Falling – en comprendre le mouvement

 


 

brouillard matin route phares

. Nous roulons d’un bout à l’autre de la France et entre les roues les paysages et les soleils qui se lèvent, certains matins dans des brumes extraordinaires, nous déployons des trésors d’énergie pour nous rendre dans le Sud – maman pourquoi le volant il est toujours à gauche on pourrait alterner ? -, dans le Nord – Et maman pourquoi le volant il est à gauche et pas à droite ? -, dans le Sud – et maman pourquoi juste on passe pas derrière une voiture pour pas payer le péage ? – , nous roulons nous avalons les kilomètres – Et maman si on casse la barrière y se passe quoi ? -, et si j’ai eu le bonheur de voir Blanche deux fois en très peu de temps et puis Reno entre deux heures de la nuit et d’autres calées sous le soleil et un vol de cigognes, si tout cela m’a fait du bien à l’âme, je continue pourtant de tomber. Le corps physique est en chute libre. Je me noie tellement que mon corps n’avance plus, c’est sans doute cela, simplement que je n’en peux plus.

Je me suis lancée. Je ne sais pas, il me faudrait raconter des jours à recevoir et des jours de visites – et la colère de certaines et la vie dont je ne voudrais pas et la chance que j’ai que je mesure qui m’impressionne chaque jour, de vivre avec cet homme-là -, des jours à écrire deux histoires qui me portent et que je porte et qui se fondent sur l’écran – est-ce que jamais cela fera quelque chose, est-ce que je suis fière, est-ce que ça vient ce roman – et puis oui, il vient, il se fonde, il se base et s’inscrit dans un étonnant parcours où j’arrache un passé inconnu.

Nous avions déjà les activités du lundi, du mardi, du mercredi – matin et soir -, du samedi et puis l’orthoptiste le jeudi, les rendez-vous de groupes de parole et les tasses de thé une fois par semaine sans que ce soit la même personne qui vienne, l’ief et tout le reste, tout ce qui peut faire d’une journée qu’elle est bien pleine, LeChat que je croise parfois, comme hier, on se dit bonjour il est 20h45 et on couche les enfants avant de seulement pouvoir se toucher, j’ai parlé avec mes enfants, une amie, une amie à elle, leurs enfants, Blanche et mes beaux-parents avant d’avoir entendu le son de sa voix à lui.
Elle se situe là, la fatigue. Dans les creux de tout ce que l’on rate.
Elle s’est ancrée dans la course à la journée, dans les visites et les anniversaires, les activités de tous et ce que je me suis rajouté encore : le nanowrimo. C’était ridicule, c’était formidable, je me suis enfin lancée dans le roman et même un second lorsque ça venait comme ça parce que je suis toujours traversée par ce que j’ai à dire et qu’il faut bien l’écrire, et je suis si fière d’y être enfin arrivée, de m’être enfin lancée, si fière, j’étais même en avance. Et pourtant je me suis arrêtée. C’est à Paris, que je me suis arrêtée. Le plaisir du nanowrimo avait disparu sous la tonne de fatigue. Et lorsque je me suis permis de penser que c’était terminé, que j’arrêtais de courir pour le nano, le pied droit n’a plus voulu avancer sans crier. J’ai cru à un souci avec ma chaussure et ce n’était pas le moment c’est certain je me suis rachetée une autre paire : je crois que j’ai eu tort. Ce n’était pas la chaussure, je ne crois pas, finalement. Juste une déchirure sous la malléole. Et si je ne marche pas, je vais bien, comme si tout allait parfaitement, pas de douleur. Tout le week-end avec une béquille qui me servait de canne, à traverser Paris, à boire un thé dans le salon de thé le plus chouette puisqu’il est entouré de livres, j’ai refait la vie de mon roman et j’ai pris des notes – mon cerveau s’est mis à jour. J’ai descendu les marches d’escalier en clopinant et nous avons profité du petit salon, tout en bas, loin du monde, loin du samedi, loin des voix de ces autres qui nous entoure, nous sommes restées seules la journée entière. J’y ai découvert la soupe de lentilles et croyez bien, je vais en faire dans ma cuisine. Il semblait pleuvoir lorsque nous sommes sorties à la nuit, des goutes tombaient, illuminées de la ville et lorsqu’il s’est arrêté nous ne nous en sommes pas aperçues, il aurait fallu pour cela, se sentir mouillées par la grisaille et nous n’y étions pas. J’ai clopiné jusqu’à Gibert à la place Saint Michel – parce qu’une journée à parler pour remettre le cerveau à sa place sans se rendre dans une librairie, n’est pas une journée complète – et à dix-neuf heures lorsqu’ils nous ont mis à la porte avec mes pinceaux, les petits carnets pour les enfants et un livre de création de kirigami pour moi, nous pouvions dire que la journée était parfaite. Nous nous sommes rappelé qu’il y avait un monde extérieur avec l’accident de personne, comme ils disent, pudiquement, la veille de l’anniversaire du treize. Et le lendemain ce treize m’a traversée comme si nous étions l’année dernière, j’ai dit au revoir à mon fils pour trois heures et j’ai cru le quitter sans le revoir et ce n’était pas à moi, tout appartenait à une souffrance qui n’était pas la mienne et je ne l’ai compris qu’ensuite et alors j’ai pu respirer, je suis allée mieux – je me suis donc demandé, ces stress que nous avons parfois, nous appartiennent-ils ?.

