Voyage

Voyage : une route chaotique vers Brocéliande

La veille, cinq cent quarante kilomètres. Les enfants déposés chez leurs grands-parents pour le bonheur de chacun, nous nous sommes levés sans l’urgence de s’occuper de nos deux lutins. La fatigue pourtant un peu, déjà, ou alors le bonheur d’être en vacances quelques jours pour la deuxième fois, je ne sais pas, mais nous sommes partis plus tard que prévu. Sur la route, l’instant présent se dessinait dans le ciel, comme une invitation à nous rendre plus loin. Jusqu’à la célèbre et mythique forêt de Brocéliande. La luminosité particulière propre à certains matins déroulait sa beauté, et j’aurais donné beaucoup pour en profiter pleinement.
 

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Sur la route

 

Deux trois photos floues, une réussie, et je ne peux plus porter l’appareil photo. Je ne suis pas remise, je le savais, je me doutais que ce serait tout sauf simple mais je me pensais malgré tout mieux en santé. Je serre les dents, je médite, je prends soin de moi : je tiens le ventre, les organes, le voyage dans mes mains. Quand je les desserre, je pense avoir fait la moitié du chemin et je suis au bord du craquage. Mappy nous avait dit six heures de route, nous sommes depuis trois heures à rouler et le paysage à défiler. Mappy n’est pas toujours des plus fiables et surtout, nous accumulons les déviations pour travaux et accidents. Nous sommes loin d’avoir fait la moitié du chemin, un tiers tout au plus. Et moi, je ne sais plus si je dois continuer, m’arrêter, me rouler en boule ou rentrer. Je sais seulement que je ne peux plus supporter la voiture, que faire demi-tour n’est pas non plus une option viable pour mon corps, et que la panique est en train de faire son chemin. Je joins mon amie magnétiseuse-sorcière, qui continue le travail sur moi et m’assure ensuite que ça devrait tenir. Elle me dit « ton énergie veut y aller » et je la crois, je sens monter en moi que si je n’y vais pas je vais dépérir – on explique comment un besoin d’arbre aussi puissant ?.

Je n’ai plus l’appareil photo à portée de main lorsqu’une oie sauvage nous survole, majestueuse. Blanche, le bec gris… extraordinaire instant…

Nous prenons le temps. Nous nous arrêtons lorsque j’ai besoin, mais globalement j’ai moins mal et je ne sens plus les organes se défiler, l’ensemble tient bien ; les kilomètres se font à coup de déviations de dix ou vingt kilomètres selon l’ampleur des travaux et des accidents, de la présence proche ou non des entrées d’autoroute que nous sommes forcé de quitter à intervalles réguliers.

Ni soleil, ni chaleur, ni pluie sinon quelques gouttes par-ci par-là, le temps est absolument idéal pour faire de la route. Nous mesurons notre chance.
Nous contournons Rennes par la rocade surchargée de voitures et de flics qui font la circulation, nous ralentissent. Des panneaux nous indiquent Space expo, sans plus d’explication. La foule est une marée noire en mouvement, notre curiosité est piquée. LeChat me dit que nous demanderons à nos hôtes s’ils savent de quoi il s’agit, impulsivement je lui réponds « non surtout pas, on ne s’en dépêtrera plus, nous chercherons sur internet » et je ne sais pas pourquoi je dis ça. Il rit doucement de ma réaction, moi aussi, pourtant je conserve l’idée que ce serait plus judicieux ^^

Avec les six-cent-soixante kilomètres qui nous séparaient de notre destination, nous devions arriver à quinze heures à la chambre d’hôte ; il est 18h30 quand nous nous garons devant la superbe maison bretonne : de six heures prévues, nous sommes passés à neuf heures de route. Il ne s’agit plus de fatigue, mais bien d’épuisement et je n’attends que notre lit pour m’y jeter sans plus bouger pour les vingt prochains jours. Mon corps pourtant a effectivement bien tenu. Marcher quelques pas hors de la voiture me fait du bien. Je suis subjuguée par le lieu, les arbres, les plantes, la zénitude du jardin, l’énergie puissante du lieu.

