Il suffit d'un mot

Tout ce qu’il reste à écrire de soi

 
 

carnet japonais poissons ce qu'il reste à écrire

 

Les rêves se profilent avec moins de force, moins de présence, mais toujours ces messages qui s’imposent et me bousculent le temps du réveil, le temps d’oublier avec les yeux qui s’ouvrent. Les traits tirés racontent mes insomnies, ils disent comme je me sens enfermée. J’ai besoin de bousculer ce corps qui pourtant n’en peut plus, je voudrais être remise et m’évader. J’ai voulu ranger la salle de jeu des enfants, et c’était trop et je ne dois pas bouger pour pouvoir partir dans trois jours, je dois me préserver pour vivre ma première escapade dans une forêt mythique. Je rate ça et je hurle, je vais en tomber en dépression.

Depuis cinq mois, nous savons que LeChat sera en vacances deux semaines en septembre, et il est arrivé en traitre – si, vraiment, septembre arrive toujours comme ça, sans prévenir de toutes ses reprises aussi incroyables qu’un nouvel an, il est là et nous n’avons rien préparé. Une nouvelle année se projette, et le Qi Gong semble en disparaitre. Entre la descente d’organes, mes réticences financières et l’absence totale de réaction du professeur pour connaitre la date de reprise du cours, il me semble devoir accepter que cela ne doive pas se faire – et je sens que je vais le regretter.

Septembre, donc, avec ses feuilles qui s’envolent depuis les branches d’arbres et parsèment le sol de couleurs sèches.
Le cirque et la piscine pour les enfants, l’escalade pour LeChat, de nouvelles résolutions pour moi, le Qi Gong en point d’interrogation. Je me travaille, je souhaite être dans cet instant présent extraordinaire où tout se vit.

Je me voudrais dans le voyage à observer les façades, les lézardes, les failles, les béances. Sur les murs, les maisons, les gens, en moi. Apprendre à me voir sur les murs des autres, sur les miens. Dessiner du doigt les asymétries, les ressemblances, les différences, toucher les vérités, les mensonges. Contempler ce désordre. L’aimer. Je me cherche ou alors je cherche l’autre, je te cherche toi, je cherche la vie dans les yeux, les mouvements dans les corps. Je me voudrais danseuse d’espoir. Est-ce que cela se retire, une écharde dans l’âme, est-ce qu’on peut la soigner, l’écharde, lui donner l’espoir de devenir branche, de vivre arbre. D’être. Je découvre entre mes doigts tout un printemps quand l’automne arrive, l’impression de naître à l’instant où la vie se dépouille, se montre telle qu’elle est sans ses habits, sans ses armures. Dans quelques semaines, la verdure sera tombée, remplacée par un souffle d’air plus frais, et l’or s’offrira aux yeux.. et j’ai hâte et ce n’est pas l’instant présent pourtant j’ai hâte de ces couleurs extraordinaires, comment ne pas vouloir retourner en automne ?

Mais je n’y suis pas, pas encore, il y a cet entre-deux d’été – trop ou alors très – chaud et d’automne un peu frais, ces journées qui ne savent choisir et oscillent, septembre qui est arrivé en douce et nos vacances que nous n’avons pas préparées. La personne prévoyante que je suis disparait au profit d’un côté plus bohème, je ne peux pas dire tête en l’air, non, ou alors seulement pour admirer le ciel, les nuages, les oiseaux. Mais cette imprévoyance nous offre une opportunité superbe de nous envoler vers la forêt de Brocéliande, ce nom, ce lieu qui m’impressionne. Je suis dans cette énergie que le mot évoque, je suis déjà sur le chemin, en moi, profondément en moi.