ciel traces avion
Ce n’est pas la plus jolie des photos,
mais ces croisements d’avion c’était magnifique à voir

 

. Mais avant, deux semaines juste avant, nous avions le mariage, celui où nous avons été remarqué pour notre absence de costume-cravate, les enfants en jogging et moi qui n’était pas allée chez le coiffeur comme toute l’assemblée ou si peu s’en fallait – ils m’étaient presque tous inconnus ceux qui nous ont regardé de haut en bas, et nous avons bien ri avec le mari de Blanche des codes auxquels nous n’appartenions pas. Car nous étions de ce mariage, nous y étions bien, et nous avons composé avec ma belle-sœur à deux reprises pour éviter l’impair et faire au mieux avec les susceptibilités de chacun en épuisant nos enfants, et où finalement, j’ai créé un incident diplomatique involontairement, sur ma seule fatigue et la crise émotionnelle d’épuisement de Prince que je gérais à minuit passé : j’ai oublié de dire au revoir au marié. Ma belle-sœur, mon beau-frère et ma belle-mère en ont tous conclu que je faisais la gueule et ont été très en colère après moi. Une grande et grosse colère, de celle que seul un mariage peut créer dans une famille. Le plus étonnant, c’est que cela m’a beaucoup fait rire, je me demande maintenant, ce qu’ils inventeront la prochaine fois, ou lorsque/si nous habiterons là-bas, ce qu’il se passera. Je n’ai pas hâte. Je ne veux pas, ne veux plus, je suis lasse d’être la méchante, lasse de leurs drames, de ce qu’ils créent comme si le monde n’en avait pas déjà de véritables, des grands, des qui font se réfugier dans d’autres pays, des qui mènent à un désastre écologique ou conduisent à élire un vulgaire Trump (et ne nous leurrons pas, il n’y a plus ici aucun parti politique qui ne ressemble pas au FN, nous n’avons plus rien à élire qui ne soit pas un vague vote contre et donc un raté supplémentaire), parce que non, assister à une société qui s’effondre sur elle-même n’est pas un spectacle seulement une honte historique – mais je compare l’incomparable et c’est cela pourtant, nous avons le privilège de nous offusquer de si petites choses dans une famille. Je suis fatiguée, et inquiète. Je fais en sorte de rester dans mon coin, tranquillement, de ne poser de problèmes à personne mais la belle-famille, ça revient toujours me chercher. Je dois soigner quoi, pour que cela cesse ? Ou alors ma belle-mère, son lien de belle-fille à elle ? LeChat a pensé que peut-être c’était lui, qui avait à soigner son premier couple, celui qui s’est rompu chez ses parents, entre leurs murs. Je suppose moi, que nous croisons nos fils, nos liens, nos êtres et que nous nous emmêlons à chacun de nos mouvements.