Notre hôtesse, et là je souris intérieurement en essayant de ne pas rire, se lance dans une description des précédents locataires, de la machine contre l’apnée qu’ils avaient qui est plus petite que ma machine à oxygène, de ceux actuels qui viennent de Suisse et du dernier qui arrivera ce soir vers vingt-deux heures. En cinq minutes je crois tout savoir mais ne sais encore rien, elle parle, parle, parle. Sur l’instant je comprends que nous allons perdre du temps à chaque passage devant elle pour notre séjour et l’accepte. Nous irons ainsi à la rencontre de deux belles personnes, avec son mari. Adorable, elle me laisse choisir entre les deux chambres libres, une bleue et une beige. Malgré les trois marches supplémentaires qu’elle demande, je choisis la bleue, irrésistiblement attirée par la lumière qu’elle dégage. Elle m’expliquera quelques jours plus tard, que cette chambre était celle d’un puissant druide qui venait chaque année, mort désormais. Je ne doute pas un instant de ces mots, cette chambre a quelque chose de particulier. D’apaisant. Je m’y sens tellement bien que mon envie de me rouler en boule disparait. Comment se poser ? Nous sommes arrivés à Brocéliande, en son cœur.
 

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A quelques minutes de Paimpont, je me régénère dans une chambre bleue pendant que LeChat monte nos bagages.
 
Une étonnante porte-fenêtre rouge – étonnante car il n’y a pas de balcon et que nous sommes au premier étage – mais judicieusement fermée à clé, donne sur le jardin magnifiquement entretenu. La photo tend vers des teintes grises, injustement : il commence à faire tard, les nuages obscurcissent le rendu. Dans l’arbre se disputent des oiseaux, au loin une télévision au son un peu fort me parvient. Je suis arrivée… c’est incroyable, pourtant j’y suis, et je n’en finis pas de m’extasier.
 
Je prends une douche brûlante qui contribue à délasser mon corps. Je sors mon ordinateur le temps que mon mari prenne la sienne, mais ne trouve aucun réseau internet dans les environs. J’apprendrai plus tard que le réseau est captable dans un périmètre très réduit dans la maison, très exactement sur une banquette de l’entrée ; je ne m’en occuperai pas du séjour, j’ai bien d’autres choses à vivre qu’un moment sur un canapé en tête à tête avec le wifi.
 
Nous finissons par quitter les lieux, non sans avoir eu par notre hôte que nous rencontrons en bas des marches, des indications précieuses et d’une grande précision pour faire une rencontre sublime : le hêtre du voyageur.
Ce monsieur respire la plénitude. Nous avons formidablement bien choisit où dormir, nos hôtes sont de belles personnes qui gagnent à être rencontrées. Il connait très bien la région, et lorsque qu’il apprend que nous sommes essentiellement venus pour les arbres remarquables, il nous indique ceux que nous ne connaissions pas. Il est surpris parfois, que nous en connaissions qui ne sont pourtant indiqués nul part – mais internet est un vivier d’informations. C’est ainsi qu’il nous explique, sur notre demande, l’emplacement exact de ce hêtre.
 
Nous partons donc avec nos informations : ce premier arbre que LeChat veut absolument voir ce soir, il insiste malgré ma fatigue, et des indications pour une crêperie délicieuse. Je me souvenais des crêpes bretonnes, mais finalement je le croyais seulement. J’ai redécouvert les crêpes au sarrasin, la délicatesse des saveurs. J’aurais aimé repartir avec les recettes, conserver encore et pouvoir cuisiner cette incroyable crêpe à la frangipane et au caramel beurre salé. Je ne peux rien en dire, il faut la gouter.
 
Je ne vais pas raconter tout de suite, l’arbre remarquable et ses petits habitants méritent un article à part. C’est une véritable entrée dans la magie, je reste bouleversée par cette rencontre.
Comme empreinte, à jamais.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

2 commentaires

  • marie kléber

    Tes mots respirent en effet la magie et la sérénité. La longue route et la fatigue semblent loin.
    Il existe des rencontres comme celle-ci qui façonnent nos vies.
    Au plaisir d’en lire davantage sur ce lieu majestueux.

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