LeChat a demandé à ses parents de garder nos enfants le temps d’une escapade en amoureux dont nous avons grandement besoin – d’autant que nous venons d’y gouter -, et il fera le voyage mardi soir, rentrera mercredi matin pour me récupérer sur sa route et nous rejoindrons la Bretagne pour trois journées magnifiques. Mais il n’a pas pensé à préciser qu’il viendrait sans moi, que je ne peux pas ajouter 8h de route aux six que nous allons faire le mercredi pour rejoindre mon rêve de forêt. Il a dit « on », il a dit « on vient » mais il pensait aux enfants. Est-ce qu’il y a toujours à préciser, peut-on s’appuyer sur ce qu’il reste à dire quand les blancs se comblent sans nous, étaient déjà comblés avant la mise en parole ? Car c’est ensuite, lorsque tout a été bien planifié, qu’il a appris qu’il y aurait sa sœur, celle qui a agressé tout le monde l’été dernier. Si le temps a passé, je veux, et cela se sait, la voir le moins possible, lui éviter à elle d’être désagréable, à moi qu’elle le soit. Nous nous retrouvons donc coincés d’un côté entre un voyage que je ne peux décemment pas m’imposer et de l’autre ma belle-sœur et ses parents qui vont en déduire que je ne voulais pas me déplacer à cause d’elle, et je vais avoir droit aux sourcils froncés terrifiants et ce désormais associé juste pour moi « c’est quand même dommage de réagir comme ça ». Il est évident que je maintiens mon choix, ma santé est bien plus importante que des convenances, mais je suis agacée de ce qui se parlera. Je respire, je mets à distance, je vais travailler à leur rendre ce qui leur appartient. Ne pas me laisser atteindre par des ondes qui ne sont pas à moi. C’est cela, tout ce qui est en moi et qui émerge, n’être à l’intérieur de moi, que moi, mes pensées, mes idées, mon être, n’être que moi, toute cette essence qui me caractérise sans m’encombrer de l’autre, des liens qu’il crée, de la noirceur qu’il peut envoyer.

Il me semble qu’une famille est une maison pleine de courants d’air, des mots qui s’emportent entre claquement de portes et caresses, où il est difficile de ne pas être malmené par les tempêtes émotionnelles de chacun. Je ne sais pas comment ouvrir les fenêtres, restée libre, sans en blesser d’autres. Et pourtant, je me le dois. D’être. Pleinement, moi.

Je ne veux plus de la solitude que m’offre cette personne, parfois cette famille. Je voudrais accepter ma belle-sœur comme elle est et j’y arrive forcément un peu puisque je ne souhaite pas la changer, il serait simplement tellement doux si elle en faisait autant envers moi. Mais que je ne corresponde pas à un idéal, que m’importe n’est-ce pas ? Je sais ce que je suis, qui je suis, les valeurs que je porte, je sais être, je sais qu’il y a de la beauté en moi, de la douceur. Je sais que j’ai encore beaucoup de chemins à découvrir, je sais ne pas être parfaite, je sais mes défauts, tout ce qui grince et beaucoup de mes écueils. Est-ce que l’on devient soi dans ses échardes-là, lorsqu’elles se logent, lorsqu’on les retire ou lorsqu’on les plante ? Je me demande parfois où je vais et pour quel devenir. J’ai une pensée qui me ramène au centre sans cesse, un mouvement intéressant où la forêt de Brocéliande n’est pas anodine. Je le sens, l’appel.

Ce que j’ai hâte, si vous saviez, de m’écrire là-bas.

2 Comments:

  1. ddc

    LeChat ne peut-il dire simplement qu’il y a eu un quiproquo, qu’il n’a jamais été prévu que tu viennes ? Pensent-ils que tu trouverais des prétextes et que tu n’assumerais pas ton choix de ne pas venir, si c’en était un ?

    Brocéliande, presque 10 ans déjà… un séjour hélas écourté pour moi. Fais attention aux sorts 😉 https://dieudeschats.wordpress.com/2008/04/05/broceliande/

    1. Finalement, l’organisation a changé et LeChat fait l’aller-retour sur la journée, nous permettant de partir demain tôt (et d’être présents pour la reprise d’activités des enfants). Comme ils ont l’habitude que je ne fasse jamais partie des voyages sur la journée (8h aller-retour, trop pour moi), je pense que ça a réglé le souci.

      Oh dis donc.. Je vais être très attentive ^^’ J’ai prévu d’emporter toutes mes orthèses et autres, au cas où ! Je vizns même de coudre une ceinture pour le ventre, j’étais inquiète, je me sens pas remise à 100% (et je veux pouvoir profiter ^^)

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