Pensine

Les fleurs d’automne


 
Mais c’était quand, son départ – une semaine ? – celui du bout du monde et qui m’a valu une nuit terrible d’abandon ? Quelqu’un me l’aurait demandé, la veille, j’aurais juré le vivre très bien. Oh ça va tout de même, la pièce à côté, il y a quoi dix pas ? Le bout du monde. Prince a dormi dans sa propre chambre, comme ça, c’est arrivé d’un coup. Je n’ai rien vu venir, pourtant j’étais celle qui préparait le papa. Lui il disait « quand on fera la maison, les trois lits rentreront dans notre chambre » et je lui répondais qu’il voyait trop loin, que les enfants dormiraient très certainement dans leur chambre. Je l’ai préparé, j’ai sans doute oublié de me préparer moi, de préparer Hibou qui en a pleuré de désespoir, pour lui aussi son frère partait à l’autre bout du monde et il ne pouvait pas, il n’avait pas le droit, il avait tous les droits et ce fut dur à accepter pour lui – et c’est bien après, avec la nuit et ses lumières éteintes et ce silence soudain que j’ai ressenti ce vide, cet enfant qui n’était plus là, contre nous.

C’était jeudi, il me semble que c’était jeudi.
La première nuit d’enfant grand.

Depuis, nous gérons la grippe familiale dans deux chambres séparées, et la nuit, c’est la misère. La journée, un peu, aussi. C’est une grippe ou ça n’en est pas une, la fièvre, les courbatures et la tête prise dans un étau, ça y ressemble. C’est une semaine où personne ne bouge plus, nous lâchons piscine, cirque, groupe de parole et Qi Gong et c’est bien difficile pour tout le monde. Cela arrive juste après la visite de Céline et sa famille et cela tombe bien que ce soit après, que cela ne nous ait pas empêchés. C’est que cela parait déjà loin leur venue, ça doit être ce brouillard dans la tête pour que ça paraisse être l’année dernière que nous les avons rencontrés. Elle m’a dit « c’est facile de parler avec toi » et j’ai compris pleinement ma suradaptation avec le monde, ce que j’abandonnais, pour quelle qualité d’échange. Merci.

Sans la grippe et ces douleurs où mes articulations se suicident, ce serait la joie tout à l’intérieur, pour toutes ces rencontres qui se bousculent depuis ma prise de conscience, ce thé la semaine prochaine avec une maman bienveillante, ces échanges que j’ai avec une autre, et je ne sais pas, c’est ce petit quelque chose dans l’air qui parle d’hiver dehors et d’été dedans. Une danse de saisons et d’émotions, une danse de la personne que je suis, que je deviens, que je serai. Je ne sais rien des projets qui se pointent tout en moi, au fond, mais je ressens comme une fleur qui s’ouvre.

Nous avons des ombres et je n’en tiens pas trop compte, ce permis de conduire que LeChat a oublié et que la préfecture va détruire – ou alors c’est déjà fait -, mes tâches sous les yeux avec lesquelles je vais devoir apprendre à vivre et qui peuvent même s’agrandir et prendre tout l’œil, tous ces noms différents que la Dermato m’a donné – et que j’ai oublié aussitôt – sur ce que j’avais et d’autres que je ne savais pas avoir, l’angoisse de Hibou à l’idée de souffler dans un mouchoir depuis que petit il s’est blessé, l’angoisse de Hibou au cirque pour monter à la corde depuis qu’à l’école il est tombé, la minette blessée, le mariage auquel je ne veux pas me rendre… ce sont des ombres à apprivoiser, à accepter, à gérer, je n’en tiens pas trop compte non, je crois qu’il y a tout le reste, des pas de danse que je ne connais pas encore, des fleurs que je n’ai pas vues éclore.

Parce que les conférences sur la surdouance sont terminées et que je m’ennuie maintenant, un peu, le soir – mais pas trop tout de même – je vais écouter les women’s power de France Culture et puis ensuite je trouverai bien, j’ai toujours le MOOC botanique qui m’attend depuis ce retard que j’ai pris. Je me couds aussi un pantalon, il s’agit du premier pour moi, il sera bleu et dans mes cheveux je reprendrai le tissu pour un tour de tête, un head band dixit la version anglaise qui sonne presque mieux à mes oreilles, allez savoir pourquoi, est-ce que l’anglais m’appellerait de nouveau…?

Pour entamer l’automne comme il se doit, je me suis acheté du thé puisqu’il ne m’en reste qu’un et que je ne l’aime plus beaucoup. Et parce que je commence à détester mes boites sans qualité, j’ai osé commander chez Dammann et frères, je croise les doigts pour ne pas être déçue. Je me réchauffe en attendant, à l’amour de notre maison, à sa douceur, à tout ce qui nous lie.
 

aster fleurs violet et jauneAster
Tu es douée maman en photo !, m’a dit Prince en la voyant

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

12 commentaires

  • marie kléber

    Cette rencontre avec Céline et sa famille devait être un beau moment. Ces échanges sont importants.
    Que tes projets, idées voient le jour, au rythme qu’il convient d’adopter. Rien ne presse même si c’est toujours bien d’avoir des projets à concrétiser, à développer.

  • Pidiaime

    Quelle belle photo en effet !
    Et de doux mots, on croirait presque entrevoir l’espoir au détour de quelques uns, c’est chaleureux, ça fait du bien. Comme j’aime les images que tu y glisses !

    « ce sont des ombres à apprivoiser, à accepter, à gérer, je n’en tiens pas trop compte non, je crois qu’il y a tout le reste, des pas de danse que je ne connais pas encore, des fleurs que je n’ai pas vues éclore. » :
    Une idée qui me parle et qui jette un petit voile sur mon pessimisme… Oui, il y a tout le reste.

  • Julie Demarthes

    Oh, une belle rencontre 🙂 Vous avez dû bien papoter :p
    J’aime cette image de la danse des émotions. Rien ne s’arrête jamais vraiment, c’est comme un tourbillon et parfois il ralentit, ou nous emporte trop vite. Il y a ces temps pendant lesquels rien ne se passe, juste la respiration qu’on entend, et d’autres moments pendant lesquels on a à peine le temps de respirer parce qu’il y a trop de choses qui se passent.
    J’espère que la grippe vous offre un peu de répit.
    La photo est magnifique, et oui Prince a raison : sa maman est douée en photo 🙂

    • Dame Ambre

      Beaucoup oui, je crois 🙂 Avec des silences, du thé et des mots..

      Ce n’est pas vraiment la grippe en fait, un virus très proche en symptômes qui descend maintenant dans les bronches.. Les enfants s’en sortent mieux que moi, mais c’est pas joli-joli à entendre ^^’

      Merci ! Il m’a touchée en disant cela, c’était beau 🙂

  • Chantalloiseau

    J’ai lu beaucoup d’Amour… Je me suis reconnue un peu… et puis jai découvert Céline.
    Merci douce Dame Ambre

    J’espère que le thé est a ton goût… Ici je reçois un colis des jardins de Gaïa. Je ne suis pas déçue.

    • Dame Ambre

      Oh, j’en suis très heureuse, c’est une belle dame elle aussi, vous devriez beaucoup vous apprécier 🙂

      Je l’aime bien ce thé, mais ce n’est pas le « petit truc » que j’attendais. Je testerai une prochaine fois, je prends note merci beaucoup !

Répondre à marie kléber Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *