense pas t’avoir demander pardon pour la pression que je t’ai rajouté à ce moment là où je paniquais aussi. J’en profite pour le faire, je suis vraiment désolée.
    Tendresse

  • crotyycat

    Rappelons que, sur un plan juridique, les femmes ont le droit de refuser tout examen qu’elles estiment humiliant. Notre corps nous appartient et, pour ma part, je refuse tous les touchers vaginal et rectal (idem sonde endovaginale et palpation des seins que je fais moi-même) et je m’en porte très bien même s’il faut batailler à chaque fois pour rappeler à chaque médecin que c’est à nous seules de décider de notre sort et pas à eux. Personne et surtout pas un médecin qui ne supporte pas qu’on conteste son autorité suprême n’a le droit de me dire ce que je dois faire. C’est pourquoi il faut refuser catégoriquement tout examen s’il fait horreur, ne pas écouter leurs menaces de maladie imminente si on ne fait rien car, là encore, rien n’est prouvé et rappeler aux femmes qu’elles n’ont pas à se comporter comme des moutons et qu’elles se documentent sérieusement sur le bien-fondé de ces soi-disant examens indispensables.

    • Dame Ambre

      Entièrement d’accord (et changer de médecin s’il est culpabilisant et que cela pèse). J’ajouterai que l’on peut se faire accompagner, lorsqu’on ne se sent pas de taille devant la « bataille » nécessaire pour imposer ce refus légitime.

  • Zouzoupette

    Bonjour,
    Votre témoignage est édifiant ! Que de misogynie dans le comportement de ce soi-disant spécialiste !
    Ce genre de comportement devrait être dénoncée publiquement à l’ordre des médecins !

    J’attends mon 3e bébé, après 2 suivis médicalisés, et des gestes violents et paroles dégradantes de la gynéco,
    surtout pour le 2e bébé.
    Mon rendez-vous du 4e mois est la semaine prochaine, avec une nouvelle gynéco. Votre témoignage me redonne
    de la force et de l’assurance pour dire que, non, je ne veux pas de tv, ni de prélèvement aux 6 mois pour détecter
    Je ne sais quelle infection.

    J’imagine votre petit bout chou dans son petit nid, ne comprenant pas pourquoi sa maman est stressée. C’est
    inadmissible de traiter les femmes ainsi.
    Je vous souhaite tout le bonheur du monde

    • Dame Ambre

      Bonjour,
      merci beaucoup pour votre message, je suis très touchée que ce témoignage puisse servir !

      Concernant le prélèvement, lors de ma seconde grossesse j’ai eu une sage-femme formidable qui a accepté de ne pas me faire de TV, et m’a proposé, ce que j’ai accepté, de faire le prélèvement moi-même sur le coton-tige (avec les consignes qui allaient avec). J’ai trouvé cette alternative parfaite 🙂

      Je suis navrée pour vous, que cela se soit si mal passé les deux premières fois.. Je vous souhaite que cette nouvelle gynéco soit bien à l’écoute et respectueuse. Une piste peut-être, sinon : pour ma seconde grossesse, j’étais si effrayée à l’idée de croiser un gyneco que je n’ai pas été suivie avant le 5è mois. Une sage-femme libérale que j’avais finalement contacté m’a trouvé, en passant elle-même les appels, une sage-femme à l’hôpital (eh oui, toujours le même ^^) qui accepte de me suivre sans TV. Elle a trouvé, et cette sage-femme a été merveilleuse. Donc, ne pas désespérer, on trouve de chouettes personnes 🙂

      Je vous souhaite à mon tour beaucoup de bonheur, et un accompagnement de grossesse et d’accouchement très doux

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