En attendant, nous réglons les choses une par une, et ce week-end nous repartons encore et je n’ai pas hâte non c’est certain, de voir mes beaux-parents, avec elle au bord d’une dépression terrible parce que nous ne nous déplacerons pas pour Noël et qu’il y a un refus catégorique d’envisager que nous puissions avoir notre libre arbitre sur la question. Que ma belle-sœur ait pu briser ce qui nous unissait tous même si c’était un peu bancal, ce n’est pas accepté, pas acceptable, nous devons tous répondre à l’injonction familiale « aimez vous ». Et pour cela, nous devons tous être présents à Noël. Faire semblant de. Je suis très mauvaise à ce jeu. Je me demande si je peux ignorer, non pas faire comme si mais m’en moquer vraiment. De leur souffrance à tous, pour en arriver là. A évoquer la douleur de ne pas être ensemble, à s’aimer inconditionnellement, sans tenir compte de chacun. L’agressivité et la dépression depuis l’absurde, nous sommes sur ce point-là – et je ne fais qu’observer. Je ne rejouerai pas la rupture, c’est cela je crois que j’ai acté au mariage pour moi, en moi, profondément : je ne rejouerai pas la rupture. Je ne serai pas l’hypocrisie non plus, l’acte manqué était magistral de force, je me suis faite dépasser.

lever du soleil brouillard

lever du soleil brouillard
Le soleil s’est levé là, sur le brouillard délicatement déposé sur les villes et forêts


 

. Alors j’ai arrêté le nanowrimo, c’était trop. Tout, c’était trop. C’est comme ça hier soir que j’ai pu entendre mon corps et le fait que le nanowrimo n’y était pour rien, ou alors pas beaucoup, que c’était tout ce qu’il y avait autour qui n’allait pas, qui n’allait plus, que mon corps me disait également, simplement, que le Qi Gong, je ne pouvais pas. Il n’est pas étonnant que je n’ai pas voulu l’entendre, alors que pourtant, même pendant le cours le corps me le disait et que je continuais puisque j’y étais. Maintenant je ne marche plus, il serait tant que je m’arrête, là encore. Le pied droit et la malléole et sur le dessus qui m’empêche de poser le pied et puis ça va si je ne marche pas – si le pied n’est pas posé, si je ne touche pas le pied avec ma main, s’il n’existe pas dans cette réalité – ; le pied gauche qui n’en peut plus de me porter entièrement quand normalement ils sont deux et qui ne peut plus poser le talon sans hurler. Je ne marche plus, je ne pose plus les pieds, et demain je suis celle qui doit emmener et ramener quatre enfants à l’activité cirque. Allez, on dit que demain, je marche ?

lever du soleil arbres
 

 

Je passe à côté des taches de rousseur de l’automne, je suis déçue par ce temps que je ne peux explorer et qui ne se crée pas. Il a fait trop froid, trop sec, trop humide, il a fait trop et l’automne est tombé des arbres avant que les feuilles ne prennent feu. Nous sommes déjà dans l’hiver et nous peinons à chauffer l’appartement. Je suis glacée de ce froid, de cette fatigue, de tout ce que je dois faire, de tout ce que je dois courir. Je suis dans le repli que l’hiver impose toujours avec une tasse de thé ou même une théière parce qu’il faut l’affronter armé, ce froid, et avec des biscuits ou des gâteaux et surtout des soupes, et je me rêve au chaud devant un feu de cheminée. Je tremble sur cet hiver qui s’installe avant l’heure, je ne me sens pas prête, sauter par-dessus l’automne je ne l’avais pas prévu. Est-ce que j’ai manqué d’adaptabilité ? J’ai découvert bien au chaud dans une cuisine qui n’était pas la mienne, la farine de châtaigne et puis celle de noix de coco, et c’est là que j’ai retrouvé l’automne, dans ces pâtisseries étonnantes que je compte bien refaire chez moi lorsque je tiendrai debout.
Le sommeil s’est installé alors que je courrais, ce n’était tellement pas compatible, ce n’était tellement pas possible.

