Pensine

Il y a des jours, je me sens mal d’être

Il m’a dit tu dois un peu t’éparpiller j’ai dit oui et puis je crois que je ne le suis pas tant, finalement, éparpillée – enfin si j’y réfléchis, pas plus qu’un de mes articles de blog où jamais rien ne se tient vraiment et vagabonde avec ce qui me vient sur l’instant. Je fais beaucoup de choses mais l’une après l’autre, je vais au bout de toutes ces vies – ou alors presque, il manque à mon écriture ce jusqu’au bout qui en ferait un roman mais qui viendra – alors peut-être c’est vrai, je fais beaucoup de choses, je tente de créer dans beaucoup de domaines, je veux exister je crois, je veux tout faire et peut-être même tout être. C’est que j’ai plus de vies à vivre que ce que j’ai déjà vécu. Et il n’en reste que le meilleur maintenant, forcément il n’en reste que le meilleur, on n’a pas tant galéré dans la vie pour continuer encore et encore, à un moment ça cesse, et si je peux en parler c’est justement parce que ça a cessé, parce que j’ai tout le temps dans ma belle vie de maintenant, de revenir sur tout ce qui ma tué mille fois. Et le dépasser. Je me dis parfois que ce blog, il ne doit pas être drôle à lire – je ne sais pas, je ne fais que l’écrire, je ne le lis pas. Je me dis mais je continue, qu’est-ce que je peux faire d’autre que tenir l’encre et en former des pensées.

Une sourde angoisse hier soir – pourquoi sourde puisque je l’entendais, ces expressions françaises tout de même – montait et me dévorait, des vagues sous lesquelles je me retrouvais ensevelie, je n’avais pas vu ou alors pas voulu voir, le choix terrible et impossible de par ses conséquences devant lequel je suis placée. Me rendre ou non à ce mariage, et y aller en me suradaptant, encore, alors que je venais de dire qu’il n’était plus possible pour moi de vivre ainsi. Et me voilà noyée sous la suradaptation. J’y serai samedi et j’appréhende. LeChat, ce formidable homme qui m’accompagne dans la vie, m’a redit sa position de me protéger, nous protéger nous, le couple, la personne, notre famille. Que ce soit sa sœur ne la protège pas, elle, à ce point-là, ce qu’elle a brisé pour chacun de nous ne se réparera que si un jour elle devait changer. Alors j’appréhende moins, même si je suis inquiète, pour moi, de ce non-respect que je m’impose alors que je cherche tant à être moi, même si je suis inquiète, pour moi, de ce qui pourra se faire ou se dire et rompre la vague trêve que j’ai posée depuis Noël. Ma belle-mère a déjà oublié, remisé, et à travers elle j’entends ma grand-mère dire « c’est du passé », j’entends toute cette violence et moi la personne la moins rancunière qui soit, je cherche à me protéger. Juste à me protéger.

A une heure trente du matin nous n’en étions plus à dire sa sœur, je lui disais les migrants réfugiés et abimés, si peu accueillis, estropiés. Il me parlait de l’incendie qui a ravagé dans notre département, un centre d’accueil avant même qu’ils n’arrivent, et j’ai répondu cette honte, puissante, que nous porterons tous pour les siècles à venir. Je m’inquiète de ces millions d’être ravagés, violés, torturés qui passent les frontières et qui, outre l’accueil terriblement blessant, n’ont aucun soutien psychologique où déverser ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils vivent. Mais elles vont donner quoi, ces générations futures de traumatisés ?

Je suis cette personne privilégiée se plaignant d’une belle-sœur, je suis cette personne qui se paye le luxe de parler à un blog, qui a un peu parlé avec des psy, qui s’en sort. Je ne remets nullement en cause mon droit de me plaindre et ne compare pas grand-chose, ne compare rien en vérité.
Mais eux, à qui ils parlent ?
Parlent-ils.

enveloppe couverture migrantsL’enveloppe envoyée pour la couverture vendue

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

6 commentaires

  • Pidiaime

    Tu ne devrais pas avoir à te suradapter autant. J’ignore ce qu’il s’est passé, mais personne ne devrait se sentir forcé de faire des choses qui lui collent de l’apréhension au cerveau. Je sais que ce n’est pas toujours facile de se dérober à ce genre d’évènement… Donc oui, protège-toi, autant que tu le peux.

    Non, ton blog n’est pas toujours joyeux à lire, mais on y prend du plaisir quand même, et puis c’est tellement bien écrit qu’on en redemande ! Et on se réjouit lorsqu’on lit des mots apaisés 🙂

    • Dame Ambre

      C’est compliqué, les conventions sociales liées à la famille, et dans certaines familles parfois plus que dans d’autres.. Un mariage est difficile à esquiver, noël par contre on a décidé de ne pas se déplacer du tout ce qui sera déjà quelque chose de gros à faire encaisser (mais on s’y tiendra) 🙂

      Merci <3

      • Pidiaime

        Oui je sais bien comme ça peut être compliqué, et d’ailleurs c’est bien pour ça que j’ai utilisé le conditionnel, parce qu’on ne peut quasiment pas y échapper sans s’attirer encore plus de contrariétés qu’à l’origine… Chapeau pour noël, mais je suis d’accord pour dire que c’est un moment familial privilégié qui doit être source de bonheur et détente.
        Courage pour ce mariage alors !

  • Marie Kléber

    Je comprends parfois il faut faire – faire-semblant – pour la famille, pour la forme, parce que sinon c’est pire. Se protéger par contre, oui, car tu es une belle personne (c’est ce que je ressens en te lisant) et tu mérites du beau, du vrai, du simple dans ta vie.
    Tu t’écris ici d’une belle manière. D’autres souffrent davantage c’est vrai. Atrocement aussi. Quand je pense à eux, je regarde ma vie avec plus de douceur, je me sens heureuse d’être en bonne santé, d’avoir un enfant qui sourit, d’avoir mes proches à côté et de tendres amies.
    Je me disperse souvent moi aussi pour ne pas m’attaquer au projet majeur d’aujourd’hui. Je recule l’instant où il faudra regarder le passé en face et lui donner une forme qui en aidera d’autres. Certains mots sont posés, d’autres demeurent en suspens. Ils veulent sortir alors que je préfère attendre. Mais je sens que je ne pourrais pas le faire indéfiniment.
    Prends soin de toi, de tes mots, des tiens, de ta vie. Et sois heureuse aussi!

    • Dame Ambre

      Merci de tes mots <3
      Oui, on ne peut reculer indéfiniment, et je crois que je suis enfin prête pour écrire certaines histoires 🙂

      Prends soin de toi également, Dame 🙂 Les choses, l'écriture de la même manière, arrivent lorsque nous sommes prêt..

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