Les enfants sont partis ce matin avec le papa, pour quelques jours chez leurs grands-parents. Prince m’a serré le cœur dans sa difficulté à me laisser derrière lui, Hibou m’a impressionnée dans sa capacité à se séparer, les deux m’ont manqué à m’en serrer la gorge. Heureusement, C. est passée me voir avec ses trois enfants dont sa petite merveille – que je n’ai pas pu prendre dans mes bras, faute de pouvoir encore porter – et j’ai pu poser mon stress de maman.

Chaque fois que je la vois et que nous discutons des heures durant, je finis par songer que je vais sans doute déménager et cela m’attriste. De perdre cette bienveillance-là, de perdre ces enfants tellement capables de poser leurs émotions, de se dire sans frapper, sans violence. Je m’inquiète de ce temps que je mets pour trouver les personnes qui peuvent me suivre sans jugement, de cet attrait mutuel qu’on nomme amitié et qui me semble bien trop souvent inatteignable, de cette faim insatiable que j’ai de rencontrer l’autre. Je me demande parfois si ce brûlant désir que j’ai des voyages, ne me vient pas de cette difficulté à être entourée. Partir à la rencontre de la nature, à défaut de toi.
 

Je n’aime pas les départs, je préfère les voyages eux-mêmes – paradoxe incroyable puisque l’un ne va pas sans l’autre. J’y ressens les signes d’un abandon. Des lieux, des personnes, de moi sans doute un peu. Il me faudra creuser.
En attendant, je vais laisser l’appartement vide de nous, et je songe à la minette qui trouvera les fenêtres closes, une seconde fois. C’est qu’elle s’est installée. Sans ses petits, sans nourriture de notre part. Nous lui offrons une écuelle d’eau sur laquelle elle se jette chaque jour, des caresses et des câlins qu’elle semble nous arracher tant ces coups de tête peuvent parfois être violents. En contrepartie, elle nous nourrit : mulot, musaraigne, serpent, oiseau, papillon de nuit (de 7 cm de long, bordel). Elle a renversé les rôles puisque nous refusons de prendre le notre au sérieux : elle habite chez nous, nous ne sommes toujours pas au courant. Je n’ai aucune idée de ce qu’en pense la propriétaire officielle, de qui je n’ai plus la moindre nouvelle depuis notre unique visite des petits chats… peut-être qu’elle non plus, n’est pas au courant que son chat à déménager. C’est à voir. Le jour où l’on fera faire ce que l’on veut à un chat, n’est pas encore arrivé.
 

Je crois que nous sommes prêts pour le départ, les arbres, le voyage. Je me suis confectionné une ceinture en tissu, un peu à l’arrache – c’est à dire sans patron et donc avec des défauts – pour soutenir les muscles de mon ventre. Je ne sais pas si cela aidera. Mais j’ai réalisé à quel point je ne sais pas être raisonnable dans mon besoin de voyage. C’est un peu tôt, pourtant je ne peux pas éloigner de moi Brocéliande, non je ne peux pas. Savons-nous, lorsque nous tournons le dos à une opportunité, savons-nous quand elle reviendra ?
 

arbre depart

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

2 Comments

  1. Un départ ce n’est jamais facile même quand il est voulu, qu’il a été préparé, qu’il motive, qu’on le sent prêt à nous conduire vers un ailleurs serein et fait pour nous. Il y a toujours ce et ceux qu’on laisse.
    Je te souhaite tout le bonheur de la terre pour ce voyage, cette nouvelle page de vie.

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