Quelque chose à mal tourné, après que l’arbre m’ait dit de ralentir.
Quelque chose.

Je m’arrête, alors. Je m’arrête.
Je stoppe le mouvement de la chute et je regarde. Non la chute car je ne me laisse pas tomber, je me rattrape, je m’agrippe et pourtant le geste se fait avec douceur, je récupère ce qui ne convenait pas, ne convenait plus, et pour le reste, tout le reste, j’attends de voir parce que ce tout ne dépend pas de moi, n’en dépendra jamais.
 
 

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

8 Comments

  1. Ce n’est pas pour passer outre les difficultés que vous narrez, mais : vos photos sont splendides (j’ai un faible en particulier pour la première et pour celles au-dessus du brouillard).
    🙂
    Je vous souhaite du repos (et un peu de courage pour l’écriture)(et de chance pour la belle-famille).

  2. Les avions qui se croisent je ne cesse d’aimer et ces rigoles colorées qui se perdent dans le ciel.
    Parfois il faut lâcher, un peu, se laisser aller, un peu, et écouter son corps, beaucoup.
    Ce salon de thé est un de mes endroits préférés à Paris, une pause délicieuse et délicate. Je pourrais y passer des heures, seule ou à plusieurs.
    Que les mots sortent à leur rythme et que le reste passe, se passe, sans trop d’heures douloureuses.

    1. Si tu les avais vues, ces trainées-là, depuis la voiture où je me trouvais et non depuis mon appareil photo comme ici, tu aurais été transportée. C’était… impressionnant, ce ciel, impressionnant oui.
      Je suis allée à ce salon de thé sur tes recommandation sur ton blog (je n’étais plus sûre qu’il s’agissait de toi, au moment d’écrire l’article), comme nous te remercions <3 Quelle pause nécessaire et magnifique, ce salon de thé nous a permis ! Oui, un grand merci pour toi 🙂

  3. C’est une chose immensément sage, que d’admettre qu’il y a des choses sur lesquelles nous n’avons aucun pouvoir, et que par conséquent il ne faut pas gâcher de l’énergie à vouloir les changer ou à ruminer parce qu’on ne peut pas les changer… Toujours plus facile à dire !

    Je suis contente que tu aies pu t’essayer un peu au nanowrimo.
    Peut-être que ce n’est pas le bon moment pour toi pour continuer, mais d’avoir commencé c’est déjà un bel acte de foi en ton écriture.
    Et si tu te fixais un délai moins dur ? 500 mots ? 200 mots ?

    En tout cas je t’encourage à ne pas perdre de vue ton roman, il mérite d’être créé, et tu mérites ce plaisir de création !

    Chapeau pour avoir passé l’épisode du mariage, et bonne chance pour celui de noël… On ne peut pas plaire à tout le monde dans cette vie, et je suis convaincue que l’argument de la famille est surfait et hypocrite. En tout cas tu as de la chance d’avoir un homme qui te soutient, et ça c’est une force !

    Bon courage pour la marche 🙂

    1. (j’ai répondu avant de partir ce we.. et j’ai visiblement oublié d’appuyer sur envoyer -_-)

      Je vais effectivement tenter des challenges plus petits, cela devrait bien fonctionner 🙂 Dans tous les cas, je compte aller au bout et voir ce que cela donne, en entier qui se tient entièrement. Merci de ton soutien 🙂

      Côté noël nous avons réussi à être entendu (sans surprise, en défaisant un nœud important). C’est une belle chose 🙂

    1. C’est difficile, plus encore à certaines périodes, et sans doute le manque de luminosité joue beaucoup. Je me dis que pour remonter, la lumière, on a besoin de la voir..
      J’aime provoquer des échos et plus encore, merci de ces mots et de votre passage par ici 🙂 (on se tutoie ? ^^)

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