On ne peut pas dire le temps pour traverser un nuage

 


 

Notre tranquillité s’est faite balayer pour des heures dispersées. Elles auraient été soufflées maladroitement sur la semaine par un lutin facétieux, j’aurais ressenti cette même pagaille, cette même consternation devant mon agenda. Nous sommes rentrés à pied-joint dans la rentrée, en décalage avec le reste du monde. Tiraillés entre les arbres de Brocéliande et les activités de chacun qui ont enfin débuté, j’ai tout d’abord freiné. Ce refus de se sentir concernée me convenait parfaitement mais ne pouvait tenir le temps ; LeChat a repris le travail et les déplacements m’ont échu : médecin pour des certificats médicaux – dont tout le monde sait l’utilité et la pertinence -, orthoptiste – sur douze semaines -, dermatologue – ah ce rendez-vous qui arrive enfin -, dentiste, réunion sur la bienveillance, réunion sur la CNV – que j’ai dû abandonner faute de place dans l’agenda -, panier de l’AMAP et puis les activités, escalade, Qi Gong, cirque, encore cirque, piscine.

Je ne sais plus traverser sereinement. C’est un nuage, je le traverse sans élégance, les béquilles en main – parce que le Qi Gong est une chose intense à vivre. Et c’est cela, je ne me réunis plus dans nos semaines débordées qui ne débordent finalement pas tant que ça, je ne travaille pas me diraient certaines personnes qui ne savent pas ce que c’est, l’instruction en famille, ne savent pas non, la journée que cela prend.

Je devais ralentir. Est-ce moi qui ne sais pas ? Est-ce incompatible avec des enfants ? Avec le désir d’avoir une vie, de retrouver un corps, de voir des personnes bienveillantes ? Sans doute.. Cela reste difficile à accepter, cette course, cette folie du pas. Le pied danse d’un espace à un autre, d’une pierre à une herbe, et sont des milliers de pas, des milliers de pavés, des milliers de l’Autre dont on croise les regards. Sur l’agenda, j’ai tenté. Les couleurs, les ronds, les traits, j’ai essayé, une tâche, une croix. C’est joli, cela me tente, mais je n’ai pas le temps. Je pourrais le prendre, oh je pourrais, mais il me faudrait retirer quelque chose à mes journées, des lignes à un livre peut-être, ou du fil à un vêtement. Et je ne veux pas, le livre je le veux tout entier dans ma lecture, je me veux toute présente dans la couture, je veux ma vie entière et cela n’inclut pas de dessiner dans mon agenda – et pourtant comme j’en comprends le geste, comme je voudrais, oui, que cela soit fait sans que du temps me soit retiré. Mais ce n’est peut-être que la fatigue, la rentrée, les activités, il ne s’agit peut-être que d’accepter le semainier tel qu’il est, ou alors c’est la pire de toute, je ne suis pas organisée sur papier. Je n’ai pas le temps d’écrire que je dois faire une lessive, elle est déjà lancée : je vais plus vite que mes listes. Parce que tout est dans ma tête, tout est listé, tout se coche ou se reporte sans que j’y pense. C’est bien dommage, c’est tellement beau ces agendas dessinés, j’admire, j’en aurais fait un bohème avec des dessins à l’aquarelle.
Les pages de mon agenda me dépriment.
Elle se trouve où la beauté, elle se cache où la vie, dans ces alignements de choses à faire et ces pas qui courent et ces pagent qui se tournent sur la grisaille des lignes et des mots ? Dans mes listes, j’écrirais Vivre, Respirer, Exister, Écrire, Ralentir, Sourire, Aimer. Et je verrais ainsi, les jours où j’ai oublié de prendre mon souffle, où j’ai oublié d’être.

Je bouscule quoi dans ma journée, pour m’en occuper ?
 

carnet japonais cerisier temps

 
 

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4 commentaires sur “4”

  1. L’interrogation de ton dernier paragraphe me renvoie cruellement à toutes ces listes que je fais au quotidien, et qui manquent effectivement de sens, sur une vie. J’ai tendance à me disperser, faire des listes me donnent un cadre pour la journée, mais c’est certain que ce cadre bride ma créativité, et qu’au lieu de travailler et de rayer mes tâches, je préfèrerai écrire et lire… Je comprends le principe, et je devrais peut être faire des listes avec des sentiments, des actions positives, des grands principes que je ne veux pas laisser à la routine.

    Courage en tout cas pour le rythme effréné, ne t’oublie pas trop dedans, hein ! 🙂

    1. C’est je trouve, intéressant, parce que cela ouvre un chemin de bienveillance qu’on ne se donne pas toujours (ou qu’on ne reçoit pas forcément dans le rythme de nos journées) 🙂 Je crois que je vais ajouter – non je suis sûre – une ligne avec écrit « du temps pour moi » (voire « du temps pour rien ») ^^

      J’essaye de ne pas m’oublier oui, je te remercie 🙂 Ce type de liste justement, devrait aider !

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