Pensine

Ces silences un peu gris, les soirs de demain

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Hier soir, LeChat, aux enfants pas encore couchés :
— Il est tellement tard qu’on est le soir de demain.

 

. Nous y sommes, à ce soir de demain. Je me prépare à un week-end difficile qui se passera peut-être très bien. Je ne projette rien, je me contente de voir venir les heures. A quelle sauce mange-t-on les Ambre, est la vaste question pourtant. Ma belle-mère est la personne qui m’a dit il y a neuf ans, sourcils froncés, « je ne t’aurais pas choisie pour belle-fille », et il y a cinq ans « quelle chance j’ai de t’avoir pour belle-fille et amie », et qui actuellement me tourne le dos et m’évite – j’ai le tort de ne pas aimer sa fille et de ne plus avoir envie de me refaire agresser par ladite personne. Elle est d’humeur changeante, je ne m’en fais pas trop, nous serons sans doute toujours sur cette fluctuation étonnante, ce point sur lequel nous revenons toujours et duquel nous ne pouvons rien voir. Je ne sais pas atteindre les personnes mouvantes qui gravitent autour d’un quelque chose qui n’a pas encore été hurlé, je le vois prendre forme comme une matière étouffante et sombre dans la pièce, le gout est amer ; il rend compte que nous souffrons, chacun, que nous avons tous perdu quelque chose, un jour, lors d’une interaction, et que cette chose perdue rejaillit sans maitrise – la sécurité.


 
. J’ai découvert cette après-midi, le twitter d’une personne dont j’avais perdu jusqu’à l’existence, c’est étonnant ce qui me revient, ce qui fut la pire communication du monde et qui a conduit à un vol et mensonge de cette même personne. Et ce silence, quand j’aurais dû dire. Que je savais. Que j’aurais préféré qu’elle parle. Mais qu’il était bien délicat, il faut le dire au moins ici, de signaler à l’autre que j’avais vu le vol. Tout ce que j’ai pu faire, c’est amener la troisième personne à voir ce qu’il s’était passé, pour les aider elles, à défaut de récupérer ce qui m’avait été pris. Ce que j’ai retenu de ce jour-là, c’est la difficulté du dire. Par peur de blesser, par peur de montrer à l’autre la profondeur des failles et les liens à réparer, par peur de parler et de ne pas savoir accompagner, par peur de l’esclandre, par peur de me figer. Comme si je ne savais plus, voyez, la parole.

Et je voudrais l’aisance, celle que je peux avoir à l’écrit mais dont je suis proprement incapable à l’oral et tous ses mots qui se bloquent dans la gorge. Je suis débarrassée de tout, proche du vide comme jamais, rien ne me vient et je suis, comme le disait l’une de mes tantes depuis ce regard perplexe sur mon manque d’avis sur la moindre question posée, sans relief. Je dois ce silence à un père parti trop tôt et sans un mot, et à une mère que j’ai quittée trop tard et à des cris qui emplissent les oreilles et ne laissent plus place à rien sinon la fuite, lâche, éternelle.

Je me soigne de ces silences un peu gris. Puisque j’écris.